En Côte d’Ivoire, la fistule obstétricale reste une « maladie de la honte » qui détruit silencieusement la vie de milliers de femmes. Selon l’Enquête Démographique et de Santé 2021 (EDSCI), environ 73 687 femmes vivent avec cette pathologie, conséquence directe de grossesses et d’accouchements compliqués, souvent aggravés par les mariages précoces, les mutilations génitales féminines et l’accès insuffisant à des soins obstétricaux de qualité.
La fistule obstétricale se caractérise par une perforation au niveau de l’appareil de reproduction féminin.
Elle provoque des pertes involontaires d’urine ou de matières fécales. Au-delà de la souffrance physique que cause cette maladie, la fistule obstétricale entraîne un rejet social brutal.
Ce sont entre autres la perte d’emploi, l’isolement et la perte d’estime de soi.
Un lourd fardeau social et sanitaire
Les chiffres révèlent une vulnérabilité marquée : 23% des femmes mariées avant 18 ans, 21% des femmes âgées de 15 à 49 ans excisées.
Et 36% de grossesses précoces en milieu rural, contre 17% en zone urbaine.
Ces réalités sont une révélation de Social Institution and Gender Index (SIGI 2022) et l’EDS-2021.
Elles témoignent de normes sociales inégalitaires qui exposent les femmes à des violences et à des complications graves.
Un combat multisectoriel
Face à ce drame, l’État ivoirien se fixe un objectif. C’est celui d’éradiquer la fistule obstétricale d’ici 2030.
Cette lutte passe par le dépistage et la prise en charge chirurgicale, l’accompagnement psychosocial, la réinsertion économique, et la prévention via la lutte contre les mariages précoces et les mutilations.
Le Projet d’appui à la prise en charge et à la réintégration sociale des porteuses de fistule obstétricale, financé par le Centre de la CEDEAO pour le Développement du Genre (CCDG), a déjà permis des avancées concrètes, notamment à Man.
Un double défi
Pour Moussa Diarrassouba, directeur de cabinet du ministère de la Femme, « il faut accentuer la lutte contre les mariages précoces et les mutilations, tout en garantissant un accès universel à des soins obstétricaux de qualité ».
De son côté, Dr Kouamé, directrice du programme national de lutte contre les violences basées sur le genre, rappelle que « la fistule est autant une tragédie humaine qu’un problème médical ».
L’avenir de cette bataille repose sur la poursuite des efforts conjoints de l’État, des ONG et des communautés, pour qu’aucune femme ne soit plus condamnée à vivre dans l’ombre de cette maladie.



