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Derrière les fleurs de Thiam à Dominique Ouattara, les spéculations sur un retour négocié

La visite d’une délégation mandatée par le président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, auprès de plusieurs anciennes et actuelles Premières dames ivoiriennes alimente les commentaires dans les cercles politiques d’Abidjan.

Sur les clichés officiels diffusés, l’image se veut impeccable, presque suspendue hors du temps politique. On y voit l’actuelle Première dame, Dominique Ouattara, affichant un sourire serein au milieu de ses hôtes du jour. À ses côtés, la directrice de cabinet de Tidjane Thiam, Mylène Edna, flanquée d’une émissaire.

Ce protocole léché et ces visages détendus immortalisés au cabinet de la Première dame dans la commune résidentielle de Cocody contrastent pourtant violemment avec la guerre de tranchées médiatique et politique que se livrent, en coulisses, le pouvoir et la principale force d’opposition.

Guerre des récits
Pour l’entourage présidentiel et plusieurs responsables du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), cette séquence de courtoisie dissimulerait des intentions moins anodines. Selon cette lecture, le banquier international, éloigné du pays depuis plus d’un an, chercherait à ouvrir un canal indirect vers le sommet de l’État en passant par l’influente épouse du chef de l’État.

« Quand une délégation du PDCI choisit de rendre visite à Dominique Ouattara dans le contexte actuel, chacun est libre d’y voir un simple geste de courtoisie. Mais il est évident que M. Thiam cherche aussi à envoyer un signal d’apaisement au sommet de l’État. Son retour en Côte d’Ivoire est devenu un enjeu central pour son parti », confie une source proche du RHDP.
En Côte d’Ivoire, l’ascendant de la Première dame sur les questions sociales et sa proximité avec le chef de l’État en font une interface politique respectée, capable de transcender les clivages lorsque la diplomatie de couloir l’exige. Cette interprétation intervient alors que plusieurs signaux de détente ont été observés ces derniers mois entre le RHDP et le PDCI.

La participation de représentants du parti présidentiel aux festivités marquant le 80e anniversaire du vieux parti, en avril dernier, avait notamment été interprétée comme un début de réchauffement des relations entre les deux anciens alliés. Lors de cette célébration, la direction du PDCI-RDA avait d’ailleurs sollicité le président Alassane Ouattara et le RHDP afin de faciliter et de garantir un retour sécurisé au pays de son président, Tidjane Thiam.

“Délicate attention”
Cette interprétation est toutefois rejetée au sein du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), où l’on dénonce une tentative grossière de politisation d’une simple démarche de courtoisie républicaine. Pour la formation fondée par Félix Houphouët-Boigny, cette tournée des bouquets répondait strictement à une stratégie d’hommage global à l’occasion de la Fête des Mères.

Pour preuve, soulignent les lieutenants de Thiam, la délégation ne s’est pas cantonnée aux salons du pouvoir : elle a également été reçue par Henriette Konan Bédié, gardienne de la mémoire du parti, ainsi que par Simone Ehivet Gbagbo, figure historique de l’opposition et présidente du MGC.

« Si l’objectif avait été de négocier en secret avec le régime, nous n’aurions pas inclus la gauche ivoirienne dans cette boucle protocolaire », grince un cadre du vieux parti.
Un argument renforcé par la réaction de Dominique Ouattara elle-même. Dans une publication diffusée sur ses canaux officiels, la Première dame a remercié Tidjane Thiam pour cette « délicate attention » à l’occasion de la Fête des mères. Elle a également salué les mots que le président du PDCI lui a adressés ainsi que la reconnaissance exprimée à l’égard de ses actions en faveur du bien-être et de l’autonomisation des femmes.

L’impasse
Au-delà de la polémique, cette affaire met en lumière la situation de plus en plus intenable dans laquelle se trouve Tidjane Thiam. Exilé de fait en France depuis mars 2025, le président du PDCI est freiné par l’offensive judiciaire qui entoure la question de sa nationalité et la hantise d’une arrestation opportuniste à sa descente d’avion.

Diriger la principale machine électorale de l’opposition par écran interposé, depuis Paris, commence à saturer l’organisation interne et à crisper la base militante, à l’approche des grandes échéances.

Les lignes de faille internes sont désormais visibles. En mars 2026, un recours en justice introduit par un militant de l’opposition, Charles Tetché, exigeant de constater la « vacance du poste de président » en raison de son indisponibilité physique sur le territoire, a matérialisé la menace.

Le pouvoir, de son côté, souffle le chaud et le froid. Si le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, rappelait encore récemment que l’ex-patron du Crédit Suisse « peut rentrer quand il veut » et qu’aucun mandat d’arrêt ne vise sa personne, l’état-major du PDCI maintient sa ligne de prudence, exigeant des garanties de sécurité formelles et juridiques avant d’acter tout plan de retour.

Derrière ce ballet de diplomatie florale se joue donc une partition pour la normalisation du jeu politique ivoirien. Reste à savoir si ces bouquets ouvriront la voie à un véritable dégel ou s’ils ne resteront qu’un intermède poli.

 

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