05112026Headline:

Le Nigéria, le Sénégal et le Mali constituent le trio de tête des importateurs d’armements majeurs en Afrique subsaharienne

Les arsenaux subsahariens se sont étoffés entre 2021 et 2025, malgré une tendance continentale à la baisse. Le rapport du SIPRI, publié le 9 mars dernier, confirme cette baisse globale des importations d’armes en Afrique de l’ordre de 41 %. Malgré cette moyenne, l’Afrique subsaharienne reste une zone dynamique, voire stratégique, pour l’industrie mondiale de la défense.

L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) a livré sa photographie actualisée des flux d’armements à travers le monde. Pour l’Afrique subsaharienne, 3 pays concentrent l’essentiel des achats à savoir le Nigéria, le Sénégal et le Mali et représentent à eux seuls près du tiers des volumes régionaux. Le top 10 des importateurs, établi à partir des analyses du Dr Mathew George, directeur du programme sur les transferts d’armes du SIPRI, permet de comprendre les priorités stratégiques de la sous-région.

Nigéria, leader sans partage et diversification tous azimuts
Premier de la liste, le Nigéria ne surprend personne. Avec 532,4 millions de valeurs d’indicateurs TIV, le géant ouest-africain capte à lui seul 16 % des importations subsahariennes. Soit un sixième du marché régional. Son panier d’achat indique les multiples théâtres d’opération auxquels son armée doit faire face avec des avions de combat, des hélicoptères, des véhicules blindés, des missiles antichars, des navires de guerre et drones. La liste des fournisseurs témoigne d’une stratégie de diversification entre la Turquie, la Corée du Sud, la Chine, les Pays-Bas, la France, l’Italie, le Brésil, les États-Unis, la Russie, l’Afrique du Sud, le Pakistan, le Canada, l’Arabie saoudite, l’Autriche et la Malaisie. 16 nations, 4 continents. Un cas d’école dans l’art de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Deuxième de ce classement, le Sénégal affiche une progression spectaculaire. Ses 298,46 millions de TIV (8,8 % des parts régionales) traduisent une montée en puissance directement liée à deux facteurs à savoir l’exploitation des ressources offshore (gaz et pétrole) et la dégradation du contexte sécuritaire. Les acquisitions sénégalaises privilégient logiquement la surveillance maritime avec des vaisseaux lance-missiles, des patrouilleurs ainsi que la couverture aérienne du territoire.

Les Forces armées maliennes (FAMa) ont investi 272,17 millions de TIV, soit 8 % des importations sous-régionales.
À noter également l’achat de missiles anti-navires, de véhicules blindés et d’artillerie. La palette des fournisseurs est large (France, Bulgarie, Chine, Afrique du Sud, Indonésie, Danemark, Italie, Allemagne, États-Unis, Turquie, Espagne, Canada). Troisième position pour le Mali, dont l’effort de guerre depuis 2020 ne se dément pas. Les Forces armées maliennes (FAMa) ont investi 272,17 millions de TIV, soit 8 % des importations sous-régionales. La particularité malienne résidait dans le changement radical de partenariat militaire, avec un abandon de la coopération française au profit d’un rapprochement avec la Russie. Le catalogue d’importation inclut véhicules blindés, transports de troupes, aéronefs, drones, artillerie lourde et missiles. Le pays s’approvisionne désormais auprès du Canada, de l’Espagne, de la Russie, de la Chine, de la Turquie et de l’Afrique du Sud.

La Chine, la Russie et la Turquie bousculent l’ordre établi
Le reste du top 10 confirme la diversité des situations. L’Éthiopie (172,85 millions de TIV) a massivement recours aux drones et à l’artillerie lourde en raison du conflit du Tigré. L’Angola (158,96 millions), après des années de relative discrétion, renoue avec les achats de blindés, d’artillerie et de systèmes navals. Le Bénin, pays riverain du Golfe de Guinée, concentre ses efforts sur la cybersécurité, la marine et la lutte antiterroriste, avec un chéquier de 143,90 millions de TIV. Suivent le Mozambique (135,45 millions), la Tanzanie (127,94 millions), la Côte d’Ivoire (120,91 millions) et le Rwanda (118,73 millions), tous engagés dans des programmes de modernisation de leurs forces aériennes et terrestres.

Sur le plan des fournisseurs mondiaux, les États-Unis restent le premier exportateur vers l’Afrique (19 %), devant la Chine (17 %) et la Russie (15 %).
Mais le rapport SIPRI notifie un basculement progressif sur la seule zone subsaharienne avec la Chine qui a fourni 22 % des armes importées entre 2021 et 2025, devant la Russie (12 %) et la Turquie (11 %). Une redistribution des cartes dont les effets se liront sur la durée, tant en termes d’influence politique que de standardisation des équipements. Soudan (115,02 millions), RDC (110,9 millions) et Niger (76,54 millions), bien que hors top 10, complètent ce tableau d’une région où l’acquisition d’armements obéit désormais à une logique de nécessité opérationnelle plus qu’à une simple course à la puissance. Les fournisseurs l’ont bien compris.

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