À l’occasion d’un forum dédié à la lutte contre la criminalité financière, ce mercredi 6 mai 2026, à la Maison de l’entreprise, à Abidjan, Blanche Esso Abanet, présidente du Pôle pénal économique et financier (PPEF), a dressé un état des lieux sans concession de la répression en Côte d’Ivoire.
Lors d’une conférence inaugurale intitulée « L’état des lieux de la répression de la criminalité financière », la magistrate hors hiérarchie, Blanche Esso Abanet, a précisé les contours d’une répression désormais plus étendue et technologique.
La magistrate Blanche Esso Abanet a d’abord précisé que le Pôle pénal économique et financier (PPEF) est un tribunal pénal spécialisé, saisi notamment pour des affaires dont le montant est égal ou supérieur à 100 millions de Fcfa.
Toutefois, dira-t-elle, le Pôle pénal économique et financier peut-être saisi pour des infractions en matière douanière, fiscale et bancaire, même si le montant portait sur 5 Fcfa, ainsi que le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.
Le Pôle pénal économique et financier intervient également pour les affaires de corruption et infractions assimilées (détournements de deniers publics), enrichissement illicite et non justifié, proxénétisme, et le narco trafic, a-t-elle souligné.
Le dispositif législatif punit, par ailleurs, la criminalité environnementale (orpaillage illégal), la destruction des espèces protégées et même le chantage en vue d’un gain financier, a fait savoir la présidente du Pôle pénal économique et financier.
Présent à ce forum, Serge Kouamelan, directeur exécutif de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF-CI), a mis en lumière le rôle crucial des banques. Celles-ci multiplient les Déclarations d’opérations suspectes (DOS) auprès de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF).
Le directeur exécutif de l’APBEF-CI a alerté sur une disposition souvent méconnue des PME : l’interdiction formelle de percevoir plus de 5 millions de FCFA en espèces : Tout montant supérieur doit impérativement transiter par un circuit bancaire sous peine d’infraction.
Les sociétés d’assurance sont également sous surveillance à l’instar des autres secteurs d’activité. Une compagnie omettant de signaler une souscription suspecte, s’élèvant par exemple à un milliard FCFA, s’expose à des poursuites si l’origine des fonds est criminelle.
Face à la cybercriminalité, Blanche Esso Abanet s’est voulue rassurante : grâce à une coopération internationale accrue, le PPEF a désormais la capacité de traquer directement les portefeuilles numériques des arnaqueurs en ligne.
Les chiffres depuis la création du Pôle pénal économique et financier, en 2020, indiquent 1 964 procédures traitées ; 819 affaires déjà jugées ;15 milliards FCFA saisis sur des comptes bancaires depuis 2022 ainsi que la saisie de 97 immeubles bâtis et de milliers de véhicules.
Une fois les condamnations prononcées, l’Agence de gestion des avoirs criminels (AGRAC) prend le relais à la suite de la décision de justice définitive, pour la vente aux enchères des biens mal acquis, bouclant ainsi le cycle de la répression financière.



