05192026Headline:

8 mars : Contre le patriarcat, l’ONU veut abolir les lois discriminatoires envers les femmes

Elles représentent la moitié de l’humanité, mais leurs droits ne pèsent pas le même poids dans la balance. À l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée ce 8 mars, le Secrétaire général de l’ONU a publié un message solennel appelant à une action urgente pour mettre fin aux discriminations légales qui frappent encore les femmes et les filles à travers le monde.

« Cette année, la Journée internationale des femmes est consacrée aux droits, à l’action et à la justice, pour toutes les femmes et toutes les filles », at-il déclaré, rappelant un constat aussi simple qu’accablant : dans le monde, les femmes ne détiennent que 64 % des droits juridiques ne jouissent les hommes. Un écart qui, derrière sa froideur statistique, raconte des vies entravées, des libertés confisquées, des destinées limitées.

Des lois qui emprisonnent les vies
La discrimination juridique peut marquer tous les aspects de l’existence d’une femme. Dans de nombreux pays, elle empêche de posséder des biens, de demander le divorce ou d’accepter un emploi sans l’autorisation du mari. Dans plus de quarante pays, la violence conjugale n’est pas considérée comme un crime, laissant les femmes sans protection face à la violence au sein même de leur foyer. D’autres législations limitent l’accès des femmes à l’éducation, leur capacité de transmettre leur nationalité à leurs enfants, voire leur liberté de se déplacer hors de leur domicile. Autant d’enttraves qui réduisent leur autonomie et perpétuent un système de dépendance. Et même lorsque des protections juridiques existent sur le papier, leur application reste souvent lettre morte. La discrimination et l’insuffisance des mesures d’application font qu’il est difficile pour les femmes d’être entendues par les tribunaux et d’obtenir une assistance juridique. Le droit proclamé n’est pas le droit vécu. Bon nombre de ces lois injustes sont en vigueur depuis des siècles. Elles sont le produit de traditions patriarcales, de conférences religieuses restrictives, de systèmes politiques qui ont longtemps exclu les femmes de la décision publique. Leur ancienneté ne les rend pas pour autant légitimes. Mais aujourd’hui, alerte le Secrétaire général de l’ONU, une nouvelle tendance dangereuse se fait jour.

Nous devons nous unir pour tenir la promesse que présage les objectifs de développement durable et le Programme d’action Beijing+30
Dans un contexte marqué par la montée de l’autoritarisme et de l’instabilité politique, et par une volonté renouvelée de consolider le patriarcat, les acquis durement obtenus sont remis en cause. Ces reculs concernent aussi bien les protections au travail que les droits liés à la sexualité et à la procréation. Partout, des forces réactionnaires tentent de restaurer un ordre ancien où la place des femmes était définie par les hommes et pour les hommes. Face à cette situation, le chef de l’ONU appelle à l’unité. « Nous devons nous unir pour tenir la promesse que présage les objectifs de développement durable et le Programme d’action Pékin+30 », insiste-t-il. Ce programme, adopté il ya trente ans lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Pékin, reste la feuille de route la plus complète pour l’émancipation féminine. Il fixe des objectifs précis dans douze domaines critiques, de l’éducation à la santé, de la participation politique à la lutte contre les violences. Trente ans après, le chemin parcouru est réel, mais le chemin à parcourir reste immense. La pandémie de Covid-19, les crises climatiques, les conflits armés ont exacerbé les inégalités et fragilisé les progrès accomplis. La tâche est donc plus urgente que jamais.

Agir sur les lois et les pratiques
Pour le Secrétaire général, l’action doit se concentrer sur deux fronts : d’une part, s’attaquer aux lois et pratiques discriminatoires qui continuent de brider les femmes ; d’autre part, défendre les progrès déjà accomplis contre les tentatives de retour en arrière. « En s’attaquant aux lois et pratiques discriminatoires, et en défendant les progrès déjà accomplis, nous pouvons garantir à toutes les femmes la dignité et la liberté qu’elles méritent et leur offrir les possibilités qui leur sont dues », affirme-t-il. Cette double exigence implique un travail législatif, bien sûr, mais aussi un travail culturel. Car les lois ne suffisent pas si les mentalités ne suivent pas. Il faut former les juges, sensibiliser les forces de l’ordre, éduquer les jeunes, mobiliser les médias. Une transformation en profondeur qui prend du temps, mais qui est la condition d’une égalité réelle.

L’égalité devant la loi, condition de toutes les autres
« Lorsque nous ne sommes pas égaux devant la loi, nous ne sommes pas égaux », rappelle le chef de l’ONU dans une formule qui résume l’enjeu. L’égalité juridique n’est pas une fin en soi, mais elle est la condition de toutes les autres égalités. Sans elle, pas de carrière professionnelle librement choisie, pas de vie familiale équilibrée, pas de participation politique efficace, pas de protection contre les violences. C’est pourquoi la Journée internationale des femmes, ce 8 mars, n’est pas seulement une date pour célébrer les avancées. C’est aussi un moment pour mesurer le chemin qui reste à parcourir. Et pour rappeler que l’engagement ne doit pas être faiblir. Dans certaines parties du monde, des progrès significatifs ont été accomplis. Des réformes législatives ont été adoptées, des conventions internationales ratifiées, des politiques publiques mises en œuvre. La parité politique progresse dans plusieurs pays, l’éducation des filles s’améliore, la présence des femmes dans la vie économique augmentée. Mais ces progrès restent fragiles et inégalement répartis. Dans d’autres régions, les femmes continuent de subir des discriminations systématiques, des violences impunies, des limitations de leurs droits fondamentaux. Les disparités entre pays, mais aussi à l’intérieur des pays, restent considérables.

L’Afrique, un continent en mouvement
En Afrique, la situation est contrastée. Plusieurs pays ont adopté des réformes importantes en faveur des droits des femmes. La représentativité politique s’améliore, avec les femmes qui accèdent aux postes de responsabilité. L’éducation des filles progresse, même si des poches de résistance subsistent. Mais les défis restent nombreux. Les mariages forcés, les mutilations génitales, les violences domestiques continuent de toucher des millions de femmes. L’accès à la terre et au crédit reste difficile. La participation économique est freinée par des obstacles culturels et juridiques. La Journée internationale des femmes est donc l’occasion, pour les Africaines comme pour toutes les femmes du monde, de faire entendre leur voix. De rappeler que l’égalité n’est pas une faveur, mais un droit. Et que ce droit doit être garanti par des lois justes, appliquées par des institutions respectueuses, et défendues par des sociétés mobilisées. Le message du Secrétaire général de l’ONU, en cette Journée internationale des femmes, est clair :

« Il est temps de faire de la justice une réalité pour les femmes et les filles, partout dans le monde. »
Un appel qui résonne particulièrement fort dans un contexte mondial marqué par la résurgence des idéologies patriarcales et la remise en cause des droits acquis. Face à ces offensives, la mobilisation doit être collective . États, organisations internationales, société civile, citoyens : chacun a un rôle à jouer . Car l’égalité des femmes n’est pas une question secondaire, ni un combat d’arrière-garde. C’est une condition fondamentale de la justice sociale, du développement durable et de la paix. Une société qui discrimine la moitié de sa population se prive de la moitié de ses talents, de la moitié de ses forces, de la moitié de son avenir. Le 8 mars est donc un jour de célébration, mais aussi un jour de combat. Un combat pour que les droits proclamés deviennent des droits vécus. Pour que les lois discriminatoires tombent . Pour que les femmes et les filles, partout dans le monde, puissent enfin vivre libres, égales et dignes.

 

What Next?

Recent Articles