Le football ivoirien n’échappe jamais aux débats passionnés, encore moins lorsqu’il s’agit des choix du sélectionneur. À l’heure du nouveau regroupement des Éléphants, une opposition de styles et d’attitudes fait couler beaucoup d’encre : d’un côté Nicolas Pépé, absent malgré ses performances en club, de l’autre Simon Adingra, de retour après une traversée du désert. Deux trajectoires, deux approches… et un message fort.
Nicolas Pépé et Simon Adingra faisaient partie des grands absents de la CAN 2025. Mais pour cette nouvelle liste, un seul des deux noms refait surface. Le sélectionneur Emerse Faé a tranché : Adingra revient, Pépé reste à quai.
Deux écoles opposées
Pourtant, sur le plan purement sportif, difficile de contester la forme de l’ailier de Villarreal. Performant, décisif, Pépé coche plusieurs cas. Mais chez les Éléphants, la concurrence est grossière. Et pour Faé, c’est bien là que se situe l’explication :
« Ce n’est pas à cause de son interview qu’il n’a pas été sélectionné, même si j’aurais préféré qu’elle n’ait pas lieu. On a beaucoup d’ailiers performants en club, y compris lui-même à Villarreal, et personne ne peut le nier. On a fait le choix de rappeler le trio qui a performé lors de la CAN 2025, à savoir Yann Diomandé, Amad Diallo et Touré Bazoumana. La concurrence a fait que Pépé n’a pas été sélectionné. »
Un discours clair, mais qui ne convainc pas tout le monde.
Car en coulisses, de nombreux observateurs pointent du doigt les sorties médiatiques du joueur de 31 ans. Sa deuxième interview, notamment sur NCI, est jugée contre-productive, voire préjudiciable.
« Cette interview ne servait ni Nico, ni les Éléphants. Elle a placé les dirigeants de la Fédération Ivoirienne de Football dans une posture de diables, le président Yacine Idriss Diallo dans celle d’un homme à abattre, et le sélectionneur dans celle d’un entraîneur sans autorité. Au lieu de ça, il a choisi la sortie médiatique. Une sortie qui ressemble davantage à un adieu déguisé qu’à une tentative de réconciliation », analyse un observateur averti.
Pour beaucoup, ce choix de communication a pesé lourd. Dans un vestiaire où la discipline et la cohésion sont primordiales, exposer certains sujets en public peut être perçu comme une ligne rouge franchie. Problème de méthodologie peut-être ? Mais Pépé qui le sait très bien, tout en mesurant les conséquences, a décidé de parler. Une voix d’adieux déguisée mais surtout de réveil.
À l’opposé, Simon Adingra incarne une autre voie. Celle du silence et du travail.
Écarté lors de la CAN 2025 en raison de difficultés en club, l’ancien ailier en manque de rythme n’a pas cherché à faire du bruit. Pas d’interviews polémiques, pas de justification publique. Juste du travail.
Son transfert à Monaco a marqué un tournant. Retrouvant du temps de jeu et de la confiance, Adingra a progressivement retrouvé son niveau. Un renouveau salué par le sélectionneur :
« Simon est très important. On ne l’avait pas pris pour la CAN car il était en difficulté en club. Dieu merci, il a signé à Monaco et tout se passe bien pour lui. J’ai retrouvé le Simon que j’avais connu, qui prend du plaisir à jouer. C’était évident qu’on le rappelle. »
Une récompense logique pour un joueur qui a su répondre sur le terrain plutôt que dans les médias.
« Privé de CAN 2025, il n’a pas cherché d’excuses. Il a rétroussé les manches, travaillé dans l’ombre et pris un nouveau départ. Ses efforts paient : le voilà désormais plus proche que jamais d’une place pour la Coupe du Monde en juin», confient certains observateurs.
Au-delà des cas individuels, cette situation envoie un signal fort à tout le groupe ivoirien. Celui du fait que le talent seul ne suffit pas. L’attitude, la gestion des moments difficiles et le respect du collectif comptent tout autant.
Entre ce que certains qualifient de bruit mais qui peuvent être perçus comme la voix du réveil et le silence, le terrain a tranché. Et pour l’instant, c’est Simon Adingra qui a gagné la bataille.



