
Dans une déclaration publique diffusée ce week-end, Issa Tchiroma Bakary s’est adressé directement aux forces de défense et de sécurité camerounaises. Le ton est grave, l’appel prononcé. Alors que le pays traverse une période de fortes tensions suite à l’élection présidentielle du 12 octobre dernier, ce message vient jeter un pavé dans la mare. « En ce moment déterminant de notre histoire, notre Nation traverse une épreuve décisive. Le monde nous observe. Il vous observe », commence l’ancien membre du gouvernement. Son discours, structuré comme une lettre ouverte, se veut à la fois un rappel à l’ordre et un plaidoyer pour la retenue.
« Ne prêtez pas vos armes à l’injustice »
Le cœur du message de Tchiroma Bakary est un avertissement rigoureux. Il met en garde les militaires et les policiers contre toute instrumentalisation politique. « Vous n’êtes pas les instruments d’un homme ni d’un régime. Vous êtes au service d’un seul maître : le peuple souverain », affirme-t-il. Le candidat du FNDC va plus loin en évoquant explicitement les risques de répression. « Ne laissez pas le sang de vos frères, de vos sœurs, de vos parents couler pour défendre le mensonge », lance-t-il, dans une référence directe aux manifestations qui ont suivi l’élection. Il rappelle aux forces de sécurité leur serment constitutionnel et les engage à refuser tout ordre qui irait à l’encontre de leurs missions fondamentales. « Protégez les populations, refusez les ordres injustes qui vous demanderaient de tirer sur vos compatriotes ! »
Ceux qui vous donneraient des ordres contraires à la loi et à la conscience ne porteront pas votre responsabilité : elle sera individuelle, personnelle et historique.
En attente de la proclamation des résultats, plusieurs villes du Cameroun connaissent des mouvements de protestation. Les manifestants contestent la probable victoire du président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quarante ans. Tchiroma Bakary décrit une situation où « des manœuvres contraires à la vérité du scrutin cherchent par tous les moyens à détourner ce choix clair ». Il évoque des « preuves accablantes de fraudes massives » qui circuleraient dans l’opinion publique. « Le peuple, témoin de ces injustices, descend dans les rues ici et là, non pour détruire, mais pour défendre sa dignité », analyse l’ancien ministre. Une manière de légitimer les manifestations tout en appelant au calme.
La responsabilité individuelle des soldats
Un des aspects les plus remarquables de ce discours est l’insistance sur la responsabilité personnelle de chaque membre des forces de sécurité. Tchiroma Bakary prévient : « Nul ne pourra se cacher derrière un ordre illégal pour justifier des violences contre des innocents. » Cette mise en garde semble viser directement la chaîne de commandement. « Ceux qui vous donneraient des ordres contraires à la loi et à la conscience ne porteront pas votre responsabilité : elle sera individuelle, personnelle et historique. » L’ancien ministre connaît bien les institutions qu’il interpelle. Son parcours politique lui donne une crédibilité certaine pour s’adresser ainsi à l’armée et à la police.
Issa Tchiroma Bakary appelle les forces de sécurité à faire preuve de « grandeur » et de « responsabilité ». Il les encourage à « rester du bon côté de l’Histoire » et à accompagner le pays vers une résolution pacifique de la crise. « Le peuple a parlé dans les urnes le 12 Octobre dernier. Son choix doit être respecté », note-il, sans toutefois nommer explicitement le vainqueur ou le vaincu du scrutin. Cet appel intervient à un moment délicat pour le Cameroun et le message de Tchiroma Bakary pourrait influencer le positionnement des forces de sécurité dans les prochains jours, alors que l’opposition camerounaise maintient la pression pour contester les résultats officiels.


