
Depuis novembre 2015, le Burkina Faso traverse une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent, dont les enfants paient un lourd tribut. Le rapport récent de l’ONU, couvrant la période du 1er juillet 2022 au 30 juin 2024, dresse un état des lieux détaillé des violences commises contre les enfants dans ce pays en proie à un conflit armé.
Des violations graves recensées
Depuis deux années marquées par deux coups d’État militaires, le Burkina Faso connaît une dégradation constante de sa situation sécuritaire. Le rapport confirme l’ampleur de la crise humanitaire qui en découle, avec plus de 2 millions de personnes déplacées, parmi lesquelles 58% sont des enfants. Au total, plus de 6,3 millions de personnes, incluant 3,4 millions d’enfants, sont estimées dépendantes de l’aide humanitaire.
L’accès à l’éducation est particulièrement affecté : plus de 5 000 établissements scolaires ont été fermés, privant ainsi plus de 800 000 enfants de leur droit fondamental à apprendre. Ce contexte dramatique exacerbe la fragilité des enfants, vulnérables aux différentes violences liées au conflit.
Les experts de l’ONU ont documenté 2 483 violations graves commises contre 2 255 enfants : 1 310 garçons, 750 filles et 195 dont le sexe n’a pu être déterminé. La majorité de ces actes sont imputés à des groupes armés tels que Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), responsables de 65% des cas. Les forces nationales (Forces de défense et de sécurité (FDS) et Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) sont quant à elles responsables d’environ 20% des violations.
Parmi ces violations, six catégories se dégagent :
Meurtres et mutilations : la plus fréquente, avec 1 386 enfants affectés. Parmi eux, 920 ont été tués et 466 grièvement blessés, victimes notamment de frappes aériennes, d’attaques contre les civils, ou d’engins explosifs improvisés. Un événement dramatique en novembre 2023 a coûté la vie à 111 enfants recrutés par JNIM, tués lors d’une frappe des FDS.
Enlèvements (592 cas), souvent liés à des fins de recrutement, de renseignements ou de violences sexuelles. Seuls 239 enfants ont pu être libérés ou s’échapper ; le sort des autres reste inconnu.
Recrutement et utilisation (257 enfants) pour la plupart garçons, forcés à combattre en première ligne avec un lourd bilan humain.
Attaques contre écoles et établissements de santé : 132 attaques recensées, 79 écoles et 53 centres de santé ont été affectés, entrainant fermetures et destructions qui privent des milliers d’enfants d’éducation et de soins.
Violences sexuelles : au moins 20 cas de viols recensés, probablement sous-estimés en raison du tabou et des difficultés d’accès aux victimes.
Refus d’accès humanitaire : 96 incidents où des groupes armés ont entravé la livraison de l’aide, attaqué du personnel ou détruit des infrastructures critiques.
Les régions du Sahel, du Centre-Nord et de l’Est restent les plus touchées par ces violations.
La réponse internationale
Parmi les progrès notables, on compte la signature d’un protocole de transfert entre le gouvernement et l’ONU pour prendre en charge les enfants associés aux groupes armés, la libération et réintégration de plusieurs centaines d’enfants grâce à des programmes internationaux, ainsi que la formation de membres des FDS et VDP à la protection des droits de l’enfant. Cependant, le rapport souligne de nombreux obstacles. L’impunité demeure la règle : aucun procès n’a été ouvert à ce jour pour les meurtres et enlèvements d’enfants, à l’exception d’une seule affaire liée à des violences sexuelles.
Par ailleurs, 19 enfants restent incarcérés dans une prison de haute sécurité à Ouagadougou, accusés d’appartenance aux groupes armés. Le financement des programmes de réintégration est insuffisant, compromettant durablement leur efficacité.
Enfin, l’accès humanitaire est régulièrement bloqué, empêchant l’aide d’atteindre près d’un million de personnes vulnérables. Dans ses conclusions, le rapport appelle toutes les parties au conflit à cesser immédiatement les violations à l’encontre des enfants, à libérer tous ceux qui sont encore retenus dans leurs rangs et à respecter le droit international humanitaire. Il insiste plus particulièrement sur les groupes armés JNIM et EIGS, leur demandant de mettre fin au recrutement ainsi qu’aux actes de violence contre les enfants.
Le Gouvernement de transition est invité à renforcer la protection lors des opérations militaires, à diligenter des enquêtes et poursuivre les auteurs, surtout dans le cas des violences sexuelles. Le rapport insiste aussi sur la nécessité d’allouer davantage de ressources aux programmes de réintégration et de garantir un accès sans entrave de l’aide humanitaire. Enfin, la communauté internationale est interpellée pour augmenter son soutien financier et son engagement en faveur des victimes du conflit, notamment via la lutte contre les mines et le soutien à la protection de l’enfance.


