. Promulguée après un vote écrasant au Parlement, la création d’un poste de vice‑président nommé directement par le doyen des chefs d’État, âgé de 93 ans, ravive les inquiétudes sur l’avenir du régime et sur les conditions de l’alternance. Selon le texte adopté par les députés et sénateurs réunis en Congrès à Yaoundé, le vice‑président sera désigné et révoqué à discrétion par le chef de l’État et achèvera son mandat en cas de vacance du pouvoir, reléguant au second plan le président du Sénat, jusqu’ici dauphin constitutionnel.
Le vote a été massif, presque sans appel, dans un Parlement largement dominé par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), qui défend une réforme destinée à « garantir la continuité de l’État ». Mais au Cameroun, où Paul Biya règne sans partage depuis 1982 et vient d’être réélu pour un huitième mandat, la succession n’a rien d’un simple toilettage institutionnel. Elle cristallise les peurs d’une transmission du pouvoir hors des urnes, à l’abri de tout véritable débat démocratique.

Depuis plusieurs jours, un faux décret circulant sur les réseaux sociaux affirme que le fils du président, Franck Emmanuel Biya, aurait déjà été nommé vice‑président de la République. Or aucune publication officielle ni aucun média de référence ne confirment cette nomination, qui n’apparaît dans aucun Journal officiel ni communiqué de la présidence. Franck Biya reste donc, à ce stade, un héritier présumé et non un titulaire institutionnel. Son nom revient avec insistance dans les scénarios de succession, mais il n’est pas vice‑président du Cameroun.
C’est dans ce contexte qu’une partie de l’opposition parle d’un « coup d’État constitutionnel ». Le leader du MRC, Maurice Kamto, accuse le pouvoir d’organiser une « transmission du pouvoir de gré à gré » en confiant à un vice‑président nommé, et non élu, la charge d’achever le mandat en cas de vacance définitive, ce qui contournerait le recours au suffrage universel. D’autres figures politiques ou de la société civile dénoncent une « dérive monarchique » et le risque d’une succession dynastique maquillée en continuité républicaine, tandis que le Barreau et des intellectuels alertent sur une érosion de la légitimité démocratique et sur les tensions qu’une telle réforme pourrait raviver, notamment dans les régions anglophones.
Face au tollé, le camp présidentiel assume pleinement sa réforme. Les proches de Paul Biya présentent la vice‑présidence comme une avancée juridique alignée sur les standards internationaux et comme une assurance contre une crise institutionnelle en cas d’empêchement du chef de l’État. Mais le texte ne fixe ni calendrier ni obligation de nomination, laissant au président la pleine latitude de choisir, ou non, de désigner un vice‑président au moment qui lui semblera opportun. À 93 ans, le « Sphinx d’Etoudi » conserve donc la main sur le tempo et sur le profil de son éventuel successeur, dans un jeu de pouvoirs où barons du régime, services de sécurité et cercle familial Franck Biya en tête restent au cœur des spéculations.



