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SMIG : L’Algérie revalorise son salaire minimum et l’allocation chômage

Abdelmadjid Tebboune a acté la hausse du Salaire national minimum garanti (SNMG). Fixé à 20 000 dinars depuis 2020, il passera à 24 000 dinars algériens dès janvier 2026. L’annonce, relayée dans un communiqué officiel, indique qu’il s’agit de l’augmentation la plus importante enregistrée depuis plusieurs décennies. La précédente, en 2020, n’avait porté que sur une majoration de 2 000 dinars.
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En décidant d’avancer cette mesure, le président algérien revalorise le pouvoir d’achat, un sujet très sensibles pour la population. Dans un pays marqué par une inflation continue et une situation économique mouvante, la révision du SNMG était devenue un impératif pour nombre de travailleurs et syndicats.

Un SNMG longtemps bloqué à 20 000 dinars
Le salaire minimum en Algérie a connu une progression irrégulière depuis les années 1990. Les chiffres mentionnent à quel point les augmentations avaient fini par se raréfier : 1 000 dinars en 1990, 4 000 dinars en 1994, 8 000 dinars en 2001, 10 000 dinars en 2004, puis 12 000 dinars en 2007. Ce n’est qu’en 2010 que le seuil de 15 000 dinars est adopté, après une revalorisation de 25 % décidée à l’issue d’une tripartite entre gouvernement, UGTA et patronat. Entre 2011 et 2019, le SNMG reste figé à 15 000 dinars, avant d’être porté à 20 000 dinars en juin 2020 par décret présidentiel. Depuis cette date, il n’avait plus évolué malgré les revendications syndicales et les effets conjugués de la crise sanitaire et de l’inflation. Avec la décision annoncée dimanche, le gouvernement choisit de franchir un nouveau seuil. Mais cette hausse, si elle apporte un soulagement pour les bas salaires, s’accompagne aussi de discussions sur la capacité de l’économie à absorber la progression du coût du travail.

La Guinée équatoriale suit avec un salaire minimum atteignant 128 000 FCFA, tandis que l’Algérie occupe la troisième marche avec plus de 110 000 FCFA selon les conversions usuelles.
A cette revalorisation du SNMG, l’exécutif a également décidé d’augmenter l’allocation chômage, qui passera de 15 000 à 18 000 dinars. Une mesure annoncée dans le même communiqué et qui concerne directement des milliers de jeunes en quête d’emploi. Le président Tebboune a également chargé le ministère du Travail de revoir la procédure de renouvellement de cette allocation, initialement fixée à six mois, afin de garantir une durée minimale d’un an, renouvelable. Il a aussi donné instruction à l’Agence nationale pour l’emploi (ANEM) de renforcer son rôle dans l’orientation des demandeurs d’emploi et dans la gestion d’une base de données plus rigoureuse pour distinguer les jeunes nouvellement intégrés au marché du travail de ceux qui restent en situation de chômage.

Les pensions de retraite, prochain sujet sur la table
Le président a demandé au ministre du Travail d’élaborer des propositions concernant les pensions et prestations de retraite en collaboration avec le ministère des Finances. Ces recommandations devront être examinées lors de la prochaine réunion du Conseil des ministres. Le dossier des retraités, lui aussi sensible, pourrait ouvrir la voie à une révision plus large des mécanismes de protection sociale. La chronologie des salaires minimums en Algérie rappelle l’évolution progressive, parfois lente, de cette rémunération garantie par l’État :

1990 : 1 000 DA
1991 : 1 800 puis 2 000 DA
1992 : 2 500 DA
1994 : 4 000 DA
1997 : 4 800 DA
1998 : 5 400 puis 6 000 DA
2001 : 8 000 DA
2004 : 10 000 DA
2007 : 12 000 DA
2010 : 15 000 DA
2020 : 20 000 DA
2026 : 24 000 DA (annoncé)
Algérie, Maroc, Guinée équatoriale : Un classement opulent des salaires minimums
En Afrique francophone, les salaires minimums varient fortement selon les pays. Une comparaison des SMIG ou SNMG montre que le Maroc occupe la première place. Avec un seuil estimé à l’équivalent de 137 095 FCFA, il affiche la rémunération minimale la plus élevée parmi les pays francophones. La hausse de 10 % intervenue en 2014 a consolidé cette position. La Guinée équatoriale suit avec un salaire minimum atteignant 128 000 FCFA, tandis que l’Algérie occupe la troisième marche avec plus de 110 000 FCFA selon les conversions usuelles. À l’inverse, l’Afrique de l’Ouest francophone présente les seuils les plus bas : Mali : 31 370 FCFA, Niger : 30 047 FCFA, Mauritanie : 30 000 FCFA. La Côte d’Ivoire, elle, a relevé son SMIG à 60 000 FCFA en 2014. Le Bénin l’a fixé à 40 000 FCFA la même année. En Afrique centrale, les écarts demeurent marqués : Cameroun : 36 270 FCFA, Congo : 90 000 FCFA, Gabon : 80 000 FCFA. Le Gabon avait même envisagé sous Ali Bongo de porter ce seuil à 150 000 FCFA, ce qui aurait profondément modifié le paysage salarial régional. La hausse du SNMG et de l’allocation chômage ouvre une série d’interrogations dans le pays. Les entreprises, notamment les petites structures déjà fragilisées par les coûts de production et un environnement économique instable, devront intégrer ces nouvelles charges.

Certains saluent la décision comme une nécessité sociale, d’autres estiment que l’État devrait accompagner ces mesures d’incitations fiscales ou d’ajustements sectoriels. Pour les économistes, la question centrale reste celle de l’équilibre entre justice sociale et contraintes budgétaires. Une augmentation significative des revenus peut dynamiser la consommation interne, mais elle doit s’appuyer sur une croissance économique durable pour éviter un effet inverse sur l’emploi. En engageant cette révision du SNMG, l’Algérie ravive un débat récurrent entre partenaires sociaux et pouvoirs publics. La décision apparaît comme un signal politique fort adressé aux salariés, dans un contexte où le pouvoir d’achat reste un sujet majeur de préoccupation. Les prochaines semaines seront décisives, notamment avec les discussions sur les retraites et les réformes structurelles pour moderniser le marché du travail. À mesure que 2026 se rapproche, les attentes des travailleurs, des syndicats et des acteurs économiques ne cessent de croître.

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