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Asie : Pourquoi soutenir la Taiwan indépendante, viole les franchises chinoises ?

La question taïwanaise s’est de nouveau invitée au cœur des échanges diplomatiques entre la Chine et l’Europe. Peur ou prou, Pékin continue de réaffirmer sa ligne sur Taïwan et dénonce toute remise en cause de sa souveraineté nationale. La Chine durcit son discours sur Taïwan face aux soutiens internationaux comme l’Allemagne de l’option indépendantiste.
Lundi à Pékin, le ministre chinois des Affaires étrangères (MAE), Wang Yi, a tenu un discours direct devant son homologue MAE allemand, Johann Wadephul. Selon lui, toute tentative visant à soutenir l’« indépendance de Taïwan » constitue une ingérence dans les affaires intérieures chinoises, en violation à la fois de la Constitution de la République populaire de Chine et du droit international. Le chef de la diplomatie chinoise, également membre du Bureau politique du Parti communiste chinois, a pris le temps de qualifier ce qu’il considère comme les fondements historiques et juridiques indiscutables du statut de Taïwan. Ce rappel méthodique et très indiqué, était destiné autant à son interlocuteur allemand qu’à un public international plus large.

La Chine revendique encore et toujours
Pour Pékin, Taïwan fait partie intégrante de la Chine depuis l’Antiquité. Cette affirmation repose, selon le diplomate Wang Yi, sur une continuité historique jamais interrompue, malgré les épisodes de domination étrangère. Le MAE chinois a notamment cité la Déclaration du Caire de 1943, dans laquelle les Alliés affirmaient que les territoires arrachés à la Chine par le Japon, dont Taïwan, devaient lui être restitués. Ce principe a ensuite été confirmé par la Proclamation de Potsdam de 1945, signée par la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique. À la capitulation sans condition du Japon, le 15 août 1945, Tokyo s’était engagé à respecter pleinement ces dispositions. Quelques semaines plus tard, le 25 octobre, le gouvernement chinois annonçait la reprise officielle de l’exercice de sa souveraineté sur Taïwan, lors d’une cérémonie organisée à Taipei.

La République populaire et l’ONU en sont les jalons juridiques. L’année 1949 constitue une étape clé dans l’argumentaire chinois. Avec la victoire des communistes sur le continent et la proclamation de la République populaire de Chine, Pékin estime être devenu le seul gouvernement légitime de l’ensemble du pays. À ce titre, sa souveraineté devait s’exercer sur tout le territoire chinois, y compris Taïwan, où s’étaient repliées les autorités du Kuomintang. Cette position a reçu, selon Wang Yi, une consécration internationale en 1971. À l’occasion de la 26e session de l’Assemblée générale des Nations unies, la résolution 2758 a rétabli tous les droits de la République populaire de Chine et mis fin à la représentation des autorités taïwanaises. Pour Pékin, ce texte vaut reconnaissance explicite du fait que Taïwan constitue une province chinoise, et non un État distinct.

Le Japon critiqué
Le chef de la diplomatie chinoise a également ciblé Tokyo. Il a dénoncé des propos récents de la dirigeante japonaise évoquant des scénarios hypothétiques autour de Taïwan, y voyant une atteinte grave à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine. Wang Yi a rappelé que le Japon avait officiellement reconnu, dès 1972, le gouvernement de Pékin comme seul représentant légal de la Chine, tout en reconnaissant que Taïwan en faisait partie intégrante. Cette position avait été réaffirmée dans le Traité de paix et d’amitié sino-japonais de 1978. Pour Pékin, toute remise en question de ces engagements diminue l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale et fait peser des risques sur la stabilité régionale. Alors que la Chine commémore cette année le 80e anniversaire de sa victoire sur le Japon, Wang Yi a jugé que Tokyo devrait faire preuve d’une prudence accrue, rappelant le passé colonial de l’île et les crimes commis à l’époque.

Le mouvement indépendantiste vu de Taïwan

À Taïwan même, la question de l’indépendance continue de structurer la vie politique. Le mouvement indépendantiste, qui prône l’établissement d’une république de Taïwan distincte de la République de Chine actuelle, est porté principalement par la coalition pan-verte. Ses partisans mettent en avant une identité taïwanaise spécifique et rejettent toute perspective de réunification avec Pékin. Un sondage réalisé en juin 2020 révélait que plus de la moitié des personnes interrogées soutenaient l’idée d’une indépendance officielle, tandis qu’un quart préférait le statu quo et une minorité seulement se prononçait pour l’unification avec la Chine continentale. Ces résultats affichent une société divisée, mais aussi l’ambiguïté persistante autour du statut de l’île. Le concept même d’« indépendance de Taïwan » demeure sujet à interprétation. Pour certains militants, il s’agit de proclamer formellement un nouvel État souverain.

Pour d’autres, Taïwan serait déjà indépendante de fait, la République de Chine exerçant depuis des décennies un contrôle autonome sur l’île, malgré l’absence de reconnaissance diplomatique pleine et entière. Cette divergence de lecture alimente les tensions avec Pékin, qui conteste toute séparation juridique ou politique entre l’île et le continent. La Chine rappelle régulièrement qu’elle se réserve la possibilité d’un recours à la force en cas de déclaration formelle d’indépendance. La question taïwanaise engage une géopolitique féroce dans toute l’Asie orientale. Les États-Unis et le Japon figurent parmi les acteurs les plus attentifs à l’évolution de la situation, tandis que Pékin dénonce toute implication extérieure comme une atteinte à sa souveraineté. Dans ce contexte, la Chine rappelle que, pour elle, Taïwan ne constitue pas un dossier parmi d’autres, mais un enjeu central relevant de son intégrité territoriale, de son histoire et de l’ordre international qu’elle entend défendre.

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