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Achoura : Une célébration juive et musulmane en l’honneur de Moïse et d’Hussein

Juif ou musulman, on jeûne, on prie la même cause. La célébration d’Achoura est d’abord juive. Ce moment divise la communauté musulmane. Pour les Chiites, cette commémoration est en souvenir douloureux de l’assassinat à Karbala de Hussein, petits-fils du Prophète Mahomet et frère-jumeau de Hassan. Pour les sunnites, c’est le jour où le prophète Moise a vaincu Pharaon Ramsès II et son armée. Moise a pu sauver le peuple élu de Dieu en traversant la mer méditerranée pour quitter l’Egypte pour Israël.

Chaque année, la célébration d’Achoura réunit, dans la prière et le jeûne, des fidèles est issue de deux grandes traditions monothéistes. Si l’on pense d’abord à une fête musulmane, ses origines plongent aussi dans l’histoire juive. Achoura, qui signifie « dixième » en arabe, correspond au dixième jour du mois de Muharram dans le calendrier islamique. Mais ce jour, bien avant l’islam, était déjà marqué par un jeûne dans la tradition juive, en souvenir de la délivrance du peuple hébreu.

Des conférences différentes selon les courants de l’islam
Dans la mémoire collective, Achoura évoque d’abord la figure de Moïse. Selon la tradition sunnite, c’est en ce jour que le prophète Moïse aurait vu la mer s’ouvrir devant lui, permettant au peuple d’Israël d’échapper à l’armée de Pharaon. Un épisode fondateur, célébré par le jeûne, en signe de gratitude pour cette délivrance. Le Prophète Mahomet, découvrant cette pratique à Médine, aurait alors recommandé à ses compagnons de jeûner ce jour-là, en solidarité avec Moïse et son peuple.

Si le jeûne d’Achoura est largement pratiqué chez les sunnites, il prend une toute autre dimension chez les chiites. Pour eux, ce jour est avant tout celui du souvenir douloureux de la tragédie de Karbala. En l’an 680, Hussein, petit-fils du Prophète Mahomet et frère de Hassan, est assassiné avec ses compagnons sur les rives de l’Euphrate. Ce drame, vécu comme une injustice et un acte fondateur du chiisme, est commémoré par des rituels de deuil, des processions et des prières collectives.

Dans les villes saintes d’Irak et d’Iran, la commémoration d’Achoura prend la forme de grandes cérémonies, où l’on pleure la perte de Hussein et où l’on médite sur la fidélité, le courage et le sacrifice. Les fidèles se rassemblent pour écouter le récit de la bataille, participer à des marches silencieuses ou à des représentations théâtrales. Le jeûne, dans ce contexte, cède la place à la lamentation et à la solidarité avec les opprimés.

Un pont entre les communautés religieuses
Hormis les différences de rites, l’Achoura rappelle la proximité des grandes traditions abrahamiques. Juifs et musulmans, chacun à leur manière, honorent la mémoire de Moïse, figure centrale de la libération et de la foi. Le jeûne, la prière et la réflexion sur le sens du sacrifice sont autant de gestes qui rapprochent, le temps d’une journée, des croyants souvent séparés par l’histoire. Dans certaines régions, la célébration d’Achoura s’accompagne de gestes de partage : distribution de repas, dons aux plus démunis, rassemblements familiaux.

En Afrique du Nord, par exemple, la journée est aussi l’occasion de coutumes populaires, de plats traditionnels et de moments festifs, qui témoignent de la vitalité de la culture locale. Achoura, loin de se réduire à un simple rite, interroge la mémoire et la transmission. Elle invite à relire les textes fondateurs, à comprendre les raisons des divergences, mais aussi à reconnaître ce qui unité.
Dans un monde traversé par les tensions religieuses, la commémoration d’Achoura offre un espace de dialogue, où l’histoire de Moïse, la douleur de Kerbala et la quête de justice trouvent une écho contemporaine. Qu’on la vive dans la ferveur du deuil ou dans la gratitude du salut, elle rappelle que la foi, dans sa diversité, est aussi une invitation à la rencontre et à la compréhension mutuelle.

 

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