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Sortie du programme du FMI : Le Ghana à l’épreuve de la rigueur financière

Le Ghana s’apprête à refermer une séquence importante de son histoire économique récente. En mai 2026, le pays doit quitter la facilité élargie de crédit (FEC) du FMI, un programme conclu en 2023 pour restaurer la stabilité macroéconomique et remettre les finances publiques sur des rails plus soutenables.

Trois ans plus tard, les indicateurs sont au vert. L’inflation a fortement reculé, le cedi s’est redressé de manière spectaculaire en 2025 et la confiance des investisseurs s’est améliorée. Mais au moment où la tutelle du FMI touche à sa fin, une question s’impose : Accra saura-t-elle maintenir la rigueur sans la surveillance étroite de Washington ?

Une reprise saluée, l’inflation en net recul
Dans ses perspectives économiques et son orientation stratégique pour 2026, le Fonds d’investissement pour les revenus des minéraux (MIIF) estime que le Ghana entre dans une nouvelle phase. La stabilisation observée ces derniers mois repose désormais moins sur l’appui extérieur que sur la capacité des autorités à maîtriser leurs propres choix budgétaires. Le programme du FMI, approuvé en mai 2023 pour un montant de 2,242 milliards de droits de tirage spéciaux, environ trois milliards de dollars, visait à rétablir l’équilibre macroéconomique, à rendre la dette soutenable et à poser les bases d’une croissance plus inclusive. Selon le gouverneur de la Banque du Ghana, le Dr Johnson Pandit Asiama, le pays a respecté, voire dépassé, la plupart des critères fixés. Pour autant, la sortie du programme ne signifie pas la fin des contraintes. Elle ouvre au contraire une période où la crédibilité des autorités sera observée de près par les marchés.

Parmi les signes les plus visibles du redressement figure la décrue rapide de l’inflation. En décembre 2025, l’inflation globale est tombée à 5,4 %, contre 23,8 % au début de la même année. Cette baisse progressive a contribué à soulager les ménages et à stabiliser les anticipations. Le MIIF attribue cette évolution à une gestion macroéconomique plus stricte, à un encadrement monétaire resserré et à une amélioration des équilibres extérieurs. Pour 2026, l’inflation devrait rester à un niveau à un chiffre, même si certains facteurs de risque demeurent. Les fluctuations saisonnières des prix alimentaires, les ajustements de tarifs administrés ou encore les mouvements du taux de change pourraient exercer des pressions ponctuelles. Mais le principal risque, selon le rapport, tient à un éventuel relâchement budgétaire après la fin du programme du FMI. Un déficit mal maîtrisé pourrait rapidement raviver les tensions inflationnistes, ce qui rappelle le lien étroit entre discipline des finances publiques et stabilité des prix.

Le cedi retrouve des couleurs, le retour sur les marchés internationaux
Autre évolution notable : le comportement du cedi. Après plusieurs années de dépréciation, la monnaie ghanéenne a connu en 2025 une appréciation sans précédent. Selon le MIIF, le cedi s’est renforcé de plus de 40 % face au dollar américain, clôturant l’année autour de 10,45 GHS pour un dollar. Il s’agit du premier gain annuel enregistré depuis plus de trois décennies. Cette performance s’explique par une amélioration des comptes extérieurs, des entrées accrues liées à l’or, un encadrement plus strict de la liquidité et un retour de la confiance des investisseurs. Le redressement du cedi a permis de réduire la facture des importations et d’atténuer les pressions inflationnistes d’origine externe. Il a également contribué à modifier la perception des marchés à l’égard du Ghana. Pour 2026, toutefois, les projections suggèrent un mouvement plus modéré. Le cedi pourrait évoluer dans une fourchette plus large, avec une légère dépréciation au fil de l’année. La demande de devises devrait augmenter, notamment en raison des importations liées aux projets d’infrastructures dans les secteurs de la construction et de l’énergie. Le Ghana envisage également un retour sur les marchés internationaux des capitaux. Une émission réussie permettrait de refinancer certaines obligations et d’attirer de nouveaux investisseurs. Mais cette stratégie comporte sa part d’incertitudes.

La fin du programme du FMI intervient alors que le gouvernement souhaite soutenir la croissance et financer plusieurs projets structurants.
L’accès aux marchés dépendra du contexte financier mondial, du niveau des taux d’intérêt et de la perception de la discipline budgétaire du pays. Un signal d’indiscipline pourrait se traduire par des coûts d’emprunt plus élevés, voire par une fermeture partielle de l’accès aux financements extérieurs. À l’inverse, une gestion prudente renforcerait la crédibilité acquise durant le programme du FMI. Le MIIF souligne que la période post-FMI ne tolérera pas d’écarts prolongés. Sans cadre formel de surveillance, la responsabilité reposera pleinement sur les autorités nationales. La fin du programme du FMI intervient alors que le gouvernement souhaite soutenir la croissance et financer plusieurs projets structurants. Les besoins en infrastructures demeurent importants, qu’il s’agisse d’énergie, de transport ou d’industrialisation. Dans ce contexte, les arbitrages budgétaires seront déterminants. Le risque, pointé par le MIIF, tient à la résurgence de pressions politiques en faveur d’une augmentation des dépenses publiques. L’enjeu consiste à concilier investissement productif et soutenabilité des finances publiques. Les autorités devront préserver les acquis récents tout en répondant aux attentes sociales.

Une crédibilité à consolider
Le Ghana aborde 2026 avec des fondamentaux plus solides que ces dernières années : inflation contenue, monnaie stabilisée, confiance des investisseurs en amélioration. Cette situation offre une base favorable. Mais la consolidation de ces acquis dépendra de la capacité à maintenir une trajectoire budgétaire cohérente, à gérer prudemment l’endettement extérieur et à préserver la stabilité monétaire. Pour le MIIF, la séquence qui s’ouvre constitue un test grandeur nature. Si la discipline est maintenue, la reprise pourrait s’inscrire dans la durée et renforcer la position du Ghana sur les marchés africains et internationaux. En revanche, un relâchement rapide exposerait le pays à de nouvelles vulnérabilités. À l’approche de mai 2026, Accra se trouve donc face à ses responsabilités. La sortie du programme du FMI n’est pas une fin en soi, mais le début d’une phase où la gestion économique devra convaincre par elle-même.

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