À Bingerville, près de 800 commerçantes du marché Saint Joseph pourraient être affectées par un projet de construction d’une gare terminus de la SOTRA, officiellement lancé le 10 juillet 2024 par l’État de Côte d’Ivoire. La promotrice du site et les exploitantes dénoncent l’absence de dédommagement et de solutions de relogement.
Selon le Journal Soir Info, le marché Saint Joseph situé au quartier Keh Kessé, est devenu le centre d’un conflit opposant ses exploitants au Projet de mobilité urbaine d’Abidjan (PMUA). Si l’État prévoit d’y implanter une infrastructure de transport d’envergure, les acteurs du marché s’inquiètent des conséquences sociales de ce projet, notamment pour les centaines de femmes qui y exercent leurs activités depuis 2023.
Un projet d’État qui fragilise 800 commerçantes
Le marché Saint Joseph accueille environ 800 commerçantes qui tirent leur subsistance de cette activité. Si la promotrice affirme ne pas être opposée à la décision de l’autorité centrale, elle conteste la manière dont le projet est conduit. Selon elle, le PMUA prévoit d’indemniser uniquement le propriétaire du site, au détriment des exploitants du marché et des commerçantes. Lors d’une conférence de presse tenue le 16 décembre 2025 au sein du marché, Blanche Koffi Lou Nazié veuve Lichtentein a dénoncé l’absence de mesures d’accompagnement, notamment en matière de relogement. Elle affirme qu’aucun site alternatif n’a été proposé aux commerçantes, malgré l’imminence de la destruction du marché.
les propriétaires du terrain, la famille Ouédraogo, ont déclaré n’avoir jamais cédé leur site à l’État et n’avoir donné mandat à personne pour négocier en leur nom
La promotrice invoque également une décision de justice favorable à la société des marchés Saint Joseph et appelle l’État à respecter les droits des exploitants.
Un conflit foncier et institutionnel toujours non clarifié
Selon la promotrice, les propriétaires du terrain, la famille Ouédraogo, ont déclaré n’avoir jamais cédé leur site à l’État et n’avoir donné mandat à personne pour négocier en leur nom. Ils auraient même adressé un courrier de protestation au PMUA, avec copie à plusieurs institutions, dont la Banque mondiale et l’Agence française de développement.
Les faits remontent à janvier 2023, lorsque des accords ont été signés entre la promotrice et les propriétaires pour la création d’un marché de proximité, avec une autorisation officielle délivrée par la mairie de Bingerville en mars 2023. Toutefois, le PMUA aurait affirmé, sans documents justificatifs, que le terrain appartenait à l’État, multipliant par la suite des interventions sur le site. Ces actions auraient perturbé l’activité du marché et fragilisé les commerçantes, certaines étant encouragées à ne plus verser leurs redevances. Pour la promotrice, le marché Saint Joseph constitue un levier de développement local, de lutte contre le chômage et d’autonomisation des femmes et des jeunes. Elle appelle les autorités à trouver une solution durable afin d’éviter une crise sociale majeure à Bingerville.



