La Russie a officiellement proposé à la Côte d’Ivoire un partenariat en matière de défense et de sécurité, mais Abidjan n’a, à ce stade, formulé aucune réponse publique.
La Russie a officiellement proposé à la Côte d’Ivoire un partenariat en matière de défense et de sécurité, mais Abidjan n’a, à ce stade, formulé aucune réponse publique.
Une offre russe officiellement sur la table
Dans une interview accordée au média ivoirien, publiée le 24 février 2025, l’ambassadeur de Russie à Abidjan, Alexey Saltykov, a confirmé que Moscou avait transmis des propositions de coopération militaire aux autorités ivoiriennes. Le diplomate a précisé que ces offres avaient été adressées au ministère ivoirien de la défense et qu’il espérait des « résultats dans un futur immédiat ».
Interrogé sur la nature de ce partenariat, Alexey Saltykov a évoqué une coopération large en matière de sécurité, sans dévoiler le détail des dispositifs envisagés. Cette prudence contraste avec le ton résolument volontariste adopté lorsqu’il assure que la Russie « pourrait donner » à la Côte d’Ivoire des moyens susceptibles de renforcer ses capacités de défense.
Abidjan silencieux, Moscou pressant
À ce jour, le gouvernement ivoirien n’a pas officiellement réagi à ces propositions rendues publiques par le canal de l’ambassadeur russe. Selon les médias qui relaient l’entretien, les discussions existent, mais aucune annonce de signature d’accord ou de calendrier n’a été communiquée par Abidjan.
Cette retenue s’explique aussi par l’absence d’un accord bilatéral de base entre les deux pays, un dossier déjà identifié comme un frein par le même ambassadeur en 2023. Alexey Saltykov avait alors reconnu que la négociation d’un tel cadre avait été interrompue, notamment en raison de la pandémie de Covid‑19, compliquant l’essor des échanges économiques et sécuritaires.
Un mouvement inscrit dans la stratégie africaine de Moscou
L’offensive diplomatique russe à Abidjan s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des partenariats sécuritaires en Afrique de l’Ouest. Alors que les forces françaises et américaines reculent dans le Sahel, Moscou renforce sa présence, notamment via le dispositif Africa Corps, nouveau label de sa projection militaire sur le continent, appelé à remplacer l’ombre portée du groupe Wagner.
Au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, la Russie a déjà acté des protocoles d’accord portant sur la vente d’armes, l’envoi d’instructeurs et le soutien aux régimes issus de putschs militaires. En Afrique de l’Ouest, cette stratégie est perçue par de nombreux partenaires occidentaux comme une tentative assumée de se substituer aux anciennes puissances de tutelle dans le champ sécuritaire.
La Côte d’Ivoire entre ses alliés traditionnels et Moscou
La Côte d’Ivoire reste un partenaire privilégié de la France, des États‑Unis et, dans une moindre mesure, de la Chine, en matière de coopération sécuritaire. La perspective d’un rapprochement militaire avec Moscou place donc Abidjan dans une position délicate, au moment où la Russie consolide son influence dans les pays voisins engagés dans l’Alliance des États du Sahel.
Pour certains observateurs, cités par la presse ivoirienne, Paris ne laissera pas aisément la Russie s’installer dans un pays considéré comme un pilier de sa présence en Afrique de l’Ouest. La marge de manœuvre ivoirienne se joue ainsi entre la volonté d’élargir le spectre de ses partenaires et la nécessité de préserver des relations stratégiques déjà anciennes avec ses alliés occidentaux.
Des enjeux sécuritaires mais aussi économiques
Si la coopération envisagée est d’abord présentée comme militaire et sécuritaire, Moscou voit aussi dans la Côte d’Ivoire un terrain potentiel pour renforcer ses investissements. Les discussions autour d’un accord bilatéral plus large, évoquées par Alexey Saltykov, englobent la question des échanges économiques, encore jugés en deçà du potentiel des deux pays.
Pour Abidjan, l’intérêt d’un partenariat avec la Russie pourrait résider dans l’accès à des équipements militaires et à une diversification de ses appuis, sur fond de menace djihadiste régionale et d’instabilité au Sahel. Mais toute décision en ce sens serait scrutée de près par ses partenaires traditionnels, au risque de rebattre les cartes de son positionnement diplomatique en Afrique de l’Ouest.




