Le président tunisien Kaïs Saïed a appelé, lundi au palais de Carthage, à une refonte en profondeur des caisses sociales, lors d’une réunion consacrée à la situation jugée « inacceptable » du système de sécurité sociale.
Autour de lui, la cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani Zenzri et le ministre des Affaires sociales Issam Lahmar ont examiné l’état financier préoccupant de ces institutions, confrontées depuis plusieurs années à des déséquilibres persistants.
Selon un communiqué de la présidence, le chef de l’État a insisté sur l’urgence d’engager des réformes structurelles capables de redresser un système fragilisé par la hausse des dépenses, l’insuffisance des recettes et des dysfonctionnements de gestion. Il a appelé à adopter une approche « prospective et scientifique » afin d’identifier les causes profondes de la crise et de concevoir des solutions durables.
Si le constat dressé par Kaïs Saïed est sévère, il n’a pourtant rien de nouveau. Depuis plus d’une décennie, les caisses sociales tunisiennes figurent parmi les principaux points de fragilité des finances publiques. Les rapports successifs des institutions nationales et des organismes internationaux ont régulièrement alerté sur la détérioration de leur équilibre financier.
Le président tunisien a lui-même évoqué un « lourd héritage » résultant de choix économiques inadaptés, d’une gestion défaillante et de pratiques de corruption ayant contribué à l’épuisement progressif des ressources. Ce diagnostic rejoint les analyses largement partagées par les économistes tunisiens : un système de sécurité sociale construit dans un contexte démographique et économique aujourd’hui dépassé.
Le vieillissement de la population, l’extension progressive des prestations sociales et la stagnation de l’emploi formel ont progressivement creusé le fossé entre les recettes et les dépenses des caisses sociales. À cela s’ajoute l’ampleur de l’économie informelle, qui prive les organismes sociaux d’une part importante des cotisations.
Pour Kaïs Saïed, la réforme doit désormais dépasser les mesures ponctuelles adoptées au fil des années. Le chef de l’État a appelé à l’élaboration de nouveaux textes législatifs « efficaces », capables de rétablir l’équilibre du système tout en garantissant la justice sociale et la préservation des droits des affiliés.
Mais cette ambition se heurte à une réalité politique et sociale particulièrement complexe. Toute réforme des caisses sociales implique des décisions sensibles : révision des paramètres de retraite, augmentation des cotisations, rationalisation des prestations ou élargissement de l’assiette contributive. Autant de mesures susceptibles de susciter de fortes résistances sociales dans un pays déjà confronté à des tensions économiques importantes.
La Tunisie traverse en effet une période de fragilité économique marquée par une croissance faible, des finances publiques sous pression et un climat social régulièrement agité. Dans ce contexte, la réforme du système de sécurité sociale apparaît en même temps indispensable et politiquement risquée.
La sortie du président tunisien s’inscrit également dans un contexte institutionnel particulier. Depuis les mesures exceptionnelles prises en juillet 2021, Kaïs Saïed concentre l’essentiel des pouvoirs exécutifs et législatifs, ce qui lui confère une responsabilité directe dans la conduite des grandes réformes économiques.
Pour l’heure, la réunion du palais de Carthage marque surtout une nouvelle étape dans une longue série d’annonces. Reste à savoir si cette « refonte totale » annoncée par Kaïs Saïed se traduira enfin par des décisions concrètes capables de stabiliser un système social dont les déséquilibres ne cessent de s’aggraver depuis plusieurs années.



