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Billon a raison sur le fond, tort sur les chiffres – Chronique

En accusant le RHDP de gagner avec seulement deux millions d’électeurs, Jean-Louis Billon relance le débat sur la vraie force du parti présidentiel et l’enjeu de la participation.

Jean-Louis Billon a encore frappé fort. À trois jours de la campagne pour la présidentielle d’octobre 2025, le candidat de la plateforme CODE (Congrès Démocratique) a lancé une phrase qui fait jaser.

« Le RHDP, dit-il, a toujours gagné avec un maximum de deux millions d’électeurs sur huit millions. Moi, je compte sur les six millions restants pour gagner. »

Une petite phrase, mais un grand débat. Car derrière les chiffres, c’est toute la question du poids réel du parti au pouvoir qui est posée.

Un point sensible

Regardons les faits. En 2010, au second tour face à Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara avait obtenu 2,48 millions de voix sur un peu plus de 5,7 millions d’inscrits. En 2015, pour son second mandat, il récolte 2,61 millions de voix sur 6,3 millions d’électeurs. Et en 2020, il atteint 3,03 millions de voix sur un total de 6,06 millions d’inscrits.

Autrement dit, le président Ouattara n’a jamais dépassé les 3,1 millions de voix. Donc oui, on peut dire que le RHDP ne mobilise jamais toute la Côte d’Ivoire électorale. Mais non, ce n’est pas vrai de dire qu’il ne dépasse pas les deux millions. Billon arrondit un peu les coins, comme on dit.

Sur le fond, par contre, il touche un point sensible. Depuis quinze ans, les victoires du RHDP se jouent dans une Côte d’Ivoire qui vote peu. La participation, qui était de 83 % en 2010, est tombée à un peu plus de 50 % en 2015 et 2020. En clair, presque un électeur sur deux ne se déplace plus. Et c’est là que Billon veut frapper : aller chercher ces voix qui dorment, ces abstentionnistes qui ne croient plus au jeu politique.

« Nous voulons mobiliser ceux qui se sentent exclus du système », a-t-il dit. Une phrase qui résonne, surtout auprès d’une jeunesse qui doute et d’une partie du pays qui se sent oubliée.

Un bloc prêt à voter ?

Mais ce pari n’est pas simple. Car ces « six millions restants » dont parle Billon ne sont pas un bloc prêt à voter. Ils regroupent des abstentionnistes, des déçus, des indifférents… et aussi des électeurs du RHDP qui ne se déplacent pas toujours. Il faudra donc plus qu’un discours pour les convaincre de ressortir leurs cartes.

La vérité est donc entre les deux. Billon a raison sur le fond : le RHDP n’a jamais gagné avec la majorité du corps électoral. Mais il a tort sur les chiffres : le parti présidentiel dépasse régulièrement les deux millions de voix.

Reste à savoir si, le 25 octobre prochain, ces millions d’abstentionnistes que tout le monde convoite iront vraiment voter. Parce que, comme on dit ici, « en politique, ce n’est pas celui qui parle le plus fort qui gagne, c’est celui qui fait sortir le monde le jour du vote. »

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