05092026Headline:

AES: Niamey suspend France 24, RFI, Jeune Afrique et 6 autres, Ouagadougou frappait déjà TV5 Monde

L’Observatoire national de la communication (ONC) du Niger a annoncé la suspension, sur l’ensemble du territoire national, de la diffusion de neuf médias parmi les plus influents du continent et d’Europe. Dans le viseur, il y a France 24, RFI, France Afrique Média, LSI Africa, AFP, TV5 Monde, TFI Info, Jeune Afrique et Mediapart.

L’ONC invoque la diffusion répétée de contenus et de traitements médiatiques jugés de nature à mettre gravement en péril l’ordre public, la cohésion sociale, la stabilité des institutions républicaines des pays membres de l’AES, ainsi que le moral des Forces de défense et de sécurité engagées sur le terrain.

L’Observatoire national de la communication sort l’arsenal réglementaire
À Niamey, on ne parle pas d’entrave à la liberté de la presse mais de respect des lois, de l’éthique professionnelle et des intérêts supérieurs de la Nation. Le communiqué rappelle sobrement aux médias nationaux et internationaux, aux acteurs du numérique et aux leaders d’opinion leur devoir de responsabilité, de professionnalisme et de retenue, singulièrement sur les questions liées à la sécurité, à la paix sociale et à l’unité nationale. L’Observatoire se dit engagé dans la promotion d’un espace médiatique responsable et respectueux de la souveraineté nationale. La formule n’est pas une coquetterie de langage. Elle dit l’orientation d’une autorité de régulation qui désigne sa préférence pour une information encadrée, en phase avec les priorités sécuritaires et politiques du moment.

Burkina Faso, l’antécédent qui éclaire la décision nigérienne
La mesure nigérienne ne surgit pas de nulle part. Quatre jours plus tôt, le 5 mai 2026, le Burkina Faso avait déjà suspendu TV5 Monde. Motif invoqué par le Conseil supérieur de la communication (CSC) : l’« apologie du terrorisme » et la « désinformation » dans la couverture des attaques jihadistes, en particulier celles survenues au Mali le 25 avril 2026. Ouagadougou reprochait à la chaîne francophone des manquements à l’éthique et à la déontologie, lui reprochant de colporter de fausses informations sur la situation sécuritaire de la région. TV5 Monde n’en était pas à son premier affrontement avec les autorités burkinabè : des suspensions temporaires avaient déjà eu lieu en avril et juin 2024. Le signal a été coupé. La chaîne rejoint une liste déjà longue de médias internationaux interdits dans le pays. L’embargo médiatique est une pratique cultivée dans l’espace sahélien et la simultanéité des décisions nigérienne et burkinabè, ainsi que leur fondement identique, la protection de l’ordre public et du moral des armées, donne le sentiment d’une coordination. D’autant que les deux pays, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), partagent une même lecture des menaces informationnelles venues de l’extérieur.

Les autorités de régulation ouest-africaines, en particulier au sein de l’AES, semblent convaincues que la meilleure défense contre la désinformation passe d’abord par la maîtrise du récit.
Pour les autorités de Niamey et de Ouagadougou, il ne s’agit pas de museler la critique mais de barrer la route à ce qu’elles considèrent comme une ingérence médiatique. L’argument de la souveraineté nationale, martelé dans les deux communiqués, sert de ligne de partage. Les médias suspendus sont accusés, sans toujours entrer dans le détail des séquences incriminées, de fragiliser les institutions et de démoraliser les soldats engagés contre les groups jihadistes. Les autorités de régulation ouest-africaines, en particulier au sein de l’AES, semblent convaincues que la meilleure défense contre la désinformation passe d’abord par la maîtrise du récit. Les rédactions concernées, elles, dénoncent une restriction inadmissible de la liberté d’informer. Une nouvelle passe d’armes s’engage, dont l’issue affectera durablement le paysage médiatique de la région.

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