
Le 30 août 2023, un coup d’État mené par le général Brice Oligui Nguema met fin à 56 ans de règne de la famille Bongo. Porté par une popularité forte, il mène une transition de 19 mois, puis remporte l’élection présidentielle d’avril 2025 avec plus de 90 % des voix. Pour beaucoup de Gabonais, cette date marque une libération après des décennies de pouvoir dynastique.
La dynastie des Bongo : D’Omar à Ali, une présidence longue
Omar Bongo Ondimba, né Albert-Bernard Bongo en 1935, a dirigé le Gabon pendant 41 ans, de 1967 à 2009. D’abord vice-président sous Léon Mba, il a pris le pouvoir à sa mort et s’est rapidement affirmé comme un acteur central de la Françafrique. Soutenu par Paris, notamment par le général de Gaulle et Jacques Foccart, il a établi un régime stable mais autoritaire, fondé sur le Parti démocratique gabonais (PDG) créé en 1968. Le Gabon est alors devenu un allié stratégique de la France, grâce à ses ressources naturelles, notamment le pétrole et l’uranium. Libreville s’est même transformée en plaque tournante pour des opérations secrètes françaises en Afrique, allant du soutien aux sécessionnistes du Biafra à la tentative de déstabilisation du Bénin dans les années 1970.
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Cette relation symbiotique entre Paris et Libreville a garanti la pérennité du régime de Bongo, qui a su conserver le pouvoir à travers plusieurs septennats, malgré quelques ajustements comme l’ouverture formelle au multipartisme dans les années 1990. Omar Bongo a également su se positionner comme un médiateur continental, intervenant dans plusieurs crises africaines, ce qui a consolidé son rôle de « sage » sur la scène régionale.
Un long règne aux ombres pesantes
Sous la présidence d’Omar Bongo, le Gabon a connu une croissance tirée par la rente pétrolière. Profitant du choc pétrolier des années 70, il a mené de grands projets d’infrastructures, avec la construction de routes, ports, chemins de fer, un nouvel aéroport, et le développement d’Air Gabon. Cependant, cette prospérité n’a pas profité de manière équitable à la population, comme l’indique le politologue Thomas Atenga, évoquant un « capitalisme parasitaire » au profit d’une élite politique.
Au fil des décennies, la présidence Bongo a souffert des accusations d’une gouvernance basée sur la prédation. Des assassinats d’opposants, jamais élucidés, ont jalonné son règne, tandis que son nom a été impliqué dans plusieurs scandales financiers, dont le fameux dossier Elf dans les années 90. Plus tard, des associations ont dénoncé les « biens mal acquis » et révélé un patrimoine immobilier conséquent en France, acquis assez vraisemblablement avec des fonds détournés des ressources publiques gabonaises. La justice française a gelé certains comptes avant sa mort en 2009.
Un héritage politique durable mais contesté
À la mort d’Omar Bongo en 2009, c’est son fils Ali Bongo Ondimba, jusque-là ministre de la Défense, qui lui succède. Cette passation de pouvoir familiale assure la continuité d’un système politique centré sur la dynastie Bongo. Malgré l’introduction du multipartisme, le PDG et la famille restent omniprésents dans les rouages de l’État, contrôlant l’administration, la sécurité et les richesses du pays.
L’héritage d’Omar Bongo est donc double : celui d’un dirigeant ayant assuré la stabilité et le rôle stratégique du Gabon en Afrique et vis-à-vis de la France, mais aussi celui d’un pouvoir fortement critiqué pour son autoritarisme, ses malversations financières et son déficit de développement humain. Le Gabon, malgré sa richesse pétrolière, continue d’afficher des indicateurs socio-économiques parmi les plus faibles du continent.
B-Le CTRI : Brice Clotaire Oligui Nguema, un parcours militaire au sommet du Gabon
Né le 3 mars 1975 à Ngouoni, dans le sud-est du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema est issu d’une famille où le service militaire est une tradition, son père ayant lui-même été militaire. Il est issu d’une double origine ethnique : Fang du Woleu-Ntem du côté paternel et Teke de la province du Haut-Ogooué du côté maternel. Cette dernière le relie également à la famille Bongo, puisque sa mère est cousine de la mère d’Omar Bongo, ce qui inscrit Oligui Nguema dans un contexte familial proche du pouvoir de longue date au Gabon.
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Après des études brillantes, notamment un baccalauréat série D à Port-Gentil, il intègre en 1997 l’Académie royale militaire de Meknès, au Maroc. Là, il obtient une formation militaire et universitaire reconnue, notamment une licence en sciences juridiques. Sa carrière le conduit rapidement à servir comme aide de camp auprès du président Omar Bongo pendant huit années, jusqu’au décès de ce dernier en 2009. Cette période illustre son immersion dans les rouages du pouvoir gabonais au plus haut niveau.
De l’exil à la garde républicaine
Lorsque le fils d’Omar Bongo, Ali Bongo Ondimba, remporte l’élection présidentielle en 2009, Brice Oligui Nguema est nommé attaché militaire dans les ambassades gabonaises au Maroc puis au Sénégal. Ces années à l’étranger sont parfois perçues comme une forme d’isolement, loin des cercles du pouvoir à Libreville.
Mais en 2019, il est rappelé et reprend sa place au sein des forces de sécurité en Gabon. Il succède notamment au colonel Frédéric Bongo, demi-frère du président Ali Bongo, à la tête du service de renseignement de la garde républicaine. Il devient ensuite commandant de la garde républicaine en avril 2020, un corps d’élite chargé de la sécurité présidentielle à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ce retour au premier plan militaire augure son rôle majeur dans les événements futurs.
À la tête du pays
Le 30 août 2023, à la suite de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle, le comité qu’il dirige procède à l’annulation des résultats qui donnaient Ali Bongo vainqueur. Brice Oligui Nguema est alors porté à la tête d’une transition politique, mettant fin à plus d’un demi-siècle de règne de la famille Bongo. Le 4 septembre 2023, il prête serment et entame son mandat de président de la Transition. Son gouvernement est rapidement constitué autour de personnalités diverses, et il engage des réformes institutionnelles importantes dans le pays. Sa décision de renoncer à certains privilèges personnels, notamment au salaire présidentiel, a marqué ses premiers gestes publics, même s’il conserve son salaire en tant que commandant de la garde républicaine.
Le 3 mars 2025, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle, qu’il remporte avec une large majorité (plus de 90% des voix) lors du scrutin du 12 avril. Il est investi officiellement le 3 mai 2025, devenant le premier président gabonais en dehors de la famille Bongo depuis la création de la République. Peu après, il lance son parti politique, l’Union démocratique des bâtisseurs, voulant ainsi consolider sa base politique. Son parcours mêle ainsi trajectoire militaire, liens familiaux anciens avec le régime, et une entrée récente dans le jeu politique démocratique à travers les urnes, donnant une nouvelle orientation au Gabon après des décennies de pouvoir dynastique.
C- L’exception de la règle
Avec Brice Clotaire Oligui Nguema, c’est une transition et une présidence au plus près des Gabonais. Une première, certes, mais très assortie.Oligui Nguema s’est fait connaître comme le chef militaire qui a dirigé la transition au Gabon après le coup d’État du 30 août 2023, qui a mis fin à plus d’un demi-siècle de règne de la famille Bongo. À la tête du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), il a pris les commandes d’un pays en quête de renouveau. Son mandat de président de la Transition, qui a duré 19 mois, s’est caractérisé par l’organisation d’un dialogue national inclusif, la préparation d’un référendum constitutionnel, puis la tenue d’élections présidentielles, sénatoriales et législatives.
Le 19 octobre 2023, il a renoncé au salaire présidentiel tout en conservant son traitement de chef de la garde républicaine. En février 2024, une modification de la charte de transition a scellé sa démission des portefeuilles ministériels, levant notamment l’interdiction pour lui de se présenter à la présidentielle. Ces actions ont contribué à dessiner un cadre politique nouveau, axé sur un apaisement des relations nationales et la construction d’un Gabon différent, loin de la dynastie Bongo.
Une méthode proche du terrain
La campagne présidentielle de Brice Clotaire Oligui Nguema en 2025 a surpris par sa simplicité et sa proximité avec la population. Surnommé « C’BON », il s’est déplacé dans les quartiers, privilégiant un contact direct avec les Gabonais. Ses meetings, mêlant danses locales, humour et échanges francs, ont donné à voir un président-candidat à l’allure accessible et sans prétention. Dans ses discours, il a préféré une parole franche, sans détour. Il soulignait que son combat n’était pas contre des adversaires politiques, mais contre les difficultés qui touchent le pays : le chômage, le manque d’infrastructures, l’accès à l’eau, à l’électricité, et à l’éducation. Ce style est perçu par certains comme un véritable renouveau, loin du formalisme et des discours convenus habituels.
En matière familiale, il s’est aussi distingué, en épousant publiquement une seconde épouse en mars 2024, un choix assumé en lien avec les traditions gabonaises mais peu revendiqué jusqu’alors au sommet de l’État. Ce geste a parfois été interprété comme un refus de l’hypocrisie politique et une affirmation des racines culturelles. Les résultats de l’élection présidentielle d’avril 2025 ont confirmé la confiance d’une majorité de Gabonais.
Brice Oligui Nguema a obtenu 90,35% des suffrages, avec une participation de 70,4%. Il a prêté serment le 3 mai 2025. Dans ses premiers mois de mandat officiel, il a lancé son parti, l’Union démocratique des bâtisseurs, poursuivant ainsi sa volonté de rénovation politique. Son premier mandat présidentiel est perçu comme un moment de transition incarnée par une volonté de simplification, de proximité et de redressement progressif du pays.
En rappelant souvent qu’il restait avant tout un citoyen au service de ses compatriotes, il a offert une image d’un pouvoir plus humain. Il accompagne aussi ses enfants à l’école sans faste, témoignant d’une vie privée discrète et en phase avec la société gabonaise. Après ces presque deux ans au pouvoir, il dispose de sept années pour continuer de donner forme à ce Gabon nouveau qu’il promet, avec cette volonté affichée d’écouter et de travailler au plus près des préoccupations des Gabonais.


