
Le samedi 5 avril 2025, le Palais de la Culture de Treichville a vibré au rythme d’un hommage rare : celui des 50 ans de carrière de la diva ivoirienne Aïcha Koné. Une soirée mémorable, teintée à la fois de célébration intense de la culture ivoirienne et de dénonciation poignante de certaines réalités sociales et politiques.
Un hommage aux traditions et à la culture ivoirienne
Fidèle à la tradition mandingue qui veut qu’un chef soit toujours accompagné de son griot, Aïcha Koné a été introduite sur scène par Koumba Kouyaté, mère de la chanteuse Affou Keïta et amie de longue date. Cette entrée symbolique donnait le ton : la soirée serait profondément enracinée dans l’héritage culturel africain.
Assise sur son trône royal, la diva a revisité ses classiques — Décidé, Africa Liberté, Malaïka, Baya… — portée par l’énergie envoûtante de ses danseurs, dans un mélange harmonieux de sonorités mandingues et de rythmes Boloye. L’émotion était palpable, entre nostalgie douce et exaltation du moment présent.
Messages de paix et appel à l’unité
Sous le sceau de la paix, la soirée a aussi été marquée par un moment fort : l’interprétation de Faisons la paix, en collaboration avec Babi Spinto et Gadji Celi. Ce morceau, symbole des heures sombres de la crise politico-militaire, a résonné comme un appel renouvelé à l’unité et à la réconciliation.
De nombreux artistes ont ensuite rejoint la scène pour une collégiale festive : François Kency, Dothi Z, Yodé et Siro, Amélie Wabéi, Clémentine Papouet, Thérèse Taba, Adeliz, Prissi la Démagameuse et Lili Djéli. Le spectacle s’est clôturé sur une note moderne avec un remix coupé-décalé de Baya, signé Ariel Sheney et Chouchou Salvador et un mini-concert de la star malienne, Iba One.
Une dénonciation amère du manque de reconnaissance
Mais cette fête n’a pas été exempte de critiques. Ben Taï Benson, figure respectée du milieu des médias, est monté sur scène pour remettre un cadeau à la diva… mais aussi pour exprimer son indignation.
🇨🇮 Le concert célébrant les 50 ans de carrière d’Aïcha Koné, surnommée Mama Africa, au Palais de la culture, n’a pas rencontré le succès escompté le samedi 5 Avril 2025. L’événement, ambitieux sur le papier, s’est soldé par une faible affluence, constituant un revers pour… pic.twitter.com/NAbcMAG3Fl
Selon lui, il est inacceptable qu’une légende comme Aïcha Koné célèbre son jubilé sans véritable soutien officiel :
« Si j’entends encore un homme politique, quel que soit son bord, dire que la paix règne en Côte d’Ivoire, je lui intenterai un procès », a-t-il lancé, visiblement ému.
Une absence remarquée et une mémoire politique vive
Le contraste était frappant. Si plusieurs figures du PPA-CI (parti de Laurent Gbagbo) étaient présentes, ainsi qu’un représentant de Tidjane Thiam (PDCI), aucun membre du gouvernement n’a été aperçu. Une absence qui en dit long, selon certains observateurs, sur les fractures persistantes entre art, mémoire et politique en Côte d’Ivoire.
Malgré tout, Aïcha Koné reste une figure centrale de la musique ivoirienne, dont le parcours, bien que souvent heurté par ses prises de position politique, force le respect. Ce cinquantenaire aurait pu rassembler toute la nation autour d’une icône. Mais le silence de certains en dit peut-être autant que les chants d’une soirée inoubliable.


