
Le Wakanda sénégalais de la star américaine du RnB, Akon, ne verra jamais le jour. Pressentie de longue date, l’annonce vient d’être officialisée. « Le projet Akon City n’est plus d’actualité », a, en effet, déclaré Serigne Mamadou Mboup, le directeur général de la SAPCO.
Sous l’égide du ministre du Tourisme de l’époque, Alioune Sarr, c’est cette société anonyme à participation publique majoritaire qui avait contracté avec l’artiste, en janvier 2020, en vue d’ériger à Mbodiène une ville futuriste qui se voulait à la fois écoresponsable et high-tech, tout en étant propulsée par la cryptomonnaie lancée officiellement cette année-là par le même Akon. Une annonce ultramédiatisée, qui aura finalement accouché d’une souris.
Ville futuriste inspirée du Wakanda
Cinq années après cette opération de marketing relayée d’un bout à l’autre de la planète d’autant qu’Akon avait surfé opportunément la vague du film Black Panther et de son Wakanda, la ville futuriste se résume en effet à un modeste bâtiment d’un étage, toujours inachevé, planté sur une terre sèche entourée de broussailles.
Baptisé Welcome Center, celui-ci ne voit défiler, en guise de visiteurs, que des troupeaux de zébus. Depuis l’origine, outre l’absence du moindre chantier sur les deux sites voisins initialement dévolus à Akon par la Sapco, via deux baux emphytéotiques, une opacité problématique n’a cessé d’entourer le projet entrepris par l’interprète de Smack That, Locked Up ou Beautiful Day.
Aucune information vérifiable n’a été divulguée sur le plan de financement de 6,5 milliards de dollars annoncé ni sur les investisseurs impliqués, et aucun véritable chantier ne s’est jusqu’ici matérialisé, si ce n’est par la brève apparition de deux ou trois tractopelles venues, fin 2022, débroussailler et vaguement terrasser les terrains situés à proximité de la lagune de Mbodiène.
Immobilisme notoire
« Le chantier n’a pas bougé depuis la construction du Welcome Center, en 2023. Et encore, ce dernier n’a jamais été finalisé », confirme à Jeune Afrique Jean Charles Édouard Sarr, membre du comité de suivi des projets du village de Mbodiène, évoquant ce modeste centre d’accueil. « Je n’ai pas été surpris que le DG de la Sapco évoque un arrêt définitif du chantier d’Akon City. Ayant suivi ce projet depuis l’origine, j’ai vu comment celui-ci s’est enlisé. Dès le départ, il y a eu des couacs », précise encore notre interlocuteur.
Initialement séduits par les perspectives promises en matière de retombées touristiques et d’emplois, les habitants de Mbodiène ont depuis longtemps déchanté en constatant qu’Akon City, censée être finalisée en 2029, ne dépasserait sans doute jamais le stade d’un clip promotionnel en images de synthèse.
Sollicités par Jeune Afrique, ni l’architecte Hussein Bakri, basé à Dubaï et censé avoir conçu les plans d’Akon City, ni le producteur Mbacké Dioum, présenté depuis l’origine comme l’« homme de confiance » d’Akon au Sénégal dans le cadre de ce projet, n’ont donné suite.
Un autre projet de substitution
« On a trouvé un consensus qui fait que, maintenant, le projet Akon City n’existe pas. Mais [Akon] a quand même un autre projet à l’intérieur de ce site, qui va faire 8 hectares ; et il est en train d’en finaliser un autre assez structurant et qui sera accompagné par la Sapco », a indiqué la partie sénégalaise. Impossible, dans l’immédiat, d’en savoir plus sur les raisons qui ont conduit les nouvelles autorités à perpétuer avec le chanteur, qui se rêve bâtisseur, le partenariat initialement noué sous Macky Sall, pas plus que sur les contours de ce nouveau projet alternatif.
Contacté par Jeune Afrique, Serigne Mamadou Mboup invoquera des contraintes d’agenda pour décliner notre demande d’entretien. En Ouganda, un projet jumeau de celui de Mbodiène, censé voir le jour dans le district de Mukono, sur les rives du lac Victoria, demeure en effet dans les limbes. Dans les villages concernés par cette deuxième Akon City, portant sur une superficie de 259 hectares, plusieurs milliers d’habitants (dont une partie détient un titre foncier) s’inquiètent de possibles expulsions et se plaignent de n’avoir pas été consultés préalablement. Ici aussi, aucun véritable chantier n’a émergé.
Quant à l’akoin, la cryptomonnaie lancée par le chanteur, qui devait faire office de devise à Akon City, il a vu son cours s’effondrer depuis l’introduction du token sur le marché, en 2020.
Celui-ci est passé de 0,58 dollar pour 1 akoin en février 2021 à 0,0007 dollar en novembre 2023. Depuis lors, le volume des transactions apparaît anecdotique et l’akoin demeure quasiment introuvable sur les grandes plateformes d’échange de cryptomonnaies. Tout aussi introuvable que les fondations d’Akon City, à Mbodiène comme à Mukono.


