Pour la première fois depuis sa création en 1999, le G20 tient ses travaux sur le sol africain. Ce samedi 22 novembre 2025, Johannesburg accueille pendant 02 jours les dirigeants des principales économies mondiales, réunis sous le thème proposé par Pretoria : « solidarité, égalité et durabilité ». Le choix thématique aspire à bâtir un continent désireux de prendre part aux grandes orientations économiques, alors que ses besoins en infrastructures, en financements climatiques et en allègement de la dette restent immenses.
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Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa , a ouvert la rencontre par les attentes placées en édition. Les discussions annoncées présagent sur l’allègement de la dette des pays à revenus faibles, l’adaptation au changement climatique, la transition énergétique et la reposition des économies émergentes dans les échanges mondiaux. En marge du sommet, les dirigeants tiennent également une série de réunions bilatérales destinées à consolider des partenariats souvent mis à rude épreuve par les nouveaux jeux d’influence. Selon Ronald Lamola, ministre sud-africain des Affaires étrangères, 42 pays participent à cette édition historique, qui s’ajoute aux grandes organisations telles que les Nations unies et la Banque mondiale. Un absent de taille est toutefois notable : les États-Unis .
Washington en retrait, Pretoria dans la gêne
Le boycott américain a été décidé par le président Donald Trump, qui accuse les autorités sud-africaines de mauvais traitements envers la minorité blanche. Pretoria rejette fermement ces accusations, les qualificatifs de contre-vérités utilisées à des fins politiques internes. Cette absence place Ramaphosa dans une position délicate, alors que les relations entre les deux pays traversent une période difficile marquée par des désaccords diplomatiques répétés. Malgré cela, les autres grandes puissances ont répondu présentes. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est arrivé à Johannesburg accompagné d’une délégation étoffée pour participer aux différentes sessions et multiplier les échanges bilatéraux. Comme d’autres dirigeants, il compte profiter du sommet pour réaffirmer la place d’Ankara sur le continent, où la Turquie renforce sa présence diplomatique et économique depuis une décennie. La présence de ces dirigeants contraste avec le retrait américain, mais elle montre également la diversité d’acteurs qui entendent jouer un rôle dans l’avenir économique de l’Afrique. Le G20 , désormais élargi à 21 membres avec l’Union africaine, se veut un espace de dialogue où les économies les plus puissantes côtoient celles en quête de leviers pour accélérer leur développement.
L’Afrique au centre des regards avec la question de la dette
Si ce sommet constitue une étape symbolique pour le continent, il met également au jour les contradictions internes dont il peine à se défaire. L’Afrique du Sud, hôte de la rencontre, reste l’un des pays les plus inégalitaires de la planète. La Banque mondiale se souvient qu’une minorité détient une grande partie de la richesse nationale tandis que le chômage se maintient à des niveaux préoccupants. Un contraste qui reflète le défi du continent : être présent dans les grands rendez-vous internationaux tout en affrontant ses propres fragilités. Le siège permanent accordé à l’Union africaine en 2023 au sein du G20 a été salué comme une grande avancée, fruit notamment du travail de Paul Kagame et Macky Sall. Mais cette reconnaissance internationale ne masque pas les difficultés économiques, politiques et institutionnelles qui entravent encore la capacité africaine à peser dans la durée.
Les obstacles sont connus : faiblesse des infrastructures logistiques, multiplicité des monnaies, normes divergentes, lourdeurs administratives et pratiques illicites aux frontières.
La crise de la dette constitue l’un des dossiers les plus sensibles abordés à Johannesburg. Depuis les années 1990, l’endettement public du continent a explosé, atteignant aujourd’hui 1 800 milliards de dollars. Six pays concentrent près de la moitié de cette dette : l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria, le Maroc, le Mozambique et le Soudan. Cette accumulation réduit la marge de manœuvre des gouvernements, limite les investissements productifs et nourrit un cercle dont il est difficile de s’extraire. Dans plusieurs pays, les remboursements absorbent une grande partie des recettes publiques au détriment de secteurs essentiels comme la santé, l’éducation ou les infrastructures. À Johannesburg, les dirigeants entendent donc pousser pour un mécanisme plus souple permettant de libérer des ressources pour des priorités nationales.
La Zlecaf : L’ambition économique encore inachevée
Face à ces contraintes, la Zone de libre-échange continentale africaine est souvent présentée comme un instrument stratégique. Entrée en vigueur en 2021, elle a réunit 1,5 milliard d’habitants et vise à renforcer les échanges entre pays africains. Mais les résultats restent en deçà des attentes africaines : le commerce intra- demeure faible et peine à rivaliser avec d’autres régions du monde. Les obstacles sont connus : faiblesse des infrastructures logistiques, multiplicité des monnaies, normes divergentes, lourdeurs administratives et pratiques illicites aux frontières. Pour la Banque africaine de développement, traduire la Zlecaf en réalité nécessite des investissements massifs entre 130 et 170 milliards de dollars par an. Johannesburg offre donc une opportunité pour convaincre les partenaires du G20 de mobiliser davantage de financements.
Le climat : L’urgence qui touche déjà le continent
Bien que l’Afrique contribue faiblement aux émissions mondiales, elle subit de plein fouet les conséquences du déclenchement. Inondations récurrentes, sécheresses prolongées, vagues de chaleur destructrices : les phénomènes extrêmes se multiplient et contraignent des centaines de milliers de personnes à se déplacer chaque année. Lors de la COP30, les dirigeants africains ont rappelé l’écart entre les engagements financiers internationaux et les besoins réels du continent. Pour s’adapter efficacement, il faudrait des montants bien supérieurs à ceux annoncés par les pays développés. Johannesburg pourrait permettre d’avancer sur la réforme de l’architecture de financement climatique et sur l’accès à des technologies nécessaires aux transitions énergétiques.
Un jeu d’influences mondiales s’active de nouveau
Le sommet intervient également dans un contexte géopolitique marqué par des tensions internationales. Entre rivalités sino-américaines, guerre en Ukraine, recompositions commerciales et montée des puissances émergentes, les équilibres bougent. L’Afrique, souvent courtisée, tente de trouver sa voie en entraînant un alignement systématique. La présence d’acteurs comme la Chine, l’Inde, la Turquie ou le Brésil témoigne de cette diversité de partenaires avec lesquels le continent doit composer. Pour Pretoria, cette présidence du G20 représente un moment pour présenter un récit différent sur l’Afrique : celui d’un espace stratégique doté de ressources considérables, d’un potentiel démographique important et de perspectives économiques qui dépassent les images souvent négatives. L’UA est attendue sur sa capacité à coordonner les positions africaines, à dépasser les rivalités internes et à renforcer sa crédibilité face aux crises politiques récurrentes, notamment dans le Sahel ou en Afrique centrale. Le continent, qui abritera un quart de la population mondiale en 2050, doit désormais s’affirmer comme un acteur à part entière. Il ne cherche ni compassion ni soutien paternaliste, mais un partenariat équilibré.



