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Des Combattants Russes assistés par le Roi Mohammed VI : Ce que l’on sait

Dans un Maroc où les infrastructures sportives progressent lentement et où la pratique régulière reste minoritaire, la décision du roi Mohammed VI d’accorder la nationalité marocaine à deux combattants russo-autrichiens de MMA, , a suscité de nombreux débats. Ce geste, accompagné d’un financement direct et personnel du souverain, révèle un fonctionnement opaque où les relations personnelles, privilèges et réseaux d’influence respectent un rôle déterminant.
L’annonce de la naturalisation des deux frères est faite sans communication officielle détaillée. C’est par des confidences d’Ismail Naurdiev, membre de l’UFC, que l’opinion publique a découvert l’étendue du soutien royal. L’athlète raconte avoir connu des années difficiles, à enchaîner les combats uniquement pour régler son loyer et subvenir aux besoins de son entourage. Aujourd’hui, tous ses frais d’entraînement sont assurés, tout comme ceux de son équipe. Son frère Islam bénéficie des mêmes avantages. Le financement couvre les camps à l’étranger, les déplacements et les prises en charge techniques. Ce geste ouvre un accès direct à la sphère royale, phénomène rare dans le paysage sportif marocain. La situation intrigue d’autant plus qu’elle intervient dans un pays où de nombreux athlètes locaux peinent à obtenir des subventions de base pour représenter leur pays dans des compétitions internationales.

Une naturalisation express rendue possible par un article d’exception
La procédure utilisée pour accorder la nationalité aux frères Naurdiev repose sur l’article 12 du Code marocain de la nationalité. Cette disposition permet au souverain d’attribuer la citoyenneté sans exiger les conditions habituellement imposées aux demandeurs, notamment la résidence au Maroc, la maîtrise de l’arabe ou une insertion économique stable. En outre, l’article 17 qui impose normalement une période de cinq années avant d’exercer des fonctions publiques ne s’applique pas dans le cadre de ces naturalisations exceptionnelles. Un tel privilège est rare. Les juristes eux-mêmes affirment que ce type de décret est réservé aux situations jugées particulières par le palais. Face à cela, une question circule avec insistance : quel service précis les frères Naurdiev ont-ils rendu au Maroc ? La réponse semble se trouver dans leurs relations personnelles. Ismail Naurdiev entretient des liens forts avec les frères Azaitar, eux-mêmes très proches du roi Mohammed VI. Cette proximité constitue vraisemblablement la clé de leur accès rapide à la nationalité marocaine.

Les frères Azaitar, un trio au cœur d’une influence croissante
Pour comprendre cette affaire, il faut revenir sur l’ascension spectaculaire des frères Azaitar. Abu, Ottman et Omar Azaitar, combattants germano-marocains, sont entrés dans le cercle du palais royal en avril 2018. Leur arrivée sur la scène marocaine a été largement médiatisée, leurs visites au palais régulièrement commentées. Selon plusieurs sources concordantes, Abu Azaitar, le plus influent des trois, aurait acquis un statut particulier auprès du souverain. Certains observateurs n’hésitent pas à parler d’un rôle de chambellan officieux, tant son accès au roi semble privilégié. Des récits rapportés par divers médias indiquant qu’il serait en mesure de faciliter ou d’empêcher certains publics. Une position inhabituelle dans un système où l’accès au souverain est strictement encadré.

Les Azaitar montrent par ailleurs un style de vie que peu de Marocains peuvent s’offrir. Sur les réseaux sociaux, leurs voitures, leurs voyages et leurs résidences luxueuses alimentent régulièrement la polémique. Leur présence au palais et leur influence supposée sur certains choix royaux irritent une partie du makhzen, notamment au sein de services de sécurité comme la DST et la DGED. Ces tensions sont évoquées dans plusieurs enquêtes journalistiques, dont celles de Middle East Eye. Le judiciaire passé des trois frères ne contribue pas à apaiser les critiques. Abu Azaitar a été impliqué dans une affaire d’agression grave, tandis qu’Omar a été condamné pour vol. Malgré cela, leur proximité avec Mohammed VI n’a jamais été remise en cause.

Un financement difficile à tracer
Le soutien direct du roi aux frères Naurdiev soulève également la question de la provenance des fonds. Mohammed VI dispose bien sûr d’une fortune personnelle considérable, bâtie en grande partie grâce à la holding royale Al Mada, active dans plusieurs secteurs clés de l’économie nationale. Toutefois, les dépenses liées au monarque sont également couvertes par des allocations publiques inscrites au budget de l’État. En 2023, les dépenses royales ont atteint 543,4 millions de dirhams, dont 517 millions classés sous une rubrique aux contours larges : « matériel et dépenses diverses ». Ce poste budgétaire ne détaille pas la nature exacte des financements. Il peut englober divers types de dépenses, y compris le soutien à des athlètes, comme le suggèrent certains spécialistes. L’équivalent quotidien de ces dépenses, évalué à environ 657 000 euros par TSA, contraste fortement avec le salaire minimum marocain, fixé à environ 280 euros. Cet écart nourrit régulièrement les critiques. Dans un pays où les infrastructures sportives restent limitées et où les fédérations peinent à professionnaliser leurs athlètes, l’attribution de ressources considérables à des sportifs étrangers choisis en raison de leurs liens personnels avec l’entourage royal surprend et interroge.

Les fédérations sportives marocaines laissées en arrière-plan
Entre 2020 et 2022, l’ensemble des 55 fédérations sportives du Maroc n’a reçu que 2,9 milliards de dirhams. Ces fonds visent à soutenir l’encadrement, les compétitions, les déplacements, les équipements et les programmes de formation. Malgré ces subventions, les performances sportives du Maroc peinent à refléter ces investissements, en particulier dans les disciplines olympiques. L’arrivée de combattants étrangers financés de manière illimitée par des fonds royaux crée un déséquilibre évident aux yeux de nombreux acteurs du sport marocain. Certaines responsables évoquent même un sentiment de frustration lorsqu’ils comparent leurs requêtes parfois rejetées aux privilèges accordés à des athlètes sans lien historique avec le Maroc.

Un système monarchique fragilisé par ses propres contradictions
Les polémiques autour des Azaitar et désormais des frères Naurdiev suscitent des tensions profondes au sein du système monarchique marocain. Plusieurs témoignages indiquant que les enfants du roi auraient exprimé leurs réserves face à l’influence grandiose exercée par les Azaitar. Parallèlement, la disparition de la scène publique de l’ex-épouse du roi, Lalla Salma, continue de nourrir des interrogatoires. Les critiques visent désormais la manière dont certaines décisions semblent s’appuyer davantage sur des affinités personnelles que sur une vision structurée du développement sportif. Le média Barlamane, généralement proche du pouvoir, a publié des articles sévères sur Omar Azaitar, le décrivant comme une personnalité attirée par l’argent et la confrontation. Ces attaques donnent la mesure des divisions internes autour de cette affaire.

Quand le sport devient un outil d’influence
Cette affaire met au jour un fonctionnement reposant sur la personnalisation extrême du pouvoir. Les décisions financières n’obéissent ni à des mécanismes transparents, ni à des structures institutionnelles stables. Elles sont directement liées à la volonté du souverain et à son cercle rapproché. La question centrale demeure la confusion entre fortune personnelle du roi et argent public. La holding Al Mada concentre une part importante de l’économie nationale, ce qui donne au souverain une marge d’action considérable. Mais cette situation renforce également l’opacité autour des financements accordés à des personnalités comme les frères Naurdiev. Au final, cette double naturalisation s’ajoute à une série de décisions démontrant un système où l’accès au roi est devenu un facteur déterminant pour l’obtention des privilèges. Dans un pays où les disparités sociales sont fortes et où des millions de citoyens luttent pour améliorer leur quotidien, ces pratiques accentuent le sentiment d’injustice. La présence accumulée de personnalités étrangères dans l’entourage royal, sans cadre institutionnel clair, renforce ce malaise. Pour de nombreux Marocains, l’affaire illustre une gouvernance qui favorise les relations personnelles au détriment des principes de transparence et d’équité.

 

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