Le président américain avait prescrit l’expulsion de membres présumés du gang de trafiquants de drogue vénézuélien Tren de Aragua, affirmant qu’il avait le droit de les déclarer « ennemis étrangers » en vertu d’une loi utilisée en temps de guerre. Un juge a bloqué sa décision.
Dans sa lutte contre le gang vénézuélien Tren de Aragua, Donald Trump a tenté samedi d’invoquer une loi de 1798, utilisée pour la dernière fois pendant la Deuxième Guerre mondiale contre des résidents japonais, mais sa décision a été bloquée par le juge James Boasberg. Des défenseurs des droits humains ont saisi la justice et le juge a ordonné samedi une suspension de 14 jours de toute expulsion, jusqu’à ce qu’il dispose de plus de temps pour examiner la légalité du décret.
Dans un communiqué, la ministre de la Justice Pam Bondi, a critiqué cette décision qui, selon elle, bafoue « le pouvoir du président Trump, et met en danger le public et les forces de l’ordre ». La Maison Blanche a jusqu’à lundi pour faire appel de la suspension, faute de quoi la prochaine audience aura lieu le 21 mars, a indiqué le juge.
La Loi sur les étrangers et la sédition est un texte qui permet au président américain d’arrêter ou d’expulser des citoyens d’une nation ennemie. Créée en 1798, elle a été utilisée lors de la guerre anglo-américaine de 1812, pendant la Première Guerre mondiale et surtout durant la Deuxième Guerre mondiale, quand 120.000 Japonais et Américano-Japonais ont été internés aux États-Unis.
Le Tren de Aragua accusé de liens avec le pouvoir à Caracas
Donald Trump veut l’utiliser pour lutter contre les membres du gang Tren de Aragua qui opèrent sur le sol américain. Il accuse le gang, qu’il a classé dans la catégorie des organisations terroristes, d’avoir des liens avec le président Nicolas Maduro du Venezuela et de mener « une guerre illégale contre le territoire des États-Unis, à la fois directement et sous la direction, clandestine ou non, du régime Maduro ».
Seront susceptibles d’être expulsés tous les membres vénézuéliens du Tren de Aragua de plus de 14 ans qui ne sont pas résidents permanents aux États-Unis ou n’en ont pas la nationalité. « L’intention de l’administration Trump d’utiliser une autorité de temps de guerre pour l’application des lois sur l’immigration est aussi inédite qu’illégale », a estimé dans un communiqué Lee Gelernt, un responsable de l’organisation de défense des droits humains ACLU, rapporte l’Agence France presse. « Il s’agit peut-être de la mesure la plus extrême jamais prise par l’administration, ce qui n’est pas peu dire », a ajouté M. Gelernt.
L’administration américaine a entrepris en début d’année d’expulser vers Caracas des ressortissants vénézuéliens. Le Venezuela a également organisé à plusieurs reprises des vols de rapatriements de migrants depuis les États-Unis ou d’autres pays d’Amérique latine dans le cadre de son plan « Retour à la patrie ». Donald Trump a retiré le statut de protection temporaire contre l’expulsion dont bénéficiaient environ 600 000 Vénézuéliens en raison de la crise économique et sécuritaire dans leur pays. Plus de 7,8 millions de Vénézuéliens ont émigré au cours de la dernière décennie, selon l’ONU. Une partie se trouve aux États-Unis.
Le gang du Tren de Aragua sévit dans toute l’Amérique latine. Son leader, Héctor Guerrero, alías El Niño’ Guerrero, s’est échappé de la prison vénézuélienne de Tocorón en septembre 2023, devenue, selon certaines sources, une prison dorée pour repris de justice.



