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En Guinée-Bissau, Embaló face à douze candidats dans une double élection

La campagne électorale en Guinée-Bissau a officiellement démarré le 1er novembre, pour trois semaines d’intenses activités politiques avant le double scrutin présidentiel et législatif prévu pour le 23 novembre. Douze candidats briguent la magistrature suprême, dont le président sortant Umaro Sissoco Embaló et son prédécesseur José Mario Vaz. En parallèle, quatorze partis, parmi lesquels la coalition Nô Kumpu Guiné, soutenant Embaló, s’affrontent pour les 102 sièges du Parlement.

L’atmosphère politique n’est pas relativement sereine pour l’élection présidentielle et les législatives. À la veille de l’ouverture de la campagne, l’armée avait annoncé avoir déjoué une « tentative de subversion » qui impliquait des officiers généraux et supérieurs, certains en fuite. Ces arrestations ont ravivé la crainte d’un nouvel épisode de turbulence dans un pays marqué, depuis son indépendance en 1974, par une instabilité chronique faite de coups d’État, de transitions forcées et de rivalités de clans. Ce climat tendu à Bissau s’ajoute pour la première fois depuis un demi-siècle, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), formation historique et pilier de la vie politique nationale, est absent du scrutin. La Cour suprême a invalidé la candidature de sa coalition, Terra Ranka, dirigée par Domingos Simões Pereira, principal opposant au président sortant. Un épisode va redéfinir totalement le paysage politique guinéen.

L’absence du PAIGC, le manque de dialogue politique
L’exclusion du PAIGC, parti fondateur de la République, donne du fil à retordre au régime en place. Depuis la guerre d’indépendance contre le Portugal, cette formation est le rempart de l’identité nationale. « Le régime en place est en train de créer les conditions pour se garantir une victoire », estime Paulin Maurice Toupane, chercheur à l’Institut d’études de sécurité de Dakar. En effet, l’opposition paraît affaiblie. Domingos Simões Pereira, figure de proue du PAIGC, a été empêché de se présenter, bien qu’il ait choisi d’apporter son soutien personnel à Fernando Dias, candidat indépendant. Pour beaucoup, cette alliance de circonstance précise la difficulté de l’opposition à se réorganiser face à un pouvoir solidement installé.

Je n’ai pas de gilet pare-balles. Nous sommes venus au pouvoir par les urnes, nous en partirons par les urnes
Outre cette absence remarquée, la campagne se déroule sans mission internationale d’observation de long terme. Seules quelques équipes d’observateurs à court terme sont attendues pour le jour du scrutin. De même, les autorités ont indiqué que le financement du processus électoral repose entièrement sur les ressources nationales, une première depuis 1974. Cette souveraineté financière bien que saluée par d’aucuns, pourrait entacher la crédibilité et l’origine des fonds utilisés. Pourtant, le président Embaló, candidat à un second mandat, se montre confiant. Il multiplie les meetings à travers le pays, entamant sa campagne par une grande mobilisation à Bairro Ajuda, près de Bissau, dans une ambiance festive et colorée.

Embaló confiant, une opposition dispersée
Lors du lancement de sa campagne, Umaro Sissoco Embaló a choisi de se présenter sans protection apparente, tournant en dérision les rumeurs de complot. « Je n’ai pas de gilet pare-balles. Nous sommes venus au pouvoir par les urnes, nous en partirons par les urnes », a-t-il déclaré, entouré de ses partisans. Cette mise en scène symbolise une volonté d’apparaître en homme fort, serein et sûr de sa légitimité. Derrière cette assurance, la situation demeure tenable. La Guinée-Bissau n’a jamais connu de stabilité politique durable. Depuis son indépendance, le pays a enregistré quatre coups d’État, dix-sept tentatives de putschs et une succession rapide de gouvernements. Le souvenir des crises passées reste brûlant, notamment celle de 2022, lorsque des hommes armés avaient attaqué le palais du gouvernement.

Le président sortant aborde cette élection dans une atmosphère de méfiance généralisée. Après sa victoire contestée de 2019, suivie de tensions avec l’Assemblée nationale et de dissolutions répétées du Parlement, sa gouvernance est régulièrement critiquée pour son autoritarisme et sa gestion solitaire du pouvoir. Son parti, le Madem G15, peine à rassembler au-delà de son cercle fidèle, affaibli par les divisions internes et la baisse du prix de la noix de cajou, principale ressource économique du pays. Dans ce contexte, la compétition électorale ressemble à une épreuve de force. Si les partisans d’Embaló mettent la stabilité et la continuité, ses opposants dénoncent une dérive vers un pouvoir personnel, éloigné des idéaux démocratiques. L’absence du PAIGC et de Domingos Simões Pereira confère au scrutin une allure imparable : une présidentielle sans véritable contrepoids politique.

Un pays en quête de stabilité durable
L’histoire politique récente de la Guinée-Bissau est une succession de ruptures institutionnelles. Après son élection en 2019, Umaro Sissoco Embaló avait vu son mandat contesté par le PAIGC, avant que la Cour suprême ne confirme sa victoire. Les tensions qui ont suivi ont conduit à la dissolution de l’Assemblée en 2022, puis à de nouvelles législatives en 2023, remportées par la coalition Terra Ranka du PAIGC. Ces résultats avaient ouvert une nouvelle crise, soldée par un nouvel affrontement entre le pouvoir exécutif et le Parlement, dissous à nouveau en décembre 2023. Depuis lors, le pays vit dans une instabilité quasi permanente. La multiplication des dissolutions, les nominations et révocations successives de Premiers ministres, ainsi que les accusations de coup d’État, ont affaibli la confiance des citoyens dans les institutions.

C’est dans cette atmosphère de lassitude et de méfiance que s’est ouvert la campagne de 2025. La capacité du pays à organiser un scrutin apaisé et transparent sera scrutée de près par les partenaires régionaux, notamment la CEDEAO et l’Union africaine, qui n’ont toutefois pas prévu d’engagement significatif sur le terrain. Le président de la Commission nationale électorale, Npabi Cabi, a appelé au « civisme » et à « l’absence de discours de haine ». Des voix de la société civile accostent, elles, sur la prise en compte d’un processus inclusif et crédible. Mais sur le terrain, la tension reste palpable.

Une élection à haut risque politique
Le 23 novembre, plus de 860 000 électeurs sont attendus aux urnes pour choisir leur président et leurs représentants au Parlement. Trois semaines de campagne sépareront les meetings d’ouverture et les rassemblements géants prévus le 21 novembre pour clôturer la période électorale. Dans un pays où la frontière entre armée et pouvoir civil ne tient qu’à un bout de fil, la tenue de ce double scrutin sans incident constituerait déjà un signe d’apaisement. Mais l’exclusion du principal parti d’opposition et les accointances autour du processus nourrissent la crainte d’une contestation post-électorale. Alors que les affiches se multiplient dans les rues de Bissau et que les candidats sillonnent les provinces, la population, fatiguée des crises, espère surtout une issue pacifique. Si le scrutin se déroule sans heurts, la Guinée-Bissau pourrait amorcer un timide retour vers la stabilité. Mais pour beaucoup, la véritable bataille commencera après les urnes : celle de la légitimité.

 

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