
Un nouveau décès a été enregistré dans le cadre des manifestations qui secouent la Côte d’Ivoire à quelques jours du scrutin présidentiel du 25 octobre. Le procureur de la République près le tribunal de première instance de Toumodi a annoncé, mercredi 22 octobre, la mort d’un homme survenue la veille dans le village de Kami, situé dans la commune de Yamoussoukro.
Un homme de 46 ans
Selon le communiqué officiel, “dans la matinée du mardi 21 octobre 2025, des individus participant à un attroupement sur la voie publique obstruaient les accès au village de Kami, en érigeant des barricades”. Les éléments de la gendarmerie nationale dépêchés sur place pour rétablir l’ordre ont procédé au démantèlement des obstacles. “Aidant les gendarmes à dégager la route, un homme a reçu une pierre à la tête. Evacué d’urgence au centre de santé des armées de la 6ᵉ légion de gendarmerie territoriale, il a succombé à ses blessures”, précise le procureur.
La victime a été identifiée comme Konan Paul Kacou, âgé de 46 ans. Le médecin-chef du centre médical a conclu à “une mort violente par traumatisme crânien dû à un objet contondant”. Une enquête a été ouverte afin de déterminer les circonstances exactes du drame et d’identifier les auteurs.
Ce nouveau décès porte à trois le nombre de morts recensés officiellement depuis la reprise des manifestations contre un quatrième mandat du président sortant, Alassane Ouattara. Le lundi 20 octobre, le parquet de Daloa avait déjà annoncé la mort de Kprohi Marc Géraude, 34 ans, interpellé lors du démantèlement d’un barrage sur l’axe Daloa–Issia. Le jeune homme est décédé “au cours de son évacuation vers le Centre hospitalier régional de Daloa”, selon le communiqué du procureur local.
Le même jour, le gouvernement avait confirmé la mort d’un sous-lieutenant de gendarmerie, Daniogo Klenon Lassina, tué par balles à Agboville lors d’une opération de dispersion d’un attroupement.
Un climat politique électrique
Ces incidents surviennent dans un climat particulièrement tendu, à la veille de l’élection présidentielle du 25 octobre. Depuis la mi-octobre, plusieurs villes du pays, notamment Daloa, Agboville, Yamoussoukro et Ouragahio, ont été le théâtre d’affrontements sporadiques entre manifestants et forces de l’ordre. Des routes ont été bloquées, des pneus brûlés, et des interventions musclées des forces de l’ordre ont été signalées.
Le gouvernement justifie ces opérations par la nécessité de maintenir l’ordre public, tandis que l’opposition dénonce une “répression disproportionnée” contre des citoyens qui protestent pacifiquement.
À l’origine de ces tensions : la décision du Conseil constitutionnel de rejeter plusieurs candidatures d’opposition, dont celles de Laurent Gbagbo, pour cause de condamnation judiciaire, et de Tidjane Thiam, radié de la liste électorale en raison de sa double nationalité. D’autres figures comme Pascal Affi N’Guessan ont vu leurs dossiers invalidés pour non-respect des parrainages.
En revanche, la candidature du président sortant Alassane Ouattara (83 ans) a été validée pour un quatrième mandat. L’opposition estime qu’il s’agit d’une “violation flagrante” de la Constitution de 2016, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels, tandis que le camp présidentiel soutient que la révision constitutionnelle de 2020 “a remis les compteurs à zéro”.
Alors que la campagne électorale doit s’achever jeudi soir, les partis d’opposition regroupés au sein du Front commun PPA-CI–PDCI ont appelé leurs partisans à “poursuivre la mobilisation pacifique pour défendre la démocratie et la souveraineté populaire”. Le pouvoir, lui, promet des élections “dans le calme et la transparence”.


