Pour , épouse de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, la croissance économique tant vantée par les autorités ne se traduit pas dans le quotidien de nombreux ménages.
L’ancienne journaliste s’exprimait dans le cadre d’une tribune orientée sur la situation politico-sociale du pays. Dans ce texte largement relayé sur les réseaux sociaux, elle dépeint une réalité bien loin des discours officiels.
« “La Côte d’Ivoire est en pleine croissance”, “C’est la tour la plus haute d’Afrique”, “Abidjan est jolie”, “Babi est le plus doux au monde”, “Abidjan est le futur !” : voilà ce que l’on entend ici et là. Mais quand nous, qui ne bénéficions pas de cette croissance, essayons de nous exprimer, on nous répond que nous ne comprenons rien et que nous sommes jaloux du “PRADO” (Président Alassane Dramane Ouattara) », déplore Nady Bamba. « Non, nous ne sommes pas jaloux. Oui, “le PRADO” travaille. “Le PRADO” est occupé à bâtir. Mais est-ce que “le PRADO” est au courant de ce que d’autres disent ? », interroge-t-elle.
Deux visages pour un même pays : entre croissance et survie
Dans sa communication, l’ex-journaliste ne nie pas les transformations structurelles visibles ces dernières années, notamment la construction de ponts, d’échangeurs et d’infrastructures modernes. Toutefois, elle affirme que cette dynamique de modernisation contraste violemment avec les difficultés des familles ivoiriennes.
« Et si les élites du pouvoir s’arrêtaient un instant pour écouter ceux que la croissance économique ignore, ceux qui se battent pour survivre au quotidien ? », invite-t-elle à réfléchir. Prenant l’exemple de la Tour F du Plateau, elle ajoute : « Cette magnifique tour, placée au cœur des populations pauvres, symbolise les deux visages de la Côte d’Ivoire : la beauté qui surplombe la misère. […] Eux parlent croissance, nous parlons survie. »
Cette prise de position intervient alors que le gouvernement continue de mettre en avant ses excellentes performances macroéconomiques. Lors de la présentation des vœux du corps diplomatique, le président Alassane Ouattara avait d’ailleurs souligné la solidité de l’économie ivoirienne, portée par l’agriculture, l’industrie et les services, tout en évoquant des progrès dans l’accès à l’eau, à la santé et à l’éducation.
« Ce discours reflète la réalité du régime RHDP. Je ne le nie pas, je ne le désavoue pas, et je ne le confirme pas non plus. C’est leur monde ! », tranche Nady Bamba, préférant se faire l’écho de ceux qui ont une vie plus difficile.
Le drame des déguerpissements en guise d’illustration
Pour étayer son propos, Nady Bamba s’appuie sur les témoignages poignants des populations impactées par les récentes opérations de déguerpissement à Abidjan. Elle dénonce la détresse de familles contraintes de quitter leurs habitations sans délai de réorganisation suffisant, et cite plusieurs victimes anonymes :
« Les précédents présidents, après avoir détruit des quartiers, ont relogé les victimes. Nous allons dormir ici, à la belle étoile… Sinon, où vais-je partir ? » « Où vais-je partir avec mes nombreux enfants ? Comment vais-je les nourrir ? Je vous laisse à Dieu… »
« Je n’ai pas pu sauver quoi que ce soit. Ma maison a été détruite avant même mon arrivée sur les lieux. »
Face à ce fossé qui se creuse, quelles solutions envisager pour « reconnecter la Côte d’Ivoire avec elle-même » ? À cette question, l’épouse de Laurent Gbagbo botte en touche : « Il ne m’appartient pas de répondre, car je n’aspire pas à diriger la Côte d’Ivoire. Les hommes politiques s’en chargeront… »
Briser le silence imposé aux femmes de leaders politiques
Au-delà du débat économique, Nady Bamba a profité de cette tribune pour pousser un coup de gueule contre le sexisme en politique et le rôle traditionnel assigné aux femmes dans la société ivoirienne. « Dans ma Côte d’Ivoire, on attend des femmes qu’elles restent invisibles, et des épouses de leaders politiques qu’elles se taisent. Si elles osent exprimer leur opinion, on les accuse de “faire de la politique”. Comme si discuter des réalités de la société était faire de la politique. » Elle a fustigé l’indélicatesse de certains intervenants sur les plateaux de télévision qui s’attaquent à celles qui transgressent cette règle tacite. Elle conclut en rappelant sa propre réalité de gestionnaire de foyer.
« Lorsqu’une femme, épouse d’un leader politique, ne délègue pas la gestion de son foyer à un majordome et que les dépenses proviennent des revenus du couple, elle comprend, vit et ressent les difficultés de tous les citoyens. Je connais le prix du pain, de la viande, de la tomate, de l’huile, du carburant… On ne me raconte pas la vie, parce que j’ai gardé les pieds sur terre. C’est pour cette raison que je sors de temps en temps de ma bulle pour dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. »



