05082026Headline:

Tunisie: un paradoxe économique marqué par un fort potentiel d’attractivité qui à des blocages profonds

Les chiffres de l’investissement 2025 séduisent, mais le décollage économique reste partiellement superficiel.
La Tunisie revendique pour 2025 un volume record d’investissements internationaux de 3 572 millions de dinars tunisiens (MDT), en hausse de 30 % par rapport à l’année précédente, selon l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA). Cette annonce illustre la montée en visibilité du pays auprès des investisseurs, principalement européens, avec une concentration notable sur le secteur industriel, censé devenir le moteur du développement économique national.

Si ces chiffres sont flatteurs, ils nécessitent toutefois une lecture critique. La majorité des investissements concerne des extensions d’entreprises déjà présentes, reflétant une confiance dans l’existant plutôt qu’une diversification réelle de l’économie. Les créations d’emplois, estimées à plus de 14 000, proviennent essentiellement de ces expansions, laissant en suspens la question d’une transformation structurelle plus profonde, capable de dynamiser de nouvelles filières ou d’attirer des investisseurs hors des secteurs traditionnels.

La répartition géographique des flux met également en évidence un déséquilibre persistant. Le littoral concentre près de 64 % des projets, tandis que les régions intérieures restent largement marginalisées, malgré les tentatives de rééquilibrage. Cette polarisation territoriale souligne la persistance de contraintes logistiques, infrastructurelles et institutionnelles, susceptibles de limiter la durabilité de la dynamique actuelle si elles ne sont pas résolues.

Enfin, la dépendance à la finance et aux capitaux européens, avec la France en tête, rappelle que le décollage tunisien reste fortement exposé aux aléas externes. Les fluctuations économiques ou politiques sur le continent européen pourraient rapidement affecter les flux d’investissement, réduisant la portée réelle de la croissance affichée.

Si 2025 constitue une année symbolique pour l’attractivité tunisienne, il reste à transformer cet élan ponctuel en moteur économique durable. Les ambitions industrielles et la création d’emplois doivent s’accompagner de réformes structurelles, d’un soutien aux régions moins développées et d’une diversification des sources de capitaux, sans quoi l’impression de décollage pourrait s’avérer largement superficielle.

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