Des organisations de la société civile malienne et des ONG internationales appellent au dialogue avec les autorités après l’annonce de nouvelles dispositions liées au contrôle des associations et fondations.
Des ONG au Mali redoutent qu’un prélèvement envisagé sur les financements de projets ne réduise les ressources destinées aux populations alors que les besoins humanitaires restent élevés dans le pays.
Plusieurs organisations de la société civile et ONG opérant au Mali ont exprimé leurs préoccupations face à certaines dispositions liées à la réforme du dispositif de contrôle des associations et fondations adoptée début mars par le gouvernement. Dans un communiqué publié à Bamako, ces organisations demandent l’ouverture de discussions avec les autorités afin d’examiner les effets possibles de ces mesures sur l’action humanitaire et les programmes de développement.
Le gouvernement malien a adopté le 4 mars 2026, lors d’un Conseil des ministres, plusieurs textes portant notamment sur la réorganisation de l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales et sur l’appui technique au service central chargé du contrôle des associations et fondations. Selon le communiqué officiel, ces dispositions introduisent de nouvelles conditionnalités dans l’intervention des organisations ainsi qu’une contribution financière et un prélèvement sur certaines ressources destinées aux actions de développement.
Le texte gouvernemental ne précise pas le taux de ce prélèvement. Toutefois, les organisations signataires du communiqué affirment que les discussions autour de la réforme évoquent une contribution pouvant atteindre 10 % des ressources des projets des associations et fondations destinées aux activités de suivi et de contrôle. Cette proportion avait déjà été mentionnée dans des projets de réforme examinés au Conseil national de transition et relayés par plusieurs médias maliens en 2025.
Les organisations indiquent soutenir les objectifs de transparence et de redevabilité évoqués par les autorités. Elles estiment cependant qu’un prélèvement sur les ressources des projets pourrait réduire les budgets destinés aux bénéficiaires et compliquer la gestion des financements fournis par les partenaires internationaux.
« Nous appelons à un dialogue constructif avec les autorités afin d’identifier des solutions qui renforcent la transparence sans compromettre l’efficacité des actions humanitaires et de développement », indiquent les organisations signataires dans leur communiqué.
La plupart des programmes humanitaires et de développement au Mali sont financés par des partenaires internationaux et encadrés par des accords stricts sur l’utilisation des fonds. Les organisations craignent qu’un prélèvement obligatoire non prévu dans ces accords ne crée des difficultés de conformité avec les règles fixées par les bailleurs.
Les besoins humanitaires restent importants dans le pays. Selon le Plan de réponse humanitaire 2026 publié par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, environ 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance au Mali cette année. Le plan vise à apporter une aide à 3,8 millions de personnes et nécessite près de 578 millions de dollars de financement.
L’insécurité dans certaines régions, les déplacements de populations, les chocs climatiques et l’accès limité aux services de base continuent d’alimenter ces besoins. Des centaines de milliers de personnes vivent toujours en situation de déplacement interne et de nombreuses communautés dépendent de l’aide pour l’accès à la nourriture, aux soins de santé, à l’eau potable ou à l’éducation.
Les organisations humanitaires jouent un rôle central dans la mise en œuvre des programmes d’assistance. Selon le Forum des ONG internationales au Mali, plusieurs dizaines d’organisations nationales et internationales interviennent dans différentes régions du pays aux côtés des autorités et des agences des Nations unies.
Les signataires du communiqué rappellent également que les ONG contribuent déjà à l’économie nationale à travers différentes obligations fiscales et sociales, notamment le paiement de l’impôt sur les salaires, les cotisations versées à l’Institut national de prévoyance sociale et diverses taxes sur les biens et services consommés localement.
Les organisations disent rester disposées à poursuivre les échanges avec les autorités afin de trouver un équilibre entre les objectifs de transparence et la nécessité de préserver l’efficacité de l’action humanitaire dans le pays.



