Le Ghana engage une opération nationale d’amnistie des armes à feu sur six semaines, une démarche pensée pour réduire la circulation d’armes non enregistrées et freiner une violence qui inquiète les autorités depuis plusieurs années. L’annonce a été faite à Accra par le ministre de l’Intérieur, Muntaka Mohammed Moubarak, qui a présenté cette initiative comme une réponse nécessaire à une situation devenue préoccupante.
Du 1er décembre 2025 au 15 janvier 2026, les citoyens pourront remettre des armes illégales sans risque de poursuites, une mesure rarement appliquée avec une telle ampleur dans le pays. Les chiffres présentés par le ministre expliquent en partie cette urgence. Plus de 628 vols à main armée et 340 meurtres commis avec des armes à feu ont été enregistrés entre janvier et juillet 2025 . Ces données rejoignent presque les totaux de l’année 2024, montrant que la progression est aussi rapide que préoccupante.
Un dispositif appuyé par une collaboration institutionnelle plus élargie
Le ministère de l’Intérieur a travaillé avec la Commission nationale des armes légères et de petit calibre (NACSA), le Service de police du Ghana, ainsi que des organisations communautaires, des chefs traditionnels et des groupes religieux. Le gouvernement affirme que cette collaboration prépare le terrain pour une opération structurée et accessible dans les régions du pays. Des points de collecte ont été mis en place dans les postes de police et les commandements régionaux. Les agents qui présentent les armes ont suivi une formation spécifique, un élément présenté par les autorités comme une première dans la gestion des amnisties précédentes . Selon le vice-ministre de l’Intérieur, Ebenezer Okletey Terlabi, aucun interrogatoire ni procédure policière ne concernera les participants durant cette période. Les armes restituées ne seront pas tracées pour engager des poursuites ultérieures, une garantie cruciale pour encourager la participation.
Plus de 85 % des armes utilisées dans les crimes proviennent de fabricants étrangers, signe d’une infiltration persistante des circuits illégaux en Afrique de l’Ouest.
Le gouvernement a également instauré une mesure temporaire interdisant l’usage d’armes à feu pendant les festivités traditionnelles. Cette décision vise les tirs de célébration, souvent à l’origine de blessures ou de décès pendant les périodes festives. L’interdiction couvre aussi la poudre à canon utilisée lors de cérémonies telles que les funérailles et certains festivals. Les autorités régionales devront engager un dialogue avec les chefs traditionnels afin d’assurer le respect de cette suspension. Une fois l’amnistie terminée, le gouvernement envisage de s’associer aux autorités coutumières pour élaborer des programmes de formation destinés aux personnes manipulant les poudres de cérémonie, afin que ces pratiques puissent perdurer avec un encadrement plus sûr.
Des mesures complémentaires pour contenir l’afflux d’armes
À côté de l’amnistie, le gouvernement a décidé de suspendre temporairement la délivrance de nouveaux permis d’armes à feu. Cette mesure s’ajoute à l’installation progressive de dispositifs de détection avancée aux frontières, un point clé dans un pays confronté à l’arrivée d’armes en provenance de réseaux transfrontaliers. Selon la NACSA, plus de 85 % des armes utilisées dans les crimes proviennent de fabricants étrangers, signe d’une infiltration persistante des circuits illégaux en Afrique de l’Ouest. Les statistiques de la Commission montrent une augmentation marquée des violences armées : 15 incidents au premier trimestre 2024 contre 53 au premier trimestre 2025, soit une augmentation d’environ 253 %. La majorité des incidents concernent des vols à main armée, des affrontements communautaires ou des conflits de chefferie, qui représentent plus de 60 % des cas enregistrés.
Le ministre de l’Intérieur a multiplié les appels à la coopération, invitant chefs religieux, chefs traditionnels, médias et dirigeants communautaires à relayer les messages de sensibilisation. « Les enfants du Ghana méritent des espaces de joie plutôt que des zones de tension », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’une démarche collective. Le slogan gouvernemental « Guns down, Ghana up » est déjà repris dans plusieurs régions, notamment dans le Grand Accra et l’Ashanti, où la violence armée demeure plus élevée. Les campagnes de sensibilisation doivent débuter avant l’ouverture officielle de la période d’amnistie. Elles prennentront la forme de programmes radio, de rencontres communautaires et de sessions dédiées aux agents déployés sur le terrain.
Une opération respectée à l’échelle régionale
Si ce programme est essentiellement national, les observateurs en matière de sécurité notent qu’il intervient dans un contexte plus large marqué par la prolifération d’armes légères dans toute l’Afrique de l’Ouest. Les frontières poreuses, les trafics illicites et l’activité de groupes criminels augmentent la pression sécuritaire sur les pays côtiers, y compris le Ghana, pourtant longtemps perçu comme plus stable que ses voisins. La CEDEAO, qui convient à la situation de près, considère les armes illégales comme un facteur majeur d’instabilité influençant directement les échanges, l’agriculture et l’investissement dans plusieurs pays membres. Le Ghana, en lançant cette opération, cherche aussi à contenir un phénomène régional dont les répercussions dépassent largement ses frontières. Lorsque la période d’amnistie prendra fin, les autorités autoriseront des opérations renforcées dans les zones considérées comme sensibles : territoires de gangs, réseaux criminels ou points chauds identifiés dans les régions du Grand Accra, d’Ashanti et du Middle Belt. La police et les forces militaires mèneront alors des actions de récupération forcée des armes encore en circulation. Mais avant cela, le gouvernement espère que l’appel à la responsabilité citoyenne permettra de réduire considérablement le nombre d’armes illégales présentes dans les communautés.



