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Crise en RDC : Paul Kagame joue au sacro-saint et jette des déconvenues sur Kinshasa

À Kigali, le président Paul Kagame s’est longuement exprimé, jeudi 27 novembre, devant la presse nationale et internationale. Pendant plus de deux heures, il a détaillé sa lecture de la situation dans l’Est de la RDC, revenant sur les discussions menées à Washington et à Doha, sur le dossier des FDLR, sur l’évolution du mouvement AFC/M23 et sur les annonces concernant l’aéroport de Goma. L’exercice, régulier pour le chef de l’État rwandais, lui a permis d’exposer une position qu’il estime cohérente, face à ce qu’il considère comme des incertitudes ou des hésitations du côté congolais.

Kagame a d’abord rappelé qu’il existait bien un canal de communication actif entre Kigali et Kinshasa. Selon lui, des échanges sont en cours en vue d’une rencontre avec le président Félix Tshisekedi, à Washington. Mais il refuse d’en faire un signe d’avancée majeure. Pour lui, une réunion entre deux chefs d’État n’est pas une fin en soi, surtout après plusieurs cycles de négociations dont il estime que certaines dispositions n’ont jamais été suivies d’effet par Kinshasa.

Une rencontre sous conditions
Du côté congolais, l’entourage de Félix Tshisekedi a expliqué que le président ne quittait pas Kinshasa tant que les troupes rwandaises n’auraient pas pu quitter le territoire congolais. Interrogé sur ce point, Kagame affirme qu’un calendrier avait été discuté en amont et signé par les délégations des deux pays, avant que des exigences supplémentaires n’apparaissent. Pour lui, cet enchaînement de nouveaux préalables a freiné les discussions. Dans son propos, il insiste sur l’importance du séquencement des engagements suivre : une chose devait une autre, dans un ordre précis. Kigali assure que ce cadre avait été accepté. Mais dès le lendemain, selon lui, Kinshasa avait déjà ajouté de nouvelles demandes. Kagame n’a pas caché son irritation sur ce point, car ces révisions successives empêchent de stabiliser la moindre feuille de route.

L’aéroport de Goma, fermé depuis plusieurs semaines en raison du contexte sécuritaire, est revenu au centre du débat. Kagame rappelle que l’espace aérien de l’Est de la RDC est officiellement fermé par décision congolaise. Il s’interroge donc sur les annonces de réouverture prononcées lors de la Conférence de Paris il ya près d’un mois. Pour lui, la question n’est pas simplement technique : elle met en lumière la réalité du contrôle sur certaines zones. Kagame a élargi son raisonnement en affirmant que Goma n’est pas pleinement opérationnelle et que la ville se trouve, selon lui, sous l’influence de groupes dont la présence complique toute reprise normale des activités. Il pousse même la réflexion sur un ton direct : s’il contrôlait lui-même la ville, il ne la céderait pas sans conditions. Il évoque, de manière imagée, une logique d’échange : rendre un territoire ne se ferait qu’en retour de solutions à ses propres préoccupations.

Le dossier FDLR, point de discorde récurrent
Sur les FDLR, Kagame adopte une tonne beaucoup plus frontale. Pour lui, le silence international autour de ce mouvement reste incompréhensible. Il réfute les discours présentant les FDLR comme un groupe marginal ou affaibli. Au Rwanda, les autorités disent avoir arrêté ces dernières semaines plusieurs combattants capturés en RDC, preuve – selon Kigali – de leur présence active. Kagame va plus loin en affirmant que les FDLR sont étroitement liés à certaines unités de l’armée congolaise et à des réseaux administratifs locaux dans l’Est du pays. Il estime que le groupe tire aussi une partie de ses ressources de l’exploitation minière. Il questionne alors la destination de ces minéraux, évoquant la possibilité qu’une partie soit exportée vers l’Europe. Le propos n’est pas nouveau, mais il a souhaité le rappeler pour souligner ce qu’il considère comme un angle mort du débat international.

La paix comme responsabilité partagée
À plusieurs reprises, Kagame a répété que la sécurité ne peut pas être accordée par un autre État. Il explique avoir déjà dit à ses homologues congolais que Kigali ne demande pas une « faveur » quand il s’agit de paix. Pour lui, la stabilité doit être envisagée comme un équilibre, pas comme un privilège accordé par l’un ou l’autre camp. Il refuse l’idée d’une hiérarchie où un pays dicterait les conditions à l’autre pour la simple raison qu’un conflit se déroule sur son territoire. Dans son intervention, le président rwandais a également mis en avant ce qu’il appelle la « cause profonde » de la crise humanitaire. Il estime que certaines puissances internationales, notamment européennes, évitent préférentiellement ce volet, car il pourrait mettre en lumière leur rôle dans les décisions passées ou actuelles. Kagame n’a cité aucun pays en particulier, mais le message visait clairement les partenaires occidentaux.

Réaction de Kinshasa
Quelques heures après la conférence de presse, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a réagi depuis Kinshasa. Pour lui, Kagame cherche à justifier les actions de l’AFC/M23, qu’il considère comme appuyées par Kigali. Muyaya affirme que la RDC attend du Rwanda qu’il applique les engagements issus des différents processus diplomatiques lancés ces derniers mois. Il a également décrété ce qu’il qualifie de discours minimisant la crise humanitaire dans l’Est du Congo, assurant que l’État congolais poursuit ses efforts pour rétablir son autorité sur toute l’étendue du territoire.

 

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