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Charles Kouakou : ‘’A travers le film TOUKPÊ, nous allons réveiller les alliances interethniques en Côte d’Ivoire’’

Producteur, Réalisateur et Cinéaste bien connu ici et ailleurs, Charles Kouakou vient de mettre sur le marché cinématographique ivoirien, un film intitulé TOUKPÊ qui réveille les alliances inter-ethniques. Une idée géniale, à quelques semaines de l’élection présidentielle qui déchaine les passions…

Pouvez -vous vous présenter ?
Je me nomme Charles Kouakou. Je suis le producteur et réalisateur du film Toukpê. Je suis le Directeur de la Maison de production ‘’Yatingué’’ qui veut dire en Baoulé, nous sommes réveillés.

Parlez-nous de votre film TOUKPÊ qui fait l’actualité en ce moment ?
Mon film intitulé TOUKPÊ (Alliance inter-ethnique) met en avant un nouvel idéal de l’homme ivoirien. Comme nous l’avons dit dans le scénario, tous les combats doivent se mener avec intelligence et dialogue. L’Ivoirien doit comprendre qu’avec des alliances ethniques solides, on ne peut pas se faire du mal. On peut, par exemple, désarmer des jeunes qui veulent s’organiser pour la violence, en leur montrant que le vrai combat est ailleurs.

Qu’un Yacouba ne doit pas avoir des problèmes, des histoires avec un Gouro, ni avec un Sénoufo etc. Au nom de leur alliance. En somme, le film Toukpê vient rallumer la flamme des alliances inter éthiques, vient réveiller les alliances tissées par l’histoire entre les différentes ethnies de la Côte d’Ivoire.

Concrètement, que propose le film ?
Le film veut aider les Ivoiriens à apprendre à vivre dans l’alliance, dans l’entente mutuelle. Pour les jours et les années à venir, je suis convaincu que cela contribuera à bâtir une Côte d’Ivoire plus pacifiée, avec des citoyens qui comprennent mieux les enjeux et qui n’ont plus besoin de se battre inutilement.

Combien de temps a duré la réalisation du film ?
Le tournage a duré 15 jours, pour une œuvre de 52 minutes. Mais, de l’écriture à la postproduction, il nous a fallu environ quatre mois. Malheureusement, le film sort seulement maintenant, et nous commençons à peine la communication. Mais je reste convaincu que ce film préserve un message essentiel.

Pouvez-vous résumer l’histoire que traduit ce film ?
Le film raconte l’histoire d’un Yacouba, un policier, marié à une femme Gourou qu’il aime profondément. Donc. Voilà qu’un jour, il doit partir en mission, le jour même de l’anniversaire de sa dulcinée. À son retour, alors qu’il pense faire une grande surprise à sa femme, c’est plutôt lui qui reçoit une surprise inattendue. Sa dulcinée dans le lit conjugal avec un autre homme. Il y a une alliance entre les deux ethnies. Que faire ? La suite, je préfère ne pas tout dévoiler : il faut voir le film.

Quel budget avez-vous mobilisé la production de votre film TOUKPÊ ?
Je préfère ne pas parler en chiffres, car une œuvre cinématographique ne se résume pas à sa valeur numéraire. Mais c’est un projet qui a coûté beaucoup d’efforts, d’émotions et bien sûr de moyens financiers. Grâce à l’appui du District et du ministère de la Culture, nous avons pu réduire les coûts, notamment en utilisant des décors existants. Notre objectif n’était pas le gain, mais de passer un message fort.

Le film est-il accessible gratuitement ?
Oui, pour l’instant la diffusion est gratuite. Pour nous, le cinéma est un outil d’éducation des masses. Nous voulons donc l’utiliser pour connecter les populations et susciter des réflexions profondes. Cependant, dans certaines régions, les cadres locaux prennent en charge la logistique pour faciliter la projection.

Quelle est la première étape de la diffusion eu égard à votre caravane à travers le pays ?
Nous commençons à Toumodi, le dimanche 24 août 2025. Car je suis originaire de cette ville et le tournage y a eu lieu. Comme on dit, la charité bien ordonnée commence par soi-même. Mes ancêtres sont là-bas, et je tiens, d’abord, à recevoir leur bénédiction. Ensuite, le film sera projeté dans d’autres régions, grâce aux soutiens locaux.

Quelle est aujourd’hui la place du cinéma en Côte d’Ivoire ? À quel niveau peut-on l’évaluer ?
Le cinéma est aujourd’hui un peu à la traîne. La production est très coûteuse. Il faut le reconnaître : pour que le cinéma joue pleinement son rôle, il ne suffit pas seulement d’aimer l’art ou d’être passionné, il faut être totalement investi, parfois même au-delà de toute recherche de rentabilité immédiate. C’est pourquoi il est indispensable de redonner vie aux salles de cinéma.

Même si l’on ne peut pas construire partout de grands complexes cinématographiques, il est possible de créer des espaces de projection. Cela permettrait aux films d’être rentabilisés, et lorsqu’un film devient rentable, alors tout un écosystème s’anime : les soutiens arrivent, les investisseurs suivent, et les choses se mettent en place (…)

Nous en avons eu la preuve lors de notre dernière projection : la salle Majestic de l’hôtel Ivoire, le 04 août 2025, était remplie à près de 90 %. C’était magnifique. Le public nous a gratifiés de six minutes d’applaudissements, un moment inoubliable. Il y avait la présence de six Ministres du Gouvernement.

Nous avons également eu l’honneur d’accueillir le président de la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, qui, bien qu’ayant déjà vu le film en privé, a tenu à se déplacer. La Reine mère de la CEDEAO était également présente, ainsi que de nombreux chefs communautaires.

Votre film semble avoir eu un écho au-delà de la Côte d’Ivoire…
En effet. J’étais à Paris lorsque quelqu’un m’a appelé du pays. On me disait que des chefs, ayant vu le film, en parlaient avec beaucoup d’enthousiasme. Cela a suscité un véritable intérêt. C’est d’ailleurs ce qui nous a valu une invitation sur le plateau de TV5 Monde, récemment

Quel message souhaitez-vous ajouter pour conclure ?
Le message que je voudrais faire passer est le suivant : chacun de nous doit commencer, dès aujourd’hui, à connaître et à vivre les alliances inter éthiques. Vous, en tant que journaliste, vous avez ce rôle : rappeler à ceux qui l’ignorent que nous avons des alliés.

Par exemple, les Attiés et les Didas, les Kroumens et les Bakoués sont en alliance. Et bien d’autres peuples liés par des alliances de fraternité doivent se souvenir de ces liens. Et si quelqu’un ne le sait pas, il faut le lui rappeler.

Imaginez que chacun d’entre nous prenne l’engagement d’enseigner à dix personnes autour de lui la valeur de l’alliance : alors, la Côte d’Ivoire se portera mieux, et il sera encore plus beau d’y vivre ensemble, dans la paix et la fraternité. Moi, je le fais à travers à la production et réalisation du film TOUKPÊ. Par ailleurs, je veux rappeler que le cinéma est un puissant outil de formation et de contrôle social. Malheureusement, beaucoup d’images que nous recevons de l’extérieur imposent des comportements qui ne correspondent pas à nos valeurs. C’est pourquoi certains pays, comme la France, réinvestissent massivement dans leur propre cinéma et taxent lourdement les productions étrangères.

Nous aussi, nous devons construire un cinéma ivoirien fort, qui façonne « l’Ivoirien nouveau ». À travers nos films, nous devons semer les graines d’une société plus juste, plus pacifique et plus unie. Le cinéma coûte cher, certes, mais il ne coûtera jamais aussi cher que la guerre….

 

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