La FIPETCA alerte sur la crise profonde de la MATCA, conséquence, selon elle, d’une tentative de prise de contrôle du Haut Conseil, tout en dénonçant le détournement de 425 millions de FCFA.
La Fédération ivoirienne du patronat et des exploitants de taxis-compteurs d’Abidjan (FIPETCA) a dénoncé, vendredi 5 décembre 2025 à Abidjan, une « tentative de prise de contrôle illégitime » de la Mutuelle d’assurance des taxis-compteurs d’Abidjan (MATCA), accusant le Haut conseil du secteur des transports routiers (HPETR) d’être à l’origine d’une crise qui paralyse depuis plusieurs mois le fonctionnement de la mutuelle.
Pour rappel, la crise a conduit l’État à intervenir directement. Le 20 mai 2025, le ministre des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a nommé DICOH Balamine Administrateur provisoire de la MATCA, sur recommandation de la Commission Régionale du Contrôle des Assurances (CRCA), régulateur du marché CIMA. Installé au siège de la mutuelle au Plateau, il a reçu pour mandat de « ramener la paix » et de protéger les intérêts des sociétaires, selon le DGA Beugré. L’administration provisoire doit notamment organiser une Assemblée générale en vue de renouveler les organes dirigeants, après plusieurs mois de tensions internes, d’accusations de mauvaise gestion et de blocage institutionnel.
« Diviser davantage »
Lors d’un point presse, son président, Sylla Lanciné, a lu un communiqué dans lequel la fédération affirme que la crise, ouverte depuis huit mois, découle d’une plainte « infondée » visant le Directeur général de la MATCA et son Conseil d’administration. Selon la FIPETCA, cette plainte émanerait d’un « collectif sans qualité » cherchant à renverser la direction de la mutuelle. La fédération qualifie ces actions de « braquage institutionnel ».
Face à cet imbroglio, l’État, via le ministère de l’Économie et des Finances, a désigné une administration provisoire, une décision que la FIPETCA dit avoir acceptée « avec responsabilité et maturité ». Une médiation conduite par un certain M. Salvador avait été engagée, mais la fédération estime que leurs deux principales demandes — la réhabilitation du Conseil d’administration suspendu et le retrait de la plainte — sont restées sans suite.
La FIPETCA accuse désormais le Haut conseil d’avoir « confisqué » la médiation et de chercher à imposer un “mécanisme de sortie de crise” fondé sur la création de groupes de travail dans chaque commune du district d’Abidjan. Pour Sylla Lanciné, cette initiative « n’a rien de nouveau » et vise surtout à « diviser davantage » les acteurs.
Un secteur en crise profonde
Interrogé sur la situation actuelle des taxis-compteurs, le président de la FIPETCA a décrit un secteur « au plus mal ». « L’état actuel du secteur est mauvais. La crise imposée par le Haut Conseil complique encore les choses », a-t-il déclaré.
Selon lui, le parc des taxis-compteurs, estimé à 22 000 véhicules avant la crise, ne compterait plus qu’environ 8 000 unités aujourd’hui. Il attribue cette baisse drastique à la désorganisation persistante de la MATCA, à l’absence de projets structurants et à la perte de confiance des propriétaires.
« Si rien n’est fait, dans cinq ans, les taxis-compteurs vont disparaître », a averti M. Sylla.
Des accusations de détournements
Les administrateurs délégués de la MATCA, Maliki Diabaté et Cissé Bassiriki, également vice-présidents de la FIPETCA, ont pour leur part dénoncé de graves irrégularités financières survenues durant la gestion de l’administrateur provisoire. Ils affirment que 425 millions de francs CFA auraient été retirés des comptes de la mutuelle en « un mois et cinq jours », dans deux banques différentes.
« Si on évalue les recettes sur cette période, on atteint environ 600 millions. C’est un braquage », a déclaré M. Bassiriki Cissé.
La FIPETCA assure que des démarches ont été entreprises pour comprendre ces opérations financières. Elle évoque l’intention de porter plainte contre les établissements bancaires concernés.
Une crise de gouvernance toujours en suspens
Sur le plan institutionnel, la fédération rappelle qu’elle est la seule faîtière chargée de représenter les propriétaires de taxis-compteurs auprès de la MATCA. Elle affirme donc être « indispensable » à toute issue de crise.
Concernant l’élection d’un nouveau Conseil d’administration, la FIPETCA rapporte que le ministère de l’Économie et des Finances aurait demandé un report, invoquant le contexte sensible de la présidentielle 2025. La mise en place d’une feuille de route serait attendue d’ici fin décembre.
« Si rien n’est fait, nous allons nous faire entendre », a prévenu Sylla Lanciné.
La fédération appelle l’État à garantir la neutralité du processus et à empêcher toute « instrumentalisation » de la mutuelle.



