
La réflexion s’est rapidement portée sur la production locale et la répartition des revenus issus du sous-sol malien. En 2022, un audit du secteur a été engagé, aboutissant à l’adoption d’un nouveau code minier en 2023. Ce texte autorise désormais l’État à acquérir jusqu’à 30% de participation dans chaque projet minier, une mesure qui vise à renforcer la souveraineté nationale sur les ressources stratégiques.
Un écosystème repensé et des profils clés
Cette nouvelle orientation s’est accompagnée d’un bras de fer avec certains acteurs internationaux, à l’image du conflit avec le géant canadien Barrick Gold. L’affaire s’est soldée par le placement sous administration provisoire de la mine de Loulo-Gounkoto, la plus importante du pays, détenue à 80% par la société étrangère. Ce dossier symbolise la volonté de Bamako de ne plus se laisser dicter la conduite à tenir sur son propre sol.
Pour mettre en œuvre ces nouvelles règles, Assimi Goïta s’est appuyé sur des profils variés. Parmi eux, on retrouve des stratèges de l’économie et des finances, dont un ami de longue date du président, passé par la Banque nationale de développement agricole. Ce dernier a piloté la riposte face aux sanctions de la CEDEAO et géré les relations avec les banques commerciales pendant les périodes de tension. Depuis 2023, il supervise l’ensemble du secteur minier.
Des soutiens de l’ombre
Mamou Touré, co-fondateur d’Ivanus Mining, s’est imposé comme une figure influente. Il a joué un rôle central lors de l’audit de 2022 et reste un interlocuteur incontournable, parfois redouté par les compagnies étrangères pour son intransigeance. Samba Touré, ancien directeur Afrique de l’Ouest d’une grande société minière, apporte une expertise reconnue et participe activement à la gestion des dossiers sensibles.
Goumé Traoré, discret mais efficace, dirige depuis 2022 la Société SORE, une entreprise publique entièrement détenue par l’État. Celle-ci peut obtenir des participations dans les permis miniers, conduire des recherches, exploiter et commercialiser les substances minérales.
Les recettes générées permettent à l’État de bénéficier directement des retombées économiques du secteur. Dans l’ombre, d’autres acteurs jouent un rôle non négligeable. Fatoumata Batouly Niang, à la tête de Touly’s Groupe, représente le Mali lors des grandes rencontres minières. Membre du Conseil national de transition, elle s’exprime régulièrement dans les médias pour défendre la stratégie présidentielle et le choix du souverainisme économique.
Gouvernance, sécurité et environnement : La nouvelle donne
La réforme du secteur minier s’appuie aussi sur une équipe de conseillers juridiques et fiscaux, recrutés pour accompagner la refonte du cadre légal et fiscal. Certains, issus de cabinets spécialisés, épaulent les autorités dans l’élaboration d’une stratégie visant à maximiser les retombées économiques pour le Mali. Deux avocats indépendants, Founouké Traoré et Abdoulaye Sangaré, ont été choisis pour représenter l’État dans les discussions avec les multinationales, même si leur absence d’expérience minière suscite parfois des interrogations.
La commission de renégociation des conventions minières, mise en place fin 2022, regroupe des ministres clés, dont Abdoulaye Diop aux Affaires étrangères et Mariam Tangara à l’Environnement. Cette dernière veille à ce que l’exploitation respecte les normes environnementales, validant les études d’impact avant toute délivrance de permis.
La sécurité des sites miniers stratégiques est confiée au général Modibo Koné, acteur du coup d’État de 2020, qui joue un rôle de contrepoids lors des négociations. Sa présence a été remarquée lors de la saisie de trois tonnes d’or en janvier, un événement qui a conduit à la suspension temporaire des activités de Barrick Gold. Enfin, le ministère des Mines, dirigé par Amadou Keita depuis juillet 2023, et celui de l’Industrie et du Commerce, sous la houlette de Moussa Alassane Diallo, supervisent respectivement l’attribution des permis et les accords commerciaux liés aux exportations minières.
Cette nouvelle gouvernance, marquée par une volonté de contrôle et de transparence, redéfinit les rapports de force dans le secteur minier malien. Le pays entend désormais tirer pleinement profit de ses ressources, tout en veillant au respect des normes et à la sécurisation de ses intérêts stratégiques.


