
Depuis le 02 juillet, l’affaire Gassama anime les couloirs du Palais de justice d’Abidjan et suscite de nombreux commentaires à Bamako. Mamadou Hawa Gassama, membre du Conseil national de transition (CNT) du Mali, a été interpellé à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny alors qu’il revenait d’un séjour funèbre à Séguéla, dans le nord de la Côte d’Ivoire.
Tirer le député de Yilémané d’affaire
Ce n’était pas un guet-à-pents. Selon des sources proches du dossier, c’est un comportement jugé inapproprié qui aurait attiré l’attention des agents de police, menant à son arrestation. Rapidement identifié, l’ancien élu de Yélémané s’est retrouvé au cœur d’une controverse, conséquence de propos tenus il y a trois ans lors d’une interview, jugés diffamatoires à l’encontre du président ivoirien Alassane Ouattara.
Sur le plan international, Maître Konaté s’est illustré dans la coopération entre États sahéliens sur les questions de criminalité transnationale et de terrorisme. Il a ainsi contribué à l’élaboration d’accords d’entraide judiciaire et de conventions d’extradition, comme celle signée en mai 2017 entre le Mali, le Niger et le Tchad.
La justice ivoirienne l’accuse d’avoir incité à la déstabilisation des institutions et d’avoir appelé à l’insurrection. Face à la gravité des faits reprochés, Mamadou Hawa Gassama a sollicité les services d’un avocat bien connu au Mali et au-delà : Maître Mamadou Ismaïla Konaté. Ce dernier, originaire de la même région administrative que le député, est attendu à Abidjan pour prendre la défense de son compatriote.
Maître Konaté, un parcours au service du droit
Né le 31 août 1963, Mamadou Ismaïla Konaté s’est imposé comme une figure incontournable du barreau malien. Il fonde en 1998 à Bamako le cabinet Jurifis Consult, qui deviendra rapidement une référence dans le monde juridique malien. Inscrit aux barreaux de Bamako et de Paris, il a plaidé sur de nombreux dossiers, aussi bien en Afrique qu’en Europe, et s’est spécialisé dans le droit OHADA, domaine dans lequel il a publié de nombreuses communications.
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Son engagement ne se limite pas aux prétoires. Secrétaire général de l’Association pour la Promotion de l’Arbitrage en Afrique (APAA), il milite pour une justice accessible et moderne. En juillet 2016, il est appelé à la tête du ministère de la Justice du Mali, sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta. Durant son passage au gouvernement, il s’attelle à simplifier les procédures judiciaires, à réorganiser certaines juridictions et à lancer des actions de justice transitionnelle dans les régions touchées par la crise de 2012.
Sur le plan international, Maître Konaté s’est illustré dans la coopération entre États sahéliens sur les questions de criminalité transnationale et de terrorisme. Il a ainsi contribué à l’élaboration d’accords d’entraide judiciaire et de conventions d’extradition, comme celle signée en mai 2017 entre le Mali, le Niger et le Tchad. Déçu par le manque de volonté politique pour lutter contre la corruption, il quitte le gouvernement en novembre 2017 et publie l’année suivante un ouvrage relatant son expérience ministérielle.
Un engagement à défendre son compatriote
Arrivé à Abidjan, Me Konaté a fait le déplacement depuis Paris via Dakar pour répondre à l’appel de Mamadou Hawa Gassama, ancien député malien de Yélimané et membre actuel du Conseil national de transition (CNT). Gassama a été arrêté en Côte d’Ivoire pour des infractions graves, placé sous mandat de dépôt et incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan. ” Ce matin, je lui ai rendu visite en prison, accompagné de mon confrère ivoirien Cheickné Couriba et du frère aîné de Gassama, Amedy Diaby ” souligne Me Konaté.
Malgré sa détention, Gassama se porte bien et reste fort, conscient des liens historiques entre la Côte d’Ivoire et le Mali. Il m’a officiellement demandé de le défendre, ce que j’ai accepté pour plusieurs raisons : en tant qu’avocat, j’ai prêté serment il y a trente ans de défendre les personnes en détresse et de lutter contre l’injustice.
L’acceptation d’un dossier ne doit pas dépendre de critères politiques ou idéologiques. Je connais personnellement Gassama depuis longtemps, et enfin, notre lien national malien me pousse naturellement à le soutenir. Je lance un appel à tous pour nous encourager et prier afin qu’il retrouve sa liberté. Pour ma part, je me suis engagé à le défendre jusqu’au bout.
Un procès très attendu
Avocat rigoureux, Maître Konaté connaît bien les arcanes du droit, tant malien qu’international, et n’hésite pas à faire entendre la voix de ses clients, même dans les dossiers les plus sensibles. Sa proximité avec Mamadou Hawa Gassama, dont il partage la région d’origine, ajoute une dimension personnelle à cette défense. Dans les couloirs du Palais, on s’attend à une bataille juridique nourrie.
L’affaire Gassama, au-delà des faits reprochés, cristallise les tensions entre Bamako et Abidjan, sur fond de relations bilatérales parfois heurtées.
Les autorités maliennes suivent de près le dossier, conscientes qu’il touche à la fois à la justice et à la politique. En attendant l’audience, la communauté malienne d’Abidjan observe avec attention les développements de l’affaire. Beaucoup espèrent que la défense de Maître Konaté permettra d’éclairer les zones d’ombre du dossier et d’assurer un procès équitable à leur compatriote.
Une affaire visiblement sensible
L’affaire Gassama rappelle que, dans la sous-région, les dossiers judiciaires se mêlent souvent aux enjeux politiques et diplomatiques. L’arrivée de Maître Konaté à Abidjan, avocat reconnu pour son intégrité et son expérience, donne une nouvelle tournure à ce dossier sensible. Les jours à venir diront si le barreau franco-malien saura faire entendre sa voix jusque dans les prétoires ivoiriens, et si la justice saura, elle, garder la tête froide dans un contexte où chaque mot, chaque geste, est scruté de près.
À Abidjan comme à Bamako, l’affaire Gassama occupe les esprits. Sur les réseaux sociaux, dans les cercles politiques, chacun y va de son commentaire. Mais pour l’instant, tous les regards se tournent vers le Palais de justice, où l’on attend de voir comment l’avocat malien défendra son client, et ce que la justice ivoirienne retiendra des arguments de la défense.


