05012026Headline:

Enseignement supérieur : Gnamien Konan appelle à la suppression des cours magistraux

L’ancien directeur général des douanes et ancien ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Gnamien Konan, préconise la suppression des cours magistraux dans les universités, et donne les raisons.

L’ancien ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Gnamien Konan, n’a pas mâché ses mots dans une récente sortie sur les réseaux sociaux. Pour l’ex-directeur général des Douanes, le cours magistral tel qu’il est pratiqué dans les universités ivoiriennes et africaines doit être purement et simplement supprimé. Il estime que ce format d’enseignement, encore largement dominant, constitue une véritable « escroquerie intellectuelle » qui ne favorise ni l’efficacité pédagogique, ni la réussite des étudiants.

J’aurais supprimé ce machin si…
« Si j’étais resté six mois de plus au ministère de l’Enseignement Supérieur, j’aurais supprimé ce machin », a-t-il affirmé avec fermeté. À ses yeux, le modèle classique consistant à regrouper plusieurs centaines d’étudiants dans un amphithéâtre pour écouter un professeur parler pendant des heures est inadapté aux réalités actuelles. Il le qualifie même de « cirque » ou de « carnaval organisé », pointant du doigt une méthode qui ne permet pas une véritable assimilation des connaissances.

Selon Gnamien Konan, réunir jusqu’à 500 étudiants dans une salle, souvent distraits et incapables de suivre efficacement, ne peut conduire qu’à une perte de temps et d’énergie. Le paradoxe, dit-il, est que le cours magistral est confié à l’enseignant le plus qualifié, celui qui devrait justement être au contact des étudiants de manière plus directe et personnalisée.

Beaucoup de professeurs agrégés, aujourd’hui reconnus, ne mettaient jamais les pieds aux cours magistraux lorsqu’ils étaient étudiants
L’ancien ministre dénonce également certaines pratiques étudiantes qui témoignent de l’inefficacité du système. « Beaucoup de professeurs agrégés, aujourd’hui reconnus, ne mettaient jamais les pieds aux cours magistraux lorsqu’ils étaient étudiants. Ils se contentaient de photocopier les notes prises par leurs camarades. Certains ont même mis en place des cartels pour assister aux cours à tour de rôle », a-t-il révélé, assurant pouvoir donner des noms.

Pour Gnamien Konan, la solution réside dans l’utilisation des technologies numériques. Il propose que les professeurs mettent à la disposition de leurs étudiants, dès le début du semestre, leurs supports de cours sous format électronique. Les apprenants pourraient ainsi étudier à leur rythme et poser des questions par courriel, auxquelles les enseignants répondraient.

Réduire la surcharge des amphithéâtres
Les interrogations les plus pertinentes seraient ensuite reprises lors des séances de travaux dirigés (TD), encadrées par des assistants pédagogiques. Ce modèle favoriserait, selon lui, une meilleure interaction et un apprentissage plus efficace, tout en réduisant la surcharge des amphithéâtres.

La question de la massification universitaire est au cœur des préoccupations de Gnamien Konan. Avec la forte croissance démographique et l’augmentation du nombre d’étudiants, les universités ivoiriennes, comme celles de nombreux pays africains, peinent à garantir des conditions d’apprentissage de qualité.

En 2025, dans des pays pauvres et très endettés comme les nôtres, nous devons saisir toutes les opportunités techniques pour résoudre nos équations d’efficacité interne et externe
« En 2025, dans des pays pauvres et très endettés comme les nôtres, nous devons saisir toutes les opportunités techniques pour résoudre nos équations d’efficacité interne et externe », a-t-il martelé. Pour lui, s’accrocher aux méthodes traditionnelles par simple habitude revient à condamner le système éducatif à l’inefficacité. « Ceux qui font les choses comme on les a toujours faites ne rattrapent jamais les autres », prévient-il.

L’appel de Gnamien Konan relance le débat sur la modernisation de l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire. Ses propos, parfois jugés radicaux, traduisent cependant une réalité largement partagée par étudiants et enseignants : la nécessité d’adapter l’université aux défis du XXIe siècle.

Alors que les innovations technologiques offrent de nouvelles opportunités d’apprentissage, la suppression des cours magistraux pourrait apparaître comme une piste audacieuse mais nécessaire pour bâtir une école plus performante et compétitive.

 

What Next?

Recent Articles