Ils viennent de Bamako, Niamey et Ouagadougou mais c’est à Bruxelles qu’ils ont choisi de sceller leur alliance. L’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), lancée hier samedi 9 mai 2026 dans la capitale belge, entend incarner une alternative aux régimes issus des coups d’État qui dirigent les trois pays de l’AES. Son credo, la démocratie, et rien d’autre.
Des responsables politiques sahéliens en exil depuis longtemps se réunissent en mini-conférence sahélienne autour d’une Alliance des démocrates du Sahel. Le nouveau mouvement politique a probablement vu le jour sous l’impulsion des opposants maliens, nigériens et burkinabè. Ses fondateurs défendent vigoureusement le retour à l’ordre constitutionnel dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), une région administrée depuis 2023 par des militaires venus du putsch. Marya Djibrine, présidente de l’ADS s’assume avec la nouvelle coalition. « Les régimes militaires sahéliens ont fait une très grande campagne de propagande pour dire que tous nos problèmes viennent de la démocratie », explique-t-elle. Elle plaque son diagnostic en notifiant que ces pouvoirs pourraient sciemment discrédité le modèle démocratique afin de justifier leur maintien au pouvoir.
La tâche de l’ADS consiste donc à « inverser le narratif », à convaincre les populations sahéliennes qu’une nation peut se développer sans passer par la dictature.
De Bruxelles à Bamako, c’est le pari d’une voix commune contre les régimes militaires. Loin s’en faut, l’ADS n’est pas ex nihilo. Sa gestation remonte au début du mois d’avril 2026, toujours à Bruxelles, à l’initiative d’opposants en exil. Pour ses responsables, cette coalition ne saurait être réduite à un club d’exilés déconnectés du terrain. « Il y a des exilés parmi nous, reconnaît Marya Djibrine, mais ce sont des gens qui se sont mis ensemble pour dire qu’il est temps d’agir. Quand on voit comment la situation évolue, c’est même l’existence de nos États qui sont menacés. » L’ADS rejoint ainsi un mouvement plus large, celui des plateformes d’opposition aux transitions militaires sahéliennes. La Coalition des forces pour la République (CFR), portée par l’imam Mahmoud Dicko, en est une autre paire de manche . Même génération, mêmes critiques entre autres : confiscation du pouvoir, absence d’élections, répression des voix dissidentes. Mais l’ADS cherche à se distinguer. Son secrétaire général, Malick Konaté, en fait le réquisitoire en bonne et due forme. « Nous combattons la militarisation de l’État, la démolition des institutions républicaines, la confiscation du pouvoir démocratique. » Le malien résume l’esprit de la coalition. « Nous sommes une force unifiée contre la soumission et l’arbitraire. »
Démocratie bafouée, État militarisé, le réquisitoire de Marya Diibrine
La présidente de l’ADS note l’urgence qui l’habite. « Pour se développer, on n’a pas besoin de la dictature, martèle-t-elle. On n’a pas besoin d’imposer aux gens ce qu’ils doivent penser. Sur un besoin d’institutions fortes, de citoyens libres, d’une justice indépendante. » Derrière ces mots, une critique explicite des pratiques des juintes au pouvoir : musulmanement de la presse, contrôle du discours public, mainmise sur l’appareil judiciaire. L’ADS affirme porter « la voix de ceux qui sont à l’intérieur et qui ne peuvent plus s’exprimer parce que la répression est telle, la violence telle qu’ils ne peuvent plus s’exprimer ». Le mouvement revendique un ancrage local qu’il entend faire valoir. « Ne pensez pas que nous sommes un mouvement d’exilés nés très loin du Sahel , indique Marya Djibrine. Nous avons l’ancrage local nécessaire pour agir localement. » La stratégie de l’ADS repose sur deux piliers, précisés par Malick Konaté dans son discours. D’abord, une lutte pacifique mais déterminée sur le terrain sahélien, faite de mobilisation citoyenne, d’éducation populaire et de plaidoyer direct auprès des populations. Ensuite, un volet international forgé par le lobbying sous-régional, régional et mondial pour « que des proscriptions intenses s’exercent sur les militaires putschistes et leurs sponsors ».
La voix de ceux qui sont à l’intérieur et qui ne peuvent plus s’exprimer parce que la répression est telle, la violence telle qu’ils ne peuvent plus s’exprimer.
L’ADS se donne les moyens juridiques de son combat. Elle entend saisir « les instances et instruments juridiques nationaux, régionaux, internationaux pour faire valoir les droits ». Des recours devant la Cour de justice de la CEDEAO, des alertes devant les instances onusiennes, des actions de plaidoyer auprès des partenaires extérieurs de l’AES, etc. Les revendications de cette nouvelle coalition correspondantes-elles aux attentes réelles des populations sahéliennes ? L’ADS est convaincue que oui. Elle met sur « l’union des forces autour de l’idéal démocratique » et promet de faire du Sahel « un espace sécurisé avec des projets économiques, en mettant l’accent sur le développement à la base et l’éducation pour tous ». L’histoire des coalitions d’opposition sahéliennes est jalonnée d’échecs et de divisions. L’ADS, forte de ses trois nationalités et de son ancrage bruxellois, espère incarner la continuité. La voix du nouveau mouvement politique en exil traversa-t-elle les frontières et convaincra-t-elle des peuples que les militaires au pouvoir dire vouloir protéger ?



