Londres et Abuja ont signé un accord, jeudi 19 mars, pour accélérer le renvoi des migrants en situation irrégulière, des criminels étrangers et des demandeurs d’asile déboutés vers le Nigeria. Désormais, un simple document d’identité de remplacement suffira. Le gouvernement britannique a conclu cet accord avec le Nigeria pour faciliter l’expulsion de migrants vers ce pays d’Afrique de l’Ouest. L’annonce a été faite à l’occasion de la visite d’État du président nigérian Bola Tinubu au Royaume-Uni, la première pour un dirigeant nigérian en près de 40 ans.
Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur britannique, a indiqué que « les personnes en situation irrégulière, les criminels étrangers et les demandeurs d’asile déboutés seront expulsés beaucoup plus facilement » grâce à cet accord. L’obstacle administratif majeur est ainsi levé : plus besoin d’attendre que le Nigeria délivre des laissez-passer consulaires. Un simple document d’identité de remplacement, destiné aux personnes ne disposant pas d’un passeport valide, sera désormais reconnu par les autorités nigérianes.
Un durcissement général de la politique migratoire britannique
Le Nigeria représente le plus grand marché africain en matière de visas pour le Royaume-Uni. « C’est un partenaire clé dans notre lutte contre l’immigration irrégulière », a souligné le ministre britannique chargé de la Sécurité des frontières et de l’Asile, Alex Norris. Selon les données du Home Office, le nombre annuel de retours vers le Nigeria a presque doublé pour atteindre 1 150 personnes. Les deux pays ont également décidé de renforcer leur coopération contre la criminalité transnationale et le terrorisme. Downing Street a fait savoir que des opérations conjointes seront menées pour lutter contre les réseaux de passeurs et « les gangs criminels » qui exploitent les voies légales d’obtention de visas. Un nouveau système de vérification des documents sera par ailleurs mis en place pour détecter les fraudes. De son côté, le Nigeria s’est engagé à revoir sa législation sur les infractions en matière d’immigration. Depuis l’arrivée au pouvoir des travaillistes en juillet 2024, le gouvernement britannique a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière sa priorité. Les expulsions et les retours volontaires de migrants en situation irrégulière et de criminels étrangers ont atteint près de 60 000 personnes depuis cette date.
En 2025, le nombre de traversées avait atteint 41 472, un record depuis 2022
L’exécutif a considérablement durci sa politique pour dissuader les candidats à la traversée de la Manche. La protection accordée aux réfugiés est passée de cinq ans à trente mois. Ils seront, selon les termes de la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, « forcés de rentrer dans leur pays d’origine dès qu’il sera jugé sûr ». L’accès automatique aux aides sociales et au regroupement familial a également été supprimé pour les demandeurs d’asile. À partir du mois de juin, l’hébergement et le soutien financier seront retirés aux demandeurs d’asile qui enfreignent la loi, travaillent illégalement ou peuvent subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Les étrangers devront par ailleurs justifier de vingt ans de présence au Royaume-Uni, contre cinq auparavant, pour pouvoir y rester indéfiniment.
Des restrictions de visas contre certains pays africains
Le gouvernement britannique a également durci les conditions d’obtention des visas et réduit le nombre de pays bénéficiaires. En novembre, Londres avait menacé de restreindre l’octroi de visas à l’Angola, la Namibie et la République démocratique du Congo, trois pays africains accusés de ne pas coopérer suffisamment pour réadmettre leurs ressortissants déboutés de l’asile. À partir du 26 mars, le Royaume-Uni cessera de délivrer des visas d’étude aux Afghans, Camerounais, Birmans et Soudanais, ainsi que des visas de travailleur qualifié aux Afghans. Londres justifie cette mesure par des « abus » : des personnes originaires de ces pays entrent avec ces visas, puis demandent l’asile une fois sur le territoire britannique. Malgré cette multiplication de mesures restrictives, les candidats à l’exil continuent d’affluer vers les côtes anglaises. La première semaine de mars, un peu plus de 800 migrants ont traversé la Manche, profitant d’une météo clémente. Depuis le début de l’année, plus de 3 500 personnes sont arrivées au Royaume-Uni. En 2025, le nombre de traversées avait atteint 41 472, un record depuis 2022. L’accord signé avec le Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, vise à envoyer un signal fort. Mais il ne résout pas la question de fond : la détermination des candidats à l’exil ne semble pas faiblir, malgré une politique migratoire de plus en plus restrictive.



