Le courrier du SNECS/ Section Niamey sur le retard des salaires à l’Université Abdou Moumouni illustre un malaise plus profond des finances publiques nigériennes et ravive la crainte d’une « bombe sociale » autour de la question salariale.
Un nouveau front social à l’Université Abdou Moumouni
À Niamey, le Bureau du Syndicat national des enseignants‐chercheurs du supérieur (SNECS), section de l’Université Abdou Moumouni, a officiellement saisi le Recteur au sujet du non‑versement des salaires de décembre 2025 et de l’attente prolongée de ceux de janvier 2026 pour les agents dont les comptes sont domiciliés à la Bank Of Africa (BOA). Cette catégorie de personnels se retrouve ainsi en première ligne d’un dysfonctionnement qui ne touche pas toutes les banques au même rythme, alimentant un sentiment de traitement inégal au sein de la communauté universitaire.
Dans sa correspondance, le SNECS dénonce un retard jugé « intolérable » dans un contexte de vie chère, où le salaire constitue l’unique source de revenu pour la plupart des enseignants, chercheurs et personnels administratifs. Le syndicat rappelle que ces retards s’ajoutent à une série d’alertes lancées depuis plusieurs mois par différentes centrales syndicales nationales, qui pointent des décalages récurrents dans le paiement des rémunérations des agents publics.
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Réaction du Recteur et promesse du Trésor
Face à cette interpellation, le Recteur de l’Université Abdou Moumouni a pris attache avec la Direction nationale du Trésor afin de comprendre l’origine du blocage et d’obtenir un calendrier ferme de régularisation des salaires. Selon les informations communiquées aux représentants du SNECS, le Trésor se serait engagé à apurer les salaires en souffrance « au plus tard au cours de la première semaine de février », une échéance qui doit permettre de couvrir les arriérés de décembre 2025 et de lancer le paiement de janvier 2026 pour les agents concernés à la BOA.
Cette promesse intervient alors que le gouvernement de transition avait fait du paiement régulier des salaires un marqueur de sa crédibilité budgétaire, notamment après l’arrivée au pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Dans les faits, les tensions de trésorerie et le gel d’une partie des appuis extérieurs ont néanmoins fragilisé la capacité de l’État à tenir un calendrier strict de versement, exposant les administrations les plus sensibles, dont l’université publique.
Des retards de salaires désormais récurrents
L’alerte venue du campus de Niamey ne constitue pas un épisode isolé. En juillet 2025 déjà, la Confédération démocratique des travailleurs du Niger (CDTN) dénonçait des retards dans le paiement des salaires des mois de mai et juin, soulignant que certains agents n’avaient toujours pas perçu leur dû à la mi‑juillet. Quelques jours plus tard, l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN) mettait à son tour en garde les autorités contre des « arriérés » aux conséquences « catastrophiques » sur les conditions de vie des fonctionnaires.
Dans le secteur de l’éducation, ces décalages de paiement ont provoqué, fin 2025 et début 2026, la suspension des cours dans plusieurs établissements, des enseignants invoquant l’accumulation des salaires de novembre, décembre 2025 et janvier 2026 pour justifier des arrêts de travail. Pour de nombreux observateurs, la répétition des crises autour des salaires indique que l’État s’approche d’un cycle d’arriérés difficile à résorber sans mesures structurelles, comme le rappelle une analyse de la presse locale évoquant une « crise de trésorerie » alimentée par les sanctions régionales et la contraction des recettes internes.
Un malaise budgétaire sous contrainte de sanctions
Au‑delà du seul cas de l’Université Abdou Moumouni, le retard de paiement des salaires traduit l’étroitesse des marges de manœuvre budgétaires du Niger depuis le coup d’État de juillet 2023 et l’isolement diplomatique qui s’en est suivi. Les appuis budgétaires extérieurs, notamment ceux de certains partenaires multilatéraux et bilatéraux, ont été gelés ou renégociés, obligeant Niamey à s’appuyer plus fortement sur des recettes fiscales accrues et quelques exportations sous tension.
En 2025, cette situation a conduit les autorités à revoir à la baisse le budget de l’État, avec une réduction de plus de 280 milliards de francs CFA, soit près de 9% des prévisions initiales, selon une ordonnance modifiant la loi de finances. Le gouvernement de transition s’est trouvé pris en étau entre la nécessité de financer les charges de souveraineté – dont les salaires – et l’entretien d’un effort sécuritaire élevé, sur fond d’inflation marquée des produits de base qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages.
Les syndicats en arbitres de la paix sociale
Dans ce contexte, le geste du SNECS Niamey prend une dimension politique qui dépasse les murs de l’université. À l’instar de la CDTN et de l’USTN, qui rappellent que « tout retard » dans le paiement des salaires « affecte dangereusement la survie » des travailleurs et menace la « stabilité sociale », le syndicat des enseignants‑chercheurs se pose en gardien d’une ligne rouge : la régularité des rémunérations comme condition minimale de la paix sociale.
Si la promesse du Trésor de régler les salaires au cours de la première semaine de février permet d’éviter, à très court terme, une paralysie du campus de Niamey, elle ne dissipe ni la défiance ni les interrogations des syndicats sur la soutenabilité financière de l’État. Dans les couloirs de l’Université Abdou Moumouni comme dans les locaux des centrales syndicales de Niamey, beaucoup redoutent que l’épisode des salaires de décembre 2025 et janvier 2026 n’annonce une séquence plus longue d’ajustements douloureux, où chaque fin de mois deviendrait un test de la résilience du régime face à la rue.



