L’ancien ministre mozambicain des Finances, Manuel Chang, sera libéré le 26 mars d’une prison fédérale américaine après avoir purgé une partie de sa peine pour son rôle dans le vaste scandale des « dettes cachées » qui a plongé le Mozambique dans l’une des pires crises financières de son histoire.
Le tribunal fédéral de New York a confirmé sa prochaine expulsion vers Maputo, où il devra encore purger le reliquat de sa peine sous la supervision des autorités locales.
Âgé de 70 ans, Manuel Chang avait été condamné en janvier 2025 à 102 mois de prison pour association de malfaiteurs en vue de commettre une fraude électronique et blanchiment d’argent. Sa peine a cependant été réduite pour tenir compte de sa détention préventive plus de six ans passés entre l’Afrique du Sud et les États-Unis ainsi que de sa bonne conduite en détention.
Le scandale des dettes cachées : une affaire d’État
Entre 2013 et 2016, alors qu’il dirigeait le ministère des Finances, Chang avait signé des garanties souveraines permettant à trois entreprises publiques mozambicaines d’emprunter plus de 2,7 milliards de dollars auprès de banques internationales, principalement Credit Suisse et VTB. Ces prêts, censés financer une flotte thonière, un chantier naval et des projets de sécurité maritime, ont été largement détournés par un réseau complexe de fonctionnaires, d’intermédiaires et de banquiers.
Les procureurs américains affirment que Chang a perçu personnellement environ 7 millions de dollars en pots-de-vin, tandis qu’une grande partie des fonds a été siphonnée vers des comptes offshore. Les révélations de ce système, en 2016, ont provoqué un effondrement de la monnaie nationale, un gel de l’aide internationale et un défaut de paiement partiel du Mozambique, aujourd’hui encore lourdement endetté.
Une libération controversée
En février dernier, l’ancien ministre avait sollicité une libération anticipée pour raisons médicales, invoquant des problèmes rénaux et une hypertension chronique. Un juge new-yorkais avait rejeté la demande, considérant que son état de santé restait « stable et correctement suivi » en détention. Néanmoins, la réduction de sa peine et sa prochaine expulsion vers son pays d’origine ouvrent un nouveau chapitre dans une affaire aux ramifications politiques profondes.
Extradé vers les États-Unis en 2023 après une longue bataille judiciaire en Afrique du Sud, Manuel Chang continue de nier toute malversation, affirmant avoir agi sous les instructions du gouvernement de l’époque. Maputo, où plusieurs hauts responsables politiques ont été mis en cause, garde pour l’heure le silence sur les conditions de son retour.



