Après la réélection de Paul Biya, Yaoundé envisage de modifier l’équilibre institutionnel avec un numéro deux. La nouvelle modification constitutionnelle vise à l’éventuelle introduction d’un vice-président. Au Cameroun, l’idée d’une révision de la loi fondamentale refait surface. Depuis la réélection de Paul Biya, le 12 octobre 2025, les spéculations vont bon train sur les intentions du pouvoir de Yaoundé.
Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, un projet de réforme constitutionnelle serait en phase avancée. Il prévoirait plusieurs aménagements, notamment au sein de l’exécutif. Le média panafricain évoque la création d’un poste de vice-président de la République. Une piste qui n’est pas nouvelle : elle circule dans les cercles politiques camerounais depuis le début des années 2000. Mais cette fois, le scénario apparaît plus concret. « La création d’un poste de vice-président de la République , régulièrement évoquée depuis les années 2000, est au cœur des discussions », écrit Jeune Afrique.
Un réaménagement de l’ordre de succession à la tête de l’État
Actuellement, la Constitution camerounaise prévoit qu’en cas de vacance du pouvoir, l’intérim est assuré par le président du Sénat. Si le projet en est question, cette disposition serait profondément modifiée. L’introduction d’un vice-président changerait la donne en matière de continuité institutionnelle. Le futur numéro deux pourrait ainsi être appelé à remplacer le chef de l’État en cas de défaillance, plutôt que le responsable de la Chambre haute. Selon les informations recueillies par le média, la piste privilégiée est celle d’une nomination, et non d’une élection. Le vice-président serait donc désigné par le président de la République. « Une option cohérente avec la nature présidentialiste du régime camerounais, qui fait du chef de l’État le garant de la permanence et de la continuité de l’État », analyse Jeune Afrique. Cette éventuelle réforme intervient dans un climat politique particulier. Paul Biya , 93 ans, dirige le Cameroun depuis quatre décennies. Sa nouvelle victoire à l’élection présidentielle d’octobre 2025 a ravivé les interrogatoires sur l’après Biya, même si le sujet reste tabou dans les discours officiels. La question de l’alternance, ou du moins d’une transmission organisée du pouvoir, est au cœur des préoccupations d’une partie de la classe politique et de la société civile.
Ni la présidence de la République ni les services du Premier ministre n’ont confirmé l’existence d’un tel projet.
Si le projet de révision se concrétise, il ouvrirait une nouvelle page dans l’architecture institutionnelle du pays. Les modalités exactes de cette réforme, ainsi que son calendrier, ne sont pas encore connues. Mais la simple évocation d’un poste de vice-président suffit à alimenter les commentaires sur les intentions réelles du pouvoir. Pour l’heure, ni la présidence de la République ni les services du Premier ministre n’ont confirmé l’existence d’un tel projet. Les fuites dans la presse, notamment via Jeune Afrique, ont cependant eu pour effet de lancer le débat dans l’opinion publique camerounaise. Les partis d’opposition, tout comme certains observateurs, y voient une manœuvre pour verrouiller davantage le système et préparer une transition contrôlée. D’autres analystes estiment que la création d’un vice-président pourrait, au contraire, clarifier les règles du jeu en cas de disparition du chef de l’État. Le dispositif actuel, qui place le président du Sénat en première ligne, n’a jamais été testé. Il suscite des inquiétudes quant à la légitimité de la personne appelée à exercer l’intérim et aux conditions de cet exercice.
Une réorganisation de l’ordre protocolaire
Si elle voit le jour, cette réforme ne se limitera pas à un simple ajustement institutionnel. En créant un poste de vice-président, le constituant camerounais modifierait en profondeur l’équilibre des pouvoirs. Le numéro deux, par sa seule existence, deviendrait une figure centrale de l’exécutif. Quelles seront ses attributions précises et quelle marge de manœuvre il disposera ? Dans les régimes présidentialistes, la fonction de vice-président est souvent honorifique ou, au contraire, stratégique. Tout dépend de la volonté du chef de l’État et des rapports de force au sein de la majorité. Au Cameroun, où le président Biya a toujours concentré entre ses mains l’essentiel des leviers du pouvoir, l’apparition d’un vice-président pourrait être interprétée comme un signe d’ouverture ou, à l’inverse, comme une tentative de verrouillage. Le Cameroun a connu par le passé des réformes constitutionnelles importantes, notamment en 1996 et en 2008. Celle de 1996 avait introduit le Sénat et limité le mandat présidentiel à deux septennats. Mais la révision de 2008 avait supprimé cette limitation, permettant à Paul Biya de se représenter sans restriction. Depuis, le débat sur une éventuelle transition s’est invité dans le débat public.
La possible introduction d’un vice-président s’inscrirait dans cette lignée de réformes institutionnelles. Elle répondrait, selon certains, à la nécessité de prévoir une solution en cas d’empêchement définitif du chef de l’État. Mais elle pourrait aussi être vue comme une manière de préparer le terrain à un successeur désigné, sans passer par une élection. Dans les milieux politiques camerounais, l’information a provoqué des réactions contrastées. Au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, se montre prudent. Plusieurs cadres fermés par la presse locale préfèrent attendre les annonces officielles. Dans l’opposition, en revanche, on dénonce une manœuvre pour « verrouiller le système » et « imposer un dauphin sans débat démocratique ».
Des organisations de la société civile ont également réagi. Certaines appellent à un grand débat national sur toute révision constitutionnelle, estimant que le peuple camerounais doit être consulté sur des changements aussi importants. D’autres mettent en garde contre une réforme bâclée, qui servirait davantage des intérêts personnels que l’intérêt général. À ce stade, aucune date n’a été avancée pour le dépôt ou l’adoption de cette réforme. Le gouvernement camerounais, par la voix de son ministre de la Communication, s’est contenté de rappeler que « toute modification de la loi fondamentale obéit à une procédure précise et se fait dans la transparence ». Une déclaration qui n’a pas dissipé les interrogatoires. La balle est désormais dans le camp du président Paul Biya. C’est lui qui, en dernier ressort, décidera de lancer ou non le processus. S’il donne son feu vert, le projet sera examiné par le Parlement, où le RDPC dispose d’une large majorité. Une adoption dans ces conditions ne ferait guère de doute.



