L’ancien commissaire européen et diplomate belge Étienne Davignon, récemment rattrapé par la justice pour des soupçons d’implication dans l’assassinat du héros de l’indépendance congolaise Patrice Lumumba, est décédé à l’âge de 93 ans, a annoncé sa famille lundi.
Plusieurs décennies durant, Étienne Davignon a occupé des fonctions de pouvoir en Belgique comme à l’international.
D’abord diplomate, il fut ensuite le premier président de l’Agence internationale de l’énergie, créée après le choc pétrolier de 1973.
Étienne Davignon devint commissaire européen à partir de 1977. Il sera l’un des piliers de la Commission de 1981 à 1985, comme vice-président chargé de l’industrie et à l’énergie.
La période pendant laquelle il exerça à la Commission fut marquée par le déclin de la sidérurgie européenne, confrontée à la surproduction, ce qui entraîna une série de restructurations douloureuses.
La Société générale de Belgique, la banque Fortis, Brussels Airlines: le nom de Davignon est aussi associé au destin de grandes entreprises belges dont le point commun est d’avoir finalement basculé entre les mains d’intérêts étrangers.
“Ceux qui disent que j’ai vendu les bijoux de la couronne sont des couillons!”, se défendait vertement ce proche de la famille royale, en 2018, alors tout juste élevé au titre de comte.
‘Écarter Lumumba’
En mars, Étienne Davignon avait été rattrapé par la justice belge, pour son rôle après l’indépendance de la République démocratique du Congo.
La justice le soupçonnait de “participation à des crimes de guerre,” dans les décisions ayant conduit à l’assassinat de Patrice Lumumba, assassiné le 17 janvier 1961 par des séparatistes aidés de mercenaires belges.
Dans l’enquête parlementaire belge sur l’assassinat (2000-2001), est évoqué un télex qu’il adresse en septembre 1960 à ses supérieurs affirmant notamment: “Problème primordial paraît donc écarter Lumumba.”
Le héros de l’indépendance congolaise, avec ses prises de position nationalistes, était vu comme une menace par le pouvoir belge. Étienne Davignon était soupçonné d’avoir joué un rôle actif dans son transfert vers le Katanga sécessionniste, ce qu’il contestait.
Le corps du dirigeant congolais, dissous dans l’acide, n’a jamais été retrouvé.
Étienne Davignon avait fait appel de son renvoi devant la justice.
Jamais un procès pénal n’avait été organisé pour déterminer les responsabilités dans cet assassinat, qui constitue l’une des pages les plus sombres de la relation entre le Congo devenu indépendant en juin 1960 et son ancienne puissance coloniale, la Belgique.



