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Recensement des votes : Paul Biya favori avec 54 %, Tchiroma Bakary conteste

Huit jours après le scrutin, la Commission nationale de recensement des votes a achevé ses travaux. Selon nos informations, le président sortant Paul Biya arriverait en tête. Son principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary, conteste fermement ces chiffres et affirme, preuves à l’appui, être le véritable vainqueur.

L’épilogue de l’élection présidentielle camerounaise se fait toujours attendre. La Commission nationale de décompte des voix a remis son rapport final après trois jours d’examen minutieux des procès-verbaux venant des 58 commissions départementales. Selon les chiffres que nous avons pu consulter, le candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), Paul Biya, serait vainqueur avec entre 53 et 54 % des suffrages.

Des résultats immédiatement contestés
L’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary, président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), se classerait deuxième avec 35 à 36 % des voix. La troisième place reviendrait à Cabral Libii, leader du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). Ces résultats, déjà contestés, doivent maintenant être soumis à l’examen du Conseil constitutionnel après la signature du rapport par les différents partis politiques le 20 octobre. La cartographie électorale détaillée montre que Paul Biya l’emporte largement dans les régions du Sud, de l’Est et du Centre, mais aussi dans les zones anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

De son côté, Issa Tchiroma Bakary serait victorieux dans l’Adamaoua et le Littoral. Les deux hommes seraient au coude-à-coude dans l’Ouest et le Nord, avec une légère avance pour le président sortant.
Dès l’ouverture des travaux de la commission, les tensions sont apparues. Le mandataire du PCRN a vivement réclamé la confrontation des procès-verbaux présentés par Elecam avec ceux en possession de l’opposition, particulièrement pour la région du Sud qui accorde une victoire écrasante à Paul Biya. Émile Essombé, qui dirigeait les travaux, a opposé une fin de non-recevoir, arguant qu’en cas de litige, seuls les documents officiels d’Elecam font foi. La situation s’est ensuite envenimée avec le départ du mandataire du FSNC, Parfait Mbvoum. « Nous étions obligés de quitter la salle », a-t-il justifié, pointant du doigt des taux de participation qu’il juge anormalement élevés dans certaines zones.

Selon ces documents, qui circulent désormais abondamment sur les réseaux sociaux, Issa Tchiroma Bakary l’emporterait dans ces circonscriptions avec environ 60 % des voix en moyenne.
« Comment expliquer que dans des régions où les populations ont fui la guerre, comme le Nord-Ouest, le taux de participation frôle les 90 % ? Et c’est précisément dans ces territoires que les suffrages pour Paul Biya approchent les 100 % ». Le représentant d’Issa Tchiroma Bakary a également cité l’exemple du département du Ndian, dans le Sud-Ouest, où le taux de participation serait de 92,1 % et le score du président sortant de 98,9 %. Ces anomalies présumées ont conduit le FSNC à se retirer complètement du processus de validation, même si le parti n’a pas formellement saisi le Conseil constitutionnel.

La contre-offensive numérique de l’opposition
Alors que la commission terminait ses travaux, Issa Tchiroma Bakary a lancé une offensive médiatique d’un nouveau genre. Le 19 octobre, son compte Facebook a commencé à publier des centaines de procès-verbaux provenant des bureaux de vote, que son équipe affirme détenir. « Nous concentrons nos calculs sur 18 départements stratégiques qui, à eux seuls, représentent près de 80 % de l’électorat national », explique son conseiller en communication. Dans la foulée, des liens menant à des bases de données complètes ont été mis à disposition du public pour les départements du Wouri, de la Vina, de la Menoua, du Mayo Rey, du Mfoundi et du Moungo.

Selon ces documents, qui circulent désormais abondamment sur les réseaux sociaux, Issa Tchiroma Bakary l’emporterait dans ces circonscriptions avec environ 60 % des voix en moyenne. Cette stratégie de transparence aggressive vise visiblement à créer un rapport de force avant le passage devant le Conseil constitutionnel. Pendant ce temps, le gouvernement multiplie les appels au calme et demande à tous les acteurs politiques d’attendre la proclamation officielle des résultats. Le Conseil constitutionnel doit rendre sa décision au plus tard le 26 octobre. Ses audiences sur le contentieux électoral débutent ce 22 octobre.

La bataille des chiffres est donc engagée, et elle se joue sur deux terrains : celui des institutions et celui de l’opinion publique. Alors que la commission a dû mettre sur pied un groupe de travail spécial pour recompter les votes contestés du Logone-et-Chari et de la diaspora, l’incertitude règne. Le dernier mot reviendra au Conseil constitutionnel ce jeudi 23 octobre, mais la crédibilité du processus électoral est déjà mise à rude épreuve.

 

 

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