
Alors que le Conseil constitutionnel n’a pas encore proclamé les résultats officiels de l’élection présidentielle tenue dimanche au Cameroun, l’opposant Issa Tchiroma Bakary affirme avoir remporté le scrutin, relançant le débat sur la transparence du processus électoral dans un pays dirigé depuis plus de quarante ans par Paul Biya.
“Une victoire à respecter”
Dans un message publié mardi sur sa page Facebook, l’ancien ministre de la Communication devenu candidat de l’opposition a revendiqué une « victoire claire », assurant que les Camerounais avaient « choisi le changement ».
« Notre victoire est claire. Elle doit être respectée », a écrit Issa Tchiroma Bakary, avant d’appeler les autorités à « accepter la vérité des urnes » pour éviter de « plonger le pays dans le tourment ».
Le candidat a également promis de publier dans les prochains jours un rapport détaillé présentant les résultats par région, document censé appuyer sa revendication de victoire. Une initiative qui, selon plusieurs observateurs, risque de tendre davantage le climat politique déjà chargé depuis la clôture du scrutin.
Mais le gouvernement a immédiatement réagi. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a rappelé lors d’une conférence de presse que la proclamation des résultats relève exclusivement du Conseil constitutionnel. « C’est la ligne rouge à ne pas franchir », a-t-il martelé, avertissant que toute publication prématurée des résultats pourrait constituer une infraction à la loi électorale.
Une situation déjà vécue
Pour l’heure, les autorités n’ont donné ni le taux de participation ni la date précise de proclamation officielle, prévue au plus tard le 26 octobre. Cette attente nourrit la méfiance d’une partie de l’opinion publique, qui redoute de nouvelles accusations de fraude en faveur du président sortant. Âgé de 92 ans, Paul Biya est au pouvoir depuis 1982 et a toujours été réélu avec plus de 70 % des voix selon les chiffres officiels.
Cette situation rappelle à beaucoup le précédent de 2018, lorsque l’opposant Maurice Kamto s’était lui aussi proclamé vainqueur au lendemain du vote. À l’époque, cette annonce avait entraîné une vague d’arrestations et de violentes dispersions de rassemblements par les forces de l’ordre. Maurice Kamto avait passé plusieurs mois en détention avant d’être libéré sous pression internationale.
Aujourd’hui, les partisans d’Issa Tchiroma Bakary affirment vouloir « défendre pacifiquement leur victoire », tandis que le camp présidentiel reste silencieux. Sur les réseaux sociaux, les internautes camerounais s’interrogent avec insistance : qui a réellement gagné ?
Le pays retient son souffle dans l’attente du verdict du Conseil constitutionnel, seule institution habilitée à proclamer le nom du prochain président du Cameroun. Entre impatience populaire, revendication d’opposition et mise en garde du pouvoir, le climat politique s’annonce électrique dans les jours à venir.


