05052026Headline:

En Afrique, un nombre réduit de véhicules, mais un taux élevé de mortalité routière

L’Afrique possède le plus faible parc automobile et l’un des réseaux routiers les moins denses au monde, mais ses routes sont proportionnellement les plus meurtrières. Les causes incluent des infrastructures inadaptées, des véhicules vieillissants, l’absence de sanctions et des services d’urgence déficients.

Selon le rapport 2023 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), bien que l’Asie du Sud-Est et le Pacifique-Ouest, qui incluent l’Inde et la Chine, aient enregistré davantage de décès en 2021, l’Afrique dépasse ces régions en termes de mortalité routière proportionnelle à la population.

“Le bilan de l’Afrique en matière de sécurité routière est le pire au monde, avec 19,5 morts pour 100 000 habitants”, déplore Jean Todt, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour la sécurité routière, qui constate une “tendance à la hausse”.

Entre 2010 et 2021, contrairement aux autres régions, le nombre de victimes sur les routes africaines a augmenté de 17 %. Selon Haileyesus Adamtei, expert en sécurité routière au Programme de politiques de transport en Afrique (SSATP) et à la Banque mondiale, bien que la situation varie d’un pays à l’autre, plus de la moitié des pays africains ont enregistré une hausse des décès.

En 2021, environ 225 000 personnes ont été tuées sur les routes africaines, soit environ 620 décès par jour. Bien que le continent ne possède que 4 % du parc automobile mondial, il représente 19 % des décès routiers en 2023.

Les principales causes d’accidents, comme ailleurs, incluent la vitesse, l’alcool, le non-port de la ceinture ou du casque, et le non-respect du code de la route. Haileyesus souligne également les “infrastructures routières médiocres” et les espaces inadaptés pour les piétons, particulièrement dans les zones urbaines, où un tiers des décès routiers concerne les piétons, contre 21 % au niveau mondial.

Jean Todt plaide pour des rues mieux aménagées, avec des trottoirs, une signalisation adéquate et des passages piétons, notamment aux abords des écoles. Haileyesus ajoute que “beaucoup de pays africains continuent de concevoir leurs infrastructures pour les véhicules motorisés plutôt que pour les personnes, et sans que la sécurité soit une priorité”.

L’Afrique est également la principale destination des véhicules d’occasion au monde, dont beaucoup ont plus de 15 ans et présentent des niveaux de sécurité insuffisants, selon le Fonds de l’ONU pour la sécurité routière. Au Sénégal, par exemple, la vétusté des véhicules est un facteur majeur d’insécurité routière, avec de nombreux accidents causés par des freins défectueux ou des pneus usés, selon un porte-parole du ministère des Transports routiers.

Pour Haileyesus, le manque de “volonté politique” entrave souvent l’application des règles de sécurité routière. Au Sénégal, la corruption au sein des forces de l’ordre et la faiblesse des exigences pour l’obtention du permis de conduire accentuent ce problème.

En janvier 2023, après une collision entre deux bus ayant fait 42 morts, le gouvernement sénégalais a adopté 22 mesures, dont plusieurs n’ont jamais été mises en œuvre, notamment l’interdiction des bagages sur le toit des bus, souvent contestée par les opérateurs.

Jean Todt conclut que “les accidents de la route ne sont pas une fatalité” et que la sécurité routière “devrait figurer parmi les principales priorités” des gouvernements. Les accidents, au-delà de la tragédie humaine, sont un frein au développement, représentant en moyenne 4 à 5 % du PIB, parfois davantage en Afrique.

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