Le gouvernement malien vient se lancer la traque aux leaders des groupes armés. Un communiqué officiel du Ministère de la Sécurité et de la Protection civile, signé du Général de Division Daoud Aly MOHAMMEDINE, annonce une récompense financière pour toute personne qui livrerait des informations « fiables, pertinentes et exploitables » permettant l’arrestation ou la neutralisation de sept individus activement recherchés.
Ces sept noms appartiennent à la nébuleuse djihadiste qui ensanglante le Sahel depuis des années. Leur mise à prix intervient dans un contexte particulier un peu plus d’un mois après l’offensive conjointe du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et du FLA (Front de libération de l’Azawad), le 25 avril dernier. Une opération qui avait rappelé, si besoin était, la capacité de nuisance de ces mouvements et la porosité des lignes entre terroristes et groupes rebelles. La junte du Mali après avoir lancé l’opération Wanted, espère capturer les commanditaires des exactions au Sahel.
Une réponse aux offensives du duo JNIM-FLA
D’autres pays de la région ont déjà eu recours à ce type de primes pour faciliter la capture de hauts responsables terroristes. Mais le montant total de l’enveloppe de 7,5 milliards de francs CFA, interpelle. Il donne la mesure de la détermination des autorités maliennes à décapiter les états-majors clandestins. Le communiqué, dont la version originale a fuité sur les réseaux sociaux avant d’être authentifiée par plusieurs sources proches du gouvernement, liste méthodiquement les sept cibles. Chacune accompagnée d’un montant, chacun bénéficiant d’un portrait-robot ou d’un alias connu des services de renseignement. En tête de liste, un nom revient comme un leitmotiv des fichiers les plus sensibles : Iyad Ag Ghaly, également connu sous le pseudonyme d’Abou al-Fadel.
La prime qui le concerne atteint 2 milliards de francs CFA. Fondateur et émir historique d’Ansar Dine, rallié depuis à la mouvance d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), cet ancien cadre de la rébellion touarègue est l’un des piliers de l’insurrection djihadiste au Sahel. Le voir en tête de liste n’étonne personne, tant sa capture constituerait un coup de massue pour l’organisation. Vient ensuite Hamadoun Hassan Sangaré, alias Barry, alias Amadou Kouffa, alias Môbbô, avec une prime de 1,5 milliard de francs CFA. Un personnage aux multiples visages, passé par plusieurs factions avant de devenir une figure montante de la galaxie djihadiste malienne. À égalité de récompense (1,5 milliard également), Abdoulaye Mamoudou Bakaye Diallo, alias Jouleybib de Nampala, alias Sidi. Son nom est associé à plusieurs attaques meurtrières dans la région de Ségou et la zone frontalière avec la Mauritanie.
Des primes étalées de 500 millions à 2 milliards
Alghabass Ag Intalla, lui, se voit attribuer une prime d’un milliard de francs CFA. Cadre historique de la rébellion, passé du côté du djihadisme après la débâcle de l’Azawad en 2013, il incarne cette porosité dénoncée par les autorités entre indépendantistes et terroristes. Les observateurs le décrivent comme un stratège discret mais redoutable, capable de négocier des alliances temporaires entre groupes pourtant rivaux. Trois autres noms complètent la liste, chacun avec une prime de 500 millions de francs CFA. Sedane Ag Hita, alias Outhman AI Ansari, alias Abdel Hakim AI Kidali, alias AI Qayrawani. Un vrai caméléon, comme en témoignent ses nombreux pseudonymes. Bilal Ag ACHERIF, dont le nom a circulé dans plusieurs rapports de l’ONU sur les mouvements armés au nord du Mali. Enfin, Abderrahmane Al-Batna Al-Jazairi. La mention « Al-Jazairi » (l’Algérien) intrigue : serait-il un combattant étranger rescapé de la guerre en Libye ou du front algérien ?
Les services maliens ne le disent pas, mais l’inclure dans ce top 7 signale une volonté de s’attaquer aussi aux éléments exogènes.
Le gouvernement malien compte sur la coopération des populations civiles. Dans un contexte où les groupes armés entretiennent souvent des réseaux d’information efficaces grâce à la complicité passive ou active de certaines communautés, briser l’omerta devient un enjeu de survie. Les primes, suffisamment élevées pour faire réfléchir, visent à retourner la situation. « Le Gouvernement appelle la population à faire preuve de vigilance et à collaborer avec les Forces Armées et de Sécurité en transmettant toute information susceptible de contribuer à leur localisation », indique le communiqué. Une invitation qui ressemble à une injonction déguisée. Les précédentes mises à prix lancées par les autorités maliennes n’ont jamais abouti à la capture des têtes les plus recherchées. Iyad Ag Ghaly, notamment, bénéficie d’une protection rapprochée et d’une mobilité qui défie depuis des années les services de renseignement les mieux équipés. L’initiative a au moins le mérite de maintenir la pression et de signaler, aux yeux de l’opinion nationale comme internationale, que Bamako n’a pas dit son dernier mot. Les sept hommes sont désormais officiellement en cavale officielle. Leurs têtes mises à prix, leurs mouvements théoriquement limités. Mais au Sahel, la guerre contre le terrorisme se joue aussi dans les esprits. Les 7,5 milliards de francs CFA ne suffiront pas, à eux seuls, à la gagner.



