Le 20 novembre 2024, HBO Max a diffusé pour la première fois le documentaire “Surveilled”, réalisé par Ronan Farrow, journaliste primé et figure influente de la presse internationale. Ce film plonge dans l’univers troublant des logiciels espions comme Pegasus et met en lumière l’affaire Catalangate, un scandale d’espionnage d’ampleur inédite qui implique directement l’État espagnol.
Curieusement, malgré son impact mondial, le documentaire est resté largement absent des médias espagnols. Pourtant, il pointe des pratiques qui soulèvent de graves questions sur le respect des droits fondamentaux dans ce pays. « L’Espagne veut étouffer cette affaire parce qu’elle dévoile une face sombre de sa gestion politique », a commenté un analyste juridique international.
Le Catalangate : un espionnage à grande échelle
Déjà révélé en 2022 par Ronan Farrow dans The New Yorker, le Catalangate concerne l’espionnage illégal de 65 figures du mouvement indépendantiste catalan. Des politiciens, avocats et militants ont vu leurs téléphones piratés par le logiciel Pegasus, vendu exclusivement à des États pour lutter contre le terrorisme et les crimes graves.
« Nous avons découvert que cet outil, censé protéger les citoyens, a été utilisé pour museler un mouvement pacifique et démocratique », a déclaré un membre du Citizen Lab, organisme canadien à l’origine des révélations.
Le documentaire montre que l’État espagnol, face à un mouvement indépendantiste déterminé mais pacifique, a franchi des « lignes rouges ». En Catalogne, ces actions sont perçues comme une atteinte directe aux droits humains. « Notre seul crime est de proposer un référendum. Et pour cela, nous subissons une répression digne des régimes autoritaires », déplore un activiste catalan.
Pegasus : un outil détourné
Développé par la société israélienne NSO Group, Pegasus est conçu pour surveiller les menaces graves. Mais son utilisation dans des affaires politiques, comme le montre l’exemple saoudien avec l’assassinat de Jamal Khashoggi, démontre les risques d’abus. Le film accuse les démocraties, dont l’Espagne, de céder à la tentation de s’en servir pour neutraliser leurs opposants politiques. « Espionner des citoyens pour des raisons politiques est une violation grave des principes démocratiques », affirme un expert en cybersécurité interviewé dans le film.
Et l’État espagnol, selon Farrow, n’hésite pas à justifier ces pratiques sous prétexte de préserver l’unité nationale. Depuis plus d’une décennie, la Catalogne subit une répression sans précédent. En 2017, l’Espagne a mobilisé 10 000 policiers pour empêcher violemment un référendum. Depuis, des groupes parapoliciers, des actions judiciaires ciblées et l’espionnage massif des leaders indépendantistes se succèdent. « Ce n’est pas une démocratie, c’est une répression habillée en légalité », déclare un militant anonyme.
L’Espagne, sous couvert de légitimité, utilise tous les moyens disponibles pour maintenir l’unité du pays. Même la ministre de la Défense, Margarita Robles, l’a admis au parlement : « Comment ne pas les espionner, s’ils menacent notre État ? ». Ces propos illustrent un ultra-nationalisme qui ne recule devant rien. Alors que Surveilled fait des vagues aux États-Unis et ailleurs, les médias espagnols restent étonnamment silencieux. « Ils veulent banaliser l’inacceptable », dénonce Jordi Oriola Folch, auteur engagé. Ce silence reflète une volonté d’étouffer un scandale qui met à nu les dérives d’un État membre de l’Union européenne.


