
Aujourd’hui candidate à la présidentielle, Simone Ehivet Gbagbo incarne la résilience politique. Son parcours, des geôles de la dictature à la résidence présidentielle, puis de la prison à la candidature électorale, témoigne des tumultes de la démocratie ivoirienne. À 76 ans, elle propose aux Ivoiriens son expérience et sa vision, forgées au cours d’un demi-siècle d’engagement politique.
Une gouvernance rénovée
Le premier engagement de Simone Gbagbo concerne la modernisation de l’État. Son programme prévoit une digitalisation complète de l’administration et une lutte renforcée contre la corruption. La candidate propose la création de bureaux anti-corruption et la protection des lanceurs d’alerte. La réforme institutionnelle comprend aussi la révision du système électoral, avec la mise en place d’un Observatoire indépendant des élections. Les Générations capables souhaitent revoir certains articles de la Constitution, particulièrement ceux concernant l’armée, le foncier et la nationalité. La sécurité et la diplomatie figurent parmi les priorités. Le programme envisage la professionnalisation des forces de défense et le développement d’une diplomatie plus souveraine, avec une diversification des partenariats stratégiques.
La transition vers une économie verte serait soutenue par un fonds de 1 200 milliards de FCFA dédié aux industries vertes et aux technologies propres
Relance économique et industrielle
Le volet économique mise sur la diversification des secteurs productifs. L’agriculture, pilier traditionnel de l’économie ivoirienne, serait modernisée avec un accent sur la sécurité foncière et la mécanisation. L’industrialisation nationale constitue un axe central. Le MGC propose le développement de zones industrielles modernes et un soutien accru aux PME. L’objectif est d’atteindre 30% de contribution de l’industrie au PIB dans les cinq prochaines années. La création d’emplois et la lutte contre la pauvreté complètent ce dispositif économique. Le programme inclut la mise en place de filets sociaux et un développement plus équilibré des régions.
Développement social et éducation
Le programme social de Simone Gbagbo s’articule autour de l’accès aux services de base. La santé représente une priorité, avec la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans. L’éducation bénéficierait d’un important plan de construction de 3 600 classes par an pour réduire les effectifs. L’enseignement technique et professionnel serait développé dans toutes les régions. La jeunesse ferait l’objet d’une attention particulière, avec la création de conseils de jeunes et le renforcement des programmes d’insertion professionnelle.
Environnement et développement durable
La protection de l’environnement représente le septième engagement du programme. Un vaste plan de reboisement est prévu pour atteindre 30% de couverture forestière d’ici 2060. L’urbanisme durable comprend la construction de 150 000 logements sociaux et un programme de dépollution des centres urbains. La protection du littoral et la gestion des risques climatiques font également partie des mesures proposées. La transition vers une économie verte serait soutenue par un fonds de 1 200 milliards de FCFA dédié aux industries vertes et aux technologies propres.
Culture et tourisme
Le programme accorde une place importante à la culture et au tourisme. Il prévoit la modernisation des musées, le rapatriement des pièces culturelles conservées à l’étranger et le développement des industries créatives. Le sport serait démocratisé grâce à la construction de complexes sportifs dans toutes les régions. Le tourisme durable bénéficierait d’investissements dans les infrastructures et la formation des professionnels. Simone Gbagbo présente ainsi un programme complet qui vise à transformer la Côte d’Ivoire en s’appuyant sur une gouvernance rénovée, une économie diversifiée et un développement social équilibré.
Dès 1966, elle mène sa première grève et se fait interpeller par la police, un avant-goût des combats à venir
Le parcours atypique d’une femme politique ivoirienne
Simone Ehivet Gbagbo, née le 20 juin 1949 à Moossou, dans la commune de Grand-Bassam, reste un personnage rompu de la politique ivoirienne. De son engagement syndical à son rôle de Première dame, puis à sa candidature présidentielle, son parcours épouse les contours de l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire. Née dans une famille de dix-huit enfants, Simone Ehivet montre très tôt des dispositions pour le leadership. Après des études primaires à Moossou, Bouaké et Béoumi, elle intègre le lycée classique d’Abidjan. Dès 1966, elle mène sa première grève et se fait interpeller par la police, un avant-goût des combats à venir.
Après un échec aux législatives de 1990, elle est élue députée d’Abobo en 1995, devenant vice-présidente de l’Assemblée nationale.
Elle obtient son baccalauréat en 1970 avant de poursuivre des études de lettres modernes à l’université Félix-Houphouët-Boigny. Major de sa promotion au CAPES, elle entame une carrière dans l’enseignement. Mais sa passion pour le militantisme la rattrape rapidement. Elle s’engage dans le syndicalisme en participant aux mouvements de grève de l’enseignement en 1982. Elle milite activement pour l’instauration du multipartisme, ce qui lui vaut plusieurs séjours en prison et des épisodes de torture.
L’émergence politique
C’est à l’université qu’elle rencontre Laurent Gbagbo, alors professeur d’histoire révoqué pour ses convictions communistes. En 1982, elle participe à la fondation clandestine du Front populaire ivoirien (FPI). Pendant l’exil de Laurent Gbagbo en France, elle élève seule leurs jumelles tout en maintenant les activités du parti. Le retour au multipartisme en 1990 ouvre une nouvelle ère. Après un échec aux législatives de 1990, elle est élue députée d’Abobo en 1995, devenant vice-présidente de l’Assemblée nationale. Son engagement lui vaut d’être régulièrement confrontée à la répression, comme en février 1992 où elle est rouée de coups par des militaires.
L’ère de la Première dame
L’élection de Laurent Gbagbo à la présidence en 2000 propulse Simone Gbagbo sur le devant de la scène. Mais contrairement à ses prédécesseurs, elle refuse de se cantonner à un rôle protocolaire. Selon Jeune Afrique, « il n’y a pas en Côte d’Ivoire, de 2000 à 2011, un seul chef qui règne, mais deux ». Elle conserve son siège de députée et préside le groupe parlementaire du FPI. Son influence s’étend à la nomination de ministres et à l’orientation politique du régime. En 2001, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan reconnaît son importance en déclarant qu’il faudrait « envisager d’inviter Mme Simone Gbagbo » aux sommets sur la Côte d’Ivoire.
Les années difficiles et le retour en politique
La crise post-électorale de 2010-2011 marque un autre chapitre. Selon plusieurs témoignages, Simone Gbagbo aurait convaincu son mari de ne pas reconnaître sa défaite électorale. Après l’assaut de la résidence présidentielle en avril 2011, elle est arrêtée avec son époux. En 2015, elle est condamnée à 20 ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Un second procès pour crimes contre l’humanité s’ouvre en 2016, mais elle est finalement acquittée de ces charges en 2017. La Cour pénale internationale avait pourtant émis un mandat d’arrêt contre elle en 2012, la qualifiant d’ « alter ego » de son mari.
Libérée en août 2018 grâce à une loi d’amnistie du président Ouattara, Simone Gbagbo renoue avec la politique. En 2022, elle créé le Mouvement des générations capables (MGC), pour marquer sa rupture avec Laurent Gbagbo, dont elle divorce en 2023 après deux ans de procédure. Le 30 novembre 2024, elle est officiellement désignée candidate du MGC à l’élection présidentielle de 2025. Sa candidature est validée par le Conseil constitutionnel, nouveau chapitre dans son parcours politique. Mère de cinq filles, elle a dû composer avec la polygamie de son mari, qui a épousé en 2001 Nadiana Bamba. Sa conversion au christianisme pentecôtiste en 1998 après un accident de voiture a profondément influencé son engagement politique.


