La ministre libyenne de la Culture, Mabrouka Tougi, limogée lors d’un remaniement gouvernemental, refuse de quitter ses fonctions, ouvrant un nouveau front de tension institutionnelle entre les principales autorités de l’exécutif.
La crise s’est cristallisée à Tripoli après l’annonce par le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah d’un remaniement ministériel incluant la nomination de Salem Al-Alam au poste de ministre de la Culture. Mabrouka Tougi, officiellement écartée, a cependant déclaré qu’elle continuerait d’exercer ses fonctions, estimant que la décision ne respectait pas les procédures institutionnelles prévues par les accords politiques régissant l’exécutif libyen.
Dans un communiqué diffusé mardi, l’ancienne ministre a affirmé que tout changement au sein du gouvernement devait être validé conformément aux mécanismes constitutionnels et aux équilibres politiques établis.
Selon Tougi, la désignation d’un remplaçant en dehors des procédures formelles « compromet la légitimité institutionnelle » et pourrait entraîner une confusion administrative et financière au sein du ministère de la Culture. Elle a insisté sur la nécessité de préserver la continuité de l’action publique et de respecter les règles encadrant la modification de l’exécutif dans un pays encore marqué par des divisions politiques persistantes.
La ministre limogée s’appuie notamment sur une correspondance adressée par le chef du Conseil présidentiel, Mohammed Menfi, au Premier ministre. Dans cette lettre, Menfi souligne que toute modification de la composition du gouvernement doit s’inscrire dans le cadre constitutionnel et dans l’accord politique qui structure l’actuelle architecture institutionnelle libyenne.
Le Conseil présidentiel, instance collégiale chargée notamment de certaines prérogatives exécutives, estime que des changements de cette nature nécessitent un consensus plus large entre les différentes composantes du pouvoir.
La tension s’est également manifestée sur le terrain. Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux montre des agents de sécurité empêchant Mabrouka Tougi d’accéder au siège du ministère de la Culture à Tripoli. Selon les images diffusées, les agents affirment avoir reçu l’ordre de ne pas la laisser entrer dans les locaux administratifs, illustrant la rivalité entre les deux camps quant au contrôle effectif de l’institution.
Dans ses déclarations, Tougi a également souligné la dimension symbolique de sa fonction, rappelant qu’en tant que femme originaire du sud de la Libye, son rôle dépasse, selon elle, les considérations politiques immédiates. Elle affirme considérer sa position comme une « responsabilité nationale » plutôt qu’un intérêt personnel.



