04222026Headline:

Afrique: Pékin et Washington font pression sur le Ghana pour des redevances minières sur l’or

Accra veut raffiner son or localement mais heurte les intérêts des grandes puissances. La réforme ghanéenne des redevances minières déclenche une offensive diplomatique conjointe de Pékin et Washington. C’est une première. Pour la première fois, la Chine et les États-Unis ont coordonné leurs efforts pour faire pression sur le Ghana. L’objet de cette alliance inattendue ?

Le projet du gouvernement ghanéen de réformer la fiscalité de son secteur aurifère. Le premier producteur d’or d’Afrique souhaite remplacer sa redevance fixe de 5 % par un barème progressif compris entre 5 % et 12 %, indexé sur le cours du métal jaune. Une manière de capter davantage de revenus alors que les prix de l’or flirtent avec des sommets historiques. Mais cette réforme, qui pourrait entrer en vigueur dès la semaine prochaine si elle n’est pas modifiée ou retirée, inquiète sérieusement les géants miniers internationaux. Selon trois sources proches du dossier et une lettre d’une organisation professionnelle consultée par Reuters, les producteurs d’or estiment que les tranches supérieures du nouveau régime feraient du Ghana l’une des juridictions minières les plus coûteuses du continent, menaçant directement leurs marges bénéficiaires.

Des pressions diplomatiques à plusieurs niveaux, les PDG des majors montent au créneau
Outre les traditionnelles protestations des compagnies minières, ce sont cette fois les chancelleries qui sont entrées en jeu. Outre, les pressions exercées par les États-Unis et la Chine, les missions diplomatiques du Royaume-Uni, du Canada, de l’Australie et de l’Afrique du Sud sont également intervenues. Une mobilisation que trois hauts dirigeants du secteur qualifient d’inhabituelle, tant par son ampleur que par son niveau. « C’est la première fois que je vois la communauté diplomatique s’impliquer à cette échelle », a confié une source haut placée du secteur à Reuters. Selon deux personnes ayant une connaissance directe des faits, des représentants de ces missions ont rencontré le ministre ghanéen des Terres et des Ressources naturelles ce mois-ci. Ils lui ont présenté un document commun exposant leurs préoccupations. Le groupe souhaite désormais poursuivre les discussions avec le ministre des Finances. « Les chefs de mission ont exprimé leur inquiétude quant aux difficultés que rencontrera l’environnement d’exploitation des mines », a suggéré un dirigeant, toutes les sources ayant requis l’anonymat en raison de la sensibilité du sujet. Les hauts-commissariats du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie, ainsi que les ambassades des États-Unis, d’Afrique du Sud et de Chine à Accra, n’ont pas immédiatement répondu aux sollicitations.

Environ 99,9 % de notre or a été exporté sous forme brute. Cela est sur le point de changer
Cette pression diplomatique s’ajoute à celle, plus directe, exercée par les PDG des grandes compagnies minières internationales. Les dirigeants de Newmont, Gold Fields, AngloGold Ashanti et Perseus ont adressé des courriers ou sollicité des rencontres directement avec le ministre des Terres en décembre et janvier derniers pour faire part de leurs réticences. Les mines détenues par des intérêts chinois ne sont pas en reste. Zijin, Chifeng et Shandong Gold ont déposé des protestations officielles. Une lettre de l’Association minière Chine-Ghana, dont une copie a été adressée à l’ambassadeur de Pékin, avertit que la proposition pourrait menacer la viabilité des mines d’or d’Akyem (Zijin), de Wassa (Chifeng) et de Cardinal (Shandong). « La question des redevances a soudé les entreprises comme aucun autre sujet ces dernières années », a observé une source haut placée du secteur, soulignant l’unité inédite des opérateurs face à ce projet.

Le Ghana avance sur le raffinage local
Pendant que le débat sur les redevances fait rage, Accra avance sur un autre front : celui du raffinage local. Le Ghana exporte depuis longtemps la quasi-totalité de son or sous forme brute, malgré l’existence d’une capacité de raffinage dans la sous-région. Une aberration économique que le gouvernement entend corriger. Le Gold Board du Ghana (GoldBod) a signé un accord historique avec Gold Coast Refinery Limited pour raffiner localement 52 000 kilogrammes d’or par an avant exportation. Concrètement, une tonne métrique d’or sera raffinée chaque semaine à compter du 1ᵉʳ février 2026. « Environ 99,9 % de notre or a été exporté sous forme brute. Cela est sur le point de changer », a déclaré Sammy Adu Gyamfi, directeur général de GoldBod, lors de la cérémonie de signature. Dans le cadre de cet accord, le Ghana recevra une participation gratuite de 15 % des bénéfices issus des investissements dans Gold Coast Refinery.

Chaque lingot d’or raffiné portera les emblèmes de GoldBod, de la Ghana Standards Authority, de la Bank of Ghana et de Gold Coast Refinery, conformément aux normes internationales.
Le partenariat fait également intervenir Rand Refinery, la seule raffinerie d’Afrique accréditée par la London Bullion Market Association (LBMA), pour fournir un soutien technique et commercial alors que le Ghana cherche à obtenir sa propre accréditation LBMA. Pour Accra, les avantages de cette réforme sont multiples. Le raffinage local devrait augmenter les recettes fiscales et les dividendes, renforcer les entrées de devises, améliorer la traçabilité de l’or et créer des emplois grâce à des opérations de raffinage fonctionnant 24 heures sur 24. « Les millions de dollars que nous versons sous forme de frais de raffinage à des raffineries à Dubaï, en Suisse, en Inde, à Hong Kong et dans d’autres pays resteront désormais dans notre économie », a expliqué Sammy Adu Gyamfi. Le gouvernement s’est engagé à travailler avec les parties prenantes, y compris la Ghana Chamber of Mines, pour intégrer progressivement les entreprises minières de grande envergure dans le système de raffinage local. La phase initiale se concentrera sur l’or provenant des exploitations artisanales et de petite échelle.

Les millions de dollars que nous versons sous forme de frais de raffinage à des raffineries à Dubaï, en Suisse, en Inde, à Hong Kong et dans d’autres pays resteront désormais dans notre économie
Ces réformes interviennent dans un contexte particulièrement favorable pour l’or. En 2025, le Ghana a produit un volume record de 600 millions d’onces, générant 200 milliards de dollars de recettes d’exportation sur un total de 311 milliards. Les performances des compagnies minières sont tout aussi éloquentes. Newmont a dégagé plus de 7 milliards de dollars de bénéfices, Gold Fields a plus que doublé ses profits, AngloGold Ashanti les a triplés, et Perseus a enregistré une hausse de 16 % de ses résultats. C’est précisément cette manne qui aiguise l’appétit du gouvernement ghanéen et attise les convoitises. Entre la volonté légitime d’Accra de capter davantage de richesses et les intérêts des grandes puissances et des majors minières, l’équilibre est délicat à trouver. La pression diplomatique sans précédent exercée par Pékin et Washington montre que le dossier est désormais suivi au plus haut niveau. Reste à savoir si le Ghana cédera aux injonctions ou maintiendra le cap de sa réforme.

What Next?

Recent Articles